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LES CUIRASSIERS DE KELLERMANN

irradiation d'acier et un jaillissement de mottes de terre que font sauter les sabots des chevaux, les cuirassiers dévalent en avalanche. A chaque foulée, l'allure s'accélère. Le sol tremble et poudroie. Les hommes du premier rang, penchés sur l'encolure, tiennent la pointe tendue, les autres brandissent leurs lattes étincelantes. Kellermann, l'épée au clair, charge à vingt pas en avant de l'escadron de tête.

Dans le vallon, les quatre bataillons de la brigade fraîche de Colin Halkett sont rangés en bataille ou formés en carrés. Immobiles, résolus, effrayants de calme, les Anglais attendent, réservant leur feu. Le 69e régiment, posté en première ligne, entre le bois de Bossu et la route, tire seulement à trente pas. Les cuirassiers passent à travers les balles et la fumée comme l'éclair dans la nuée. Ils abordent le 69e, l'enfoncent et l'écrasent et prennent son drapeau. Ils chargent ensuite le carré du 30e, culbutent le 33e. Puis, sans laisser souffler leurs chevaux, ils gravissent la contre-pente, sabrent en passant les canonniers d'une batterie, rompent un carré de Brunswick et pénètrent jusqu'aux Quatre- Bras ^.

La première et la seconde lignes de l'ennemi

1. Rapport de Kellermann à Ney, près Frasnes, 16 juin, 10 heures du soir. Relation de Kellermann. Kellermann à Grouchy, 16 juin (au soir). Relation de Reille. (Arch. Guerre.) Woodberry, Journal, 310. Lettres l'officiers de la brigade Halkett. {Waterloo Letters, 318-319, 320-323, 324, 335, 337.) Cf. les Souvenirs d'un ex-officier (du 45e), 277, où il est dit que le lendemain de la bataille un des carrés restait visiblement tracé sur le sol par les cadavres.

La plupart des auteurs anglais nient que la charge ait été poussée jusqu'aux Quatre-Bras, mais le témoignage de Kellermann est confirmé par le capitaine d'artillerie Mercer. Il rapporte {Journal of the Waterloo Campaiyn, I, 263) qu'arrivé dans la nuit du 16 au 17 il vit des cadavres de cuirassiers « juste en face la grande ferme des Quatre-Bras, sur la route qui borde cette ferme ».

sont percées, une brèche sanglante y est ouverte. Malheureusement, les cuirassiers ne sont pas soutenus. Brusqué par Ney qui a semblé douter de sa résolution, Kellermann a fourni sa charge trop tôt. L'esprit toujours troublé par sa colère contre d'Erlon, le maréchal a mal coordonné cette suprême attaque, il a tardé à envoyer des ordres, il a oublié la cavalerie de la garde en réserve près de Frasnes1. Les colonnes d'infanterie, les lanciers et les chasseurs de Pire commencent seulement à s'ébranler2, tandis que les deux régiments de cuirassiers, réduits à 500 hommes, désunis par l'impétuosité même de la charge, et leurs chevaux hors d'haleine, se trouvent seuls au milieu de l'armée de Wellington. Ils sont au sommet d'un triangle de feux, fusillés du bois de Bossu par les Hollandais, des remblais de la route de Namur par les Anglais, des maisons des Quatre-Bras par les

1. Le duc d'Elchingen dit {Doc. inéd., 35) que Ney avait l'ordre de l'empereur de ne pas se servir de cette division. En admettant que l'ordre verbal du 15 fût tel (l'ordre écrit du 16 prescrit seulement de ménager la garde et d'employer de préférence la cavalerie de la ligne), Ney y avait absolument contrevenu. Le 15, c'est la cavalerie de Lefebvre-Desnoëttes de préférence à celle de Pire, qui était pourtant disponible, qu'il avait dirigée sur Frasnes et jetée, sans nul scrupule de la ménager, contre les bataillons de Nassau. (1815,11, 127-129.) — Il n'est même pas bien certain que cette division n'ait pas été engagée partiellement le 16 aux Quatre-Bras, au début du combat. Damitz (I, 197) lui attribue la charge de 3 heures contre le 5e bataillon de milice. A la vérité, Colbert (lettre communiquée par le général de Colbert) dit que la division de la garde est restée en réserve le 16, mais nous savons qu'il a été cependant blessé d'une balle ; et dans les notes (comm. par M. de Stuers), le chef d'escadrons de Stuers, des lanciers rouges, sans bien préciser le rôle de sa division pendant cette journée, rapporte qu'elle y a eu 50. hommes hors de combat. La question reste donc douteuse.

* En tout cas, mieux valait employer cette division que de la placer dans une position où sans aucune utilité elle perdit 50 hommes. Il eût mieux valu encore l'envoyer dès midi à Liberchies et appeler à Frasnes les trois brigades de Kellermann.

2. Kellermann le dit. formellement, non seulement dans sa relation, mais dans son rapport à Ney, daté de 10 heures du soir. C'est donc une grave erreur de Charras et d'autres que de représenter comme simultanées la charge des cuirassiers et celle des lanciers et chasseurs.

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