III. Retraite des l'armé prussienne sur Wavre
IV. Mouvements de Pajol vers Namur et d'Exelmans sur Gembloux à la poursuite de colonnes prussiennes.
V. Marche de l'armée de Grouchy. — Bivouac à Gembloux. — Lettre de Grouchy à l'empereur (dix heures du soir).
Le soir de la bataille de Ligny, l'empereur n'avait pas cru pouvoir poursuivre l'ennemi plus loin que la ligne Brye-Sombreffe. L'armée prussienne, dont l'aile droite et l'aile gauche se repliaient en assez bon ordre et qui continuait d'occuper ces deux villages par des détachements, semblait encore capable d'une sérieuse résistance. Il y avait à craindre la venue d'un corps de réserve débouchant par la route de Namur. Enfin Napoléon était sans nouvelles de son aile gauche. De toute la journée, le prince de la Moskowa ne lui avait pas envoyé une seule dépêche \ L'empereur savait
1. Non seulement Ney n'envoya aucune nouvelle à l'empereur dans l'après-midi du 16 juin, mais quand, à 6 heures du soir, l'aide de camp de Soult, le commandant Baudus, ayant rempli sa mission, voulut retourner près de Napoléon pour lui en rendre compte, il le retint sous prétexte qu'il avait besoin d'officiers d'état-major. Baudus ne revint à Fleuras que vers 2 heures du matin et peut-être même plus tard. (Notes de Baudus, comm. par M. de Montenon.)
Il faut rejeter cette assertion de Gourgaud {Camp, de /<?/5, 72) : « A
par des avis indirects qu'il y avait eu combat aux Quatre-Bras. Mais le maréchal Ney avait-il été vainqueur? Les présomptions étaient plutôt qu'il avait été contenu, sinon repoussé, puisque les ordres prescrivant un mouvement sur les derrières de l'armée prussienne n'avaient point été exécutés. C'étaient beaucoup de raisons pour ne point risquer l'aventure d'une poursuite de nuit*.
L'empereur se contenta donc de prescrire à Grouchy qui, d'après ses instructions, était venu aux ordres à Fleurus vers onze heures, de faire suivre l'ennemi à la pointe du jour par les corps de cavalerie de Pajol et d'Exclmans2.
11 heures du soir, l'empereur reçut à Fleurus le rapport de ce qui s'était passé aux Quatre-Bras. L'empereur expédia sur-le-champ au maréchal Ney l'ordre de poursuivre au point du jour l'armée anglaise, aussitôt qu'elle commencerait la retraite nécessitée par la perte de la bataille de Ligny. » Tout cela est inexact : 1° L'envoi d'un rapport de Ney le soir du 16 est contredit par cette lettre, datée du 17, au matin, du quartier-impérial de Fleurus, et envoyée au Ministère des Affaires étrangères à Paris : « On n'a pas le rapport du maréchal Ney. » (Arch. Affaires étrangères, 1802.) 2° L'envoi, dans la nuit, à Ney, d'un ordre d'attaque pour la matinée du 17 est contredit par cette lettre de Soult, datée de Fleurus, 17 juin, au matin (Registre du major-général) : « Le général Flahaut, qui arrive à l'instant, fait connaître que: vous êtes dans l'incertitude sur les résultats de la journée d'hier. Je crois cependant vous avoir prévenu de la victoire. » — Si l'ordre d'attaquer les Anglais le 17 avait été envoyé à Ney dans la nuit, ce maréchal n'aurait pas été dans l incertitude sur les résultats de la bataille de Ligny, comme le disait Flahaut. D'autre part, ces paroles de Soult : « Je crois cependant vous avoir prévenu, » sont plutôt l'excuse d'une négligence que l'énoncé d'un fait. Ainsi Ney ne reçut, dans la nuit du 16 au 17, aucun avis et, encore moins, aucun ordre. Egale incurie partout! Ney néglige d'envoyer son rapport sur ses opérations, et Soult oublie d'informer Ney de la victoire remportée à Ligny.
1. Clausewitz (der Feldzug von 1815, 95) approuve l'empereur en cette circonstance.
2. Des deux récits de Grouchy {Observât., 10, et Relat. succincte, 17) il résulte: 1° que Grouchy vit l'empereur à Fleurus à 11 heures du soir, le 16; 2° que l'empereur lui enjoignit de faire suivre l'ennemi par la cavalerie la nuit même ou le lendemain de très grand matin.— C'est donc à tort que Charras accuse Napoléon d'avoir négligé de donner ces ordres.
