‹ 1815 (volume 2)Chapitre 126 sur 271 · LES CUIRASSIERS DE KELLERMANN · texte numérisé non relu

LES CUIRASSIERS DE KELLERMANN

Exaspéré, aveuglé par la colère, Ney ne réfléchit pas que le 1er corps ne pourrait plus arriver en temps utile à Frasnes, et que l'y rappeler c'était traverser les plans de Napoléon et contrevenir de la façon la plus grave à sa volonté'. 11 renvoya le Général Delcambre avec l'ordre impératif pour d'Erlon de ramener les troupes à l'aile gauche2.

Et cependant ces mots de la lettre de Napoléon : « Le sort de la France est dans vos mains, » troublaient et fascinaient le maréchal. Ce mouvement, qu'il prescrivait à d'Erlon d'interrompre, il n'abandonnait pas tout à fait l'idée de l'exécuter lui-même. Peut-être par un effort désespéré pourrait-il encore, malgré la disproportion des forces, rejeter les Anglais au-delà des Quatre-Bras, et, une fois maître de ce point, opérer contre l'armée prussienne avec l'aide de d'Erlon, revenu sur ses pas, la manœuvre décisive qu'attendait

manuscrites) rapporte que, une heure plus tard, Ney s'écria plusieurs fois

en sa présence : « Comment, il n'y aura pas une balle ou un boulet pour

nT!Jomini allègue pour la défense de Ney, sans pourtant l'excuser tout à ait, que n'ayant que le seul corps de Reille, le maréchal pouvait craindre de ne pouvoir couvrir jusqu'au soir la tête de la route de Charleroi, ligne de retraite de toute l'armée. C'est bien dit, mais puisque tout de même d'Erlon ne pouvait revenir à temps !

Le duc d'Elchingen {Docum. inéd., 66) a fait remarquer que dErlon, s'étant engagé dans une fausse direction, le mouvement ne P°uv^ coules grands résultats qu'en attendait l'empereur. Mais il es peu probable que Ney sût dès lors que le 1" corps faisait fausse route, et, s il le savait, il devait faire indiquer à d'Erlon par Delcambre la vraie direction, au lieu de le rappeler à Frasnes. ■»•*—•— qk

2. D'Erlon, lettre au duc d'Elchingen {Docum. inéd.,te),etViemihtaire,$o.

Relations de Durutte et de De Salle. ramnt

Ney (dans sa Lettre au duc d'Otrante) et ses apologistes Heymes et Gamot se gardent bien de parler de cet ordre.

l'empereur? Toutes les troupes avaient été engagées, sauf les cuirassiers de Kellermann et la cavalerie de la garde. Il fit appeler Kellermann :

« — Mon cher général, lui dit-il d'une voix précipitée, il s'agit du salut de la France ! Il faut un effort extraordinaire. Prenez votre cavalerie, jetezvous au milieu des Anglais. Ecrasez-les, passezleur sur le ventre ! »

L'intrépide Kellermann n'avait jamais discuté un ordre de charger. Il crut cependant devoir représenter à Ney qu'on pouvait évaluer les Anglo- Hollandais à plus de 25,000 hommes, et qu'il n'avait avec lui qu'une seule brigade de cuirassiers, ses trois autres brigades étant restées en arrière, d'après les ordres mêmes du maréchal.

« — Qu'importe ! s'écria Ney. Chargez avec ce que vous avez. Passez-leur sur le ventre. Je vous fais suivre par toute la cavalerie ici présente... Partez !... Mais partez donc* ! »

Kellermann n'avait plus qu'à obéir. Il rejoignit la brigade Guiton (8e et 11e cuirassiers), la forma en colonne par escadron, chaque escadron à distance double de son front, et l'amena au grand trot jusqu'au sommet du rideau qui s'élève entre Gémioncourt et les Quatre-Bras. Là, il cria le commandement, aussitôt répété de la tête à la queue de la colonne: P 'our charger... au galop! — En avant... Marche ! « Je me hâtai, dit-il dans son rapport à Ney, afin de ne pas donner à mes hommes le temps de se reconnaître ni d'envisager toute l'étendue du danger. »

Los trompettes sonnent la charge. Dans une

1. Relation de Kellermann. (Arch. Guerre.) — Sur les trois brigades postées à Liberchies, voir l'ordre de Ney, Frasnes, 16 juin, 11 heures et quart ou 11 heures et demie. (Arch. Guerre.)

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