Selon Jomini (185, 188), qui d'ailleurs fait erreur en disant que ces ordres à Grouchy furent donnés seulement le 17 au matin, l'empereur aurait également prescrit au général de Monthyon, chef de l'état-major-général, de faire poursuivre l'ennemi dans la direction de Tilly et de Mont-Saint-Guibert. La chose est possible, car si Napoléon avait pensé à faire explorer
PROJETS DE NAPOLÉON POUR LE il JUIN 219
Le 17 juin, vers sept heures du matin, Flahaut revint de Frasnes et fit à l'empereur, qui déjeunait, le récit de la bataille des Quatre-Bras K . A peu près à la même heure, on reçut au quartier-impérial une dépêche de Pajol, datée de Balâtre^ quatre heures du matin, et portant qu'il suivait l'ennemi qui était en pleine retraite vers Liège et Namur. Pajol ajoutait qu'il avait déjà fait beaucoup de prisonniers2.
Ainsi, entre sept et huit heures au plus tard, l'empereur était renseigné sur les Prussiens comme sur les Anglais. Les premiers se repliaient vers Liège et Namur ; les seconds tenaient encore leurs positions des Quatre-Bras. Ces renseignements étaient-ils cependant suffisamment complets et précis ? Etait-ce la masse de l'armée prussienne ou un corps isolé qui battait en retraite vers Namur? Etait-ce une arrière-garde qui occupait les Quatre-Bras ou toute Tannée de Wellington? Napoléon ne jugea pas qu'il fût assez bien informé pour prendre un parti. Grouchy était venu aux ordres ; il lui fit dire de l'attendre pour l'accompagner sur
le terrain à sa droite, il avait dû penser aussi à le faire explorer devant le centre et devant la gauche. Mais Monthyon négligea d'assurer l'exécution de ces ordres. Les documents prussiens témoignent qu'aucune reconnaissance n'eut lieu dans la matinée du 17 vers Tilly et Mont-Saint-Guibert.
1. Note de Flahaut (dans le Général Flahaut, par F. Masson, 23). Cf. Soult à Ney, Fleurus,17 juin (Registre du major-général) : « Le général Flahaut, qui arrive à l'instant... » — Cette lettre n'a pas d'indication horaire; mais il v est dit : « L'empereur se rend au moulin de Brye. » Or nous savons par Grouchy (Observ., 10, et Relat. suce, 18), et par une lettre datée du quartier-impérial de Fleurus, 9 heures du matin, 17 juin (Arch. Aff. rlrangères, 1802), que Napoléon quitta Fleurus entre 8 et 9 heures. La lettre de Soult fut donc écrite vers 8 heures du matin, et l'assertion de Flahaut, que lui, Flahaut, quitta Frasnes à 1 heure du matin est inexacte. Il en partit seulement vers 4 heures et arriva à Fleurus vers 6 heures.
2. Dépêche de Pajol, en avant de Balàtre, 17 juin, 4 heures du malin. (Papiers du général G.) — Cette dépèche, adressée à Grouchy, avait ete envoyée ou apportée par lui au quartier-impérial. J'ai des raisons certaines pour l'affirmer.
le champ de bataille de Ligny où il se disposait à aller voir les troupes ^. En même temps, il fit écrire à Ney par Soult : « ... L'empereur se rend au moulin de Brye où passe la grande route qui conduit de Namur aux Quatre-Bras. 11 n'est donc pas possible que l'armée anglaise puisse agir devant vous. Si cela était, l'empereur marcherait directement sur elle par la route des Quatre-Bras, tandis que vous l'attaqueriez de front, et cette armée serait en un instant détruite. Ainsi instruisez Sa Majesté de ce qui se passe devant vous... L'intention de Sa Majesté est que vous preniez position aux Quatre- Bras ; mais si, par impossible, cela ne peut avoir lieu, rendez compte sur-le-champ, avec détails, el l'empereur s'y portera ainsi que je vous l'ai dit. Si, au contraire, il n'y a qu'une arrière-garde, attaquezla et prenez position. La journée d'aujourd'hui est nécessaire pour terminer cette opération et pour compléter les munitions, rallier les militaires isolés et faire rentrer les détachements 2. »
Les projets de L'empereur se bornent donc, pour la journée du 17, à l'occupation des Quatre-Bras par Ney et au ravitaillement de l'armée. Sans doute, si Wellington est resté en l'air aux Quatre-Bras, il profitera de ce coup de fortune pour marcher contre les Anglais et les exterminer ; mais il doute fort que son circonspect adversaire ait commis une pareille faute. Ney débusquera sans peine des Quatre-Bras l'arrière-garde qui s'y maintient encore, et l'armée française restera tout le jour immobile dans ses bivouacs.