‹ 1815 (volume 2)Chapitre 152 sur 271 · Gourgaud, 76-77. Napoléon, Mém · texte numérisé non relu

Gourgaud, 76-77. Napoléon, Mém

2. Pontécoulant, Souvenirs milit., 180. Cf. Mercer, Journal of the Waterloo Campaign, I, 269.

3. Lettres du général Vivian et du colonel Taylor, du 10e hussards. (Waterloo Letters. 148, 154-155, 167.) Lettre de Hervey, aide de camp de "Wellington, 3 juillet 1815. (Nineteenth Century, mars 1893.) Cf. Siborne, II. 256-258.

Taylor prétend qu'il entendit Wellington dire qu'il fallait engager le combat contre les cuirassiers, mais qu'il renonça à ce projet sur les justes observations de lord Uxbridge. "Wellington ne devait penser, en tout cas, qu'à faire une seule charge contre les assaillants et à se replier aussitôt après. Il ne pouvait vouloir livrer balai lie aux Quatre-Bras avec sa seule cavalerie à toute l'armée de Napoléon et à toute celle de Ney.

Namur, les batteries à cheval en position sur leur fronts

Il était un peu plus de deux heures2. De gros nuages noirs, poussés par un vent furieux, s'amoncelaient dans le ciel. L'orage venant du nord-ouest, les Quatre-Bras étaient déjà dans la pénombre, tandis que du côté de Marbais le temps demeurait clair. Lord Uxbridge se trouvait à cheval près de la batterie légère du capitaine Mercer dont les pièces enfilaient la route de Namur. Soudain, on aperçut, sortant d'un pli de terrain, un cavalier suivi d'une petite escorte. Son visage, son corps, son cheval, éclairés à revers, paraissaient tout noirs : une statue de bronze sur un fond lumineux où poudroyait le soleil. A la silhouette, lord Uxbridge reconnut Napoléon. « — Feu! Feu! cria-t-il, et pointez bien3.» Les canons grondèrent. L'empereur fit avancer une batterie à cheval de la garde. Les Anglais, se jugeant trop menacés pour continuer ce duel d'artillerie, amenèrent les avant-trains. Les cavaliers de Jacquinot et de Subervie s'élancèrent. Hussards et canonniers ennemis s'enfuirent en désordre au milieu d'éclairs aveuglants, sous la pluie d'orage qui commençait à tomber. « Il semblait, dit Mercer, que les premiers coups de canon eussent crevé les nuages4. »

1. Lettres de lord Uxbridge, Vivian, Taylor, Kennedy, Banner, etc. {Waterloo Letters, 5, 2, 66, 94, 119, 148, 167, etc.) Mercer, I, 267-278. Tomkinson, Diary of a cavalry officier, 383.

2. L'approche de l'armée impériale avait été signalée vers 1 heure ou

1 heure et quart, et la retraite de la cavalerie anglaise commença vers

2 heures. Tous les témoignages des combattants qui ont pensé à préciser l'heure s'accordent sur ces points. Voir les lettres de lord Uxbridge, du colonel Gomm, du capitaine Banner, du général Vivian, etc. [Waterloo Letters, 5, 27, 94, 148, etc.)

3. Mercer, Journal of the Campaign, I, 269-270. Cf. lettres du colonel Taylor et du général Vivian (Waterloo Letters, 15't, 167.)

4. Mercer, I, 269-270. Lettres de Vivian. (Waterloo Letters, 154, 167, etc.)

Le maréchal Ney n'avait point encore donné signe de vie. L'empereur envoya directement des ordres aux chefs de corps en position devant Frasnes. D'Erlon parut enfin avec la tête de colonne de son infanterie1. Aux reproches que lui adressa l'empereur pour avoir arrêté, la veille, son mouvement contre la droite prussienne, il répondit qu'étant placé sous le commandement direct du maréchal Ney il avait dû obéir aux ordres de son chef immédiat. L'empereur jugeait le temps trop précieux pour le perdre à discourir ; il ordonna au comte d'Erlon de suivre incontinent la cavalerie sur la route de Bruxelles avec le 1er corps2. Ney arriva peu après. Dans sa lettre de huit heures, Napoléon lui avait déjà exprimé son mécontentement qu'il eût, la veille, si mal habilement opéré 3. Il ne revint pas sur ce sujet ; mais il lui témoigna très sèchement sa surprise de la non-exé-

W. Gomm, Letters, 356. Cotton, A Voice of Waterloo, 24. Gourgaud, 77. Napoléon, Mêrn., 110. Pontécoulant, Souvenirs, 180.

Par son silence sur ce mouvement de cavalerie, Napoléon semblerait dire implicitement qu'il attendit le corps de d'Erlon au moins une demiheure pour lancer ses cavaliers en avant; mais, d'après les documents anglais précités, il est manifeste que la poursuite par la cavalerie suivit immédiatement la retraite de lord Uxbridge. — Quant aux régiments employés en première ligne pour cette poursuite, nous savons, par les détails du combat de Genappe (voir plus loin), qu'ils appartenaient non à la division Domon, comme le dit Pontécoulant, mais aux divisions Subervie et Jacquinot.

1. Gourgaud, 77-78. Napoléon, Mém., 110. — Les documents étrangers (Le Journal de Mercer, les Waterloo Letters, le livre de Damitz) confirment absolument l'assertion de Napoléon sur l'immobilité de Ney.

2. Notes journalières du général Foy, 17 juin. (Comm. par le comte Foy.y Souvenirs du général De Salle, commandant l'artillerie du 1er corps en 1815. (Nouvelle Revue, 15 janvier 1895.) — Ces témoignages désintéressés doivent primer celui de d'Erlon (Notice sur ma vie, 96), qui ne mentionne point ces reproches de l'empereur. D'après lui, Napoléon aurait dit cependant avec une profonde tristesse : « On a perdu la France ! » Mais cette parole semblait à l'adresse du maréchal Ney.

3. « L'empereur a vu avec peine qu'hier vous n'ayez pas réussi : les divisions ont agi isolément. Ainsi vous avez éprouvé des pertes. Si les corps des comtes d'Erlon et Reille avaient été ensemble, il ne réchappait pas un Anglais du corps qui est venu vous attaquer ; si le comte d'Erlon avait

cution des ordres qu'il lui avait fait tenir, le matin même, touchant l'occupation des Quatre Bras. Ney s'excusa en disant qu'il croyait encore avoir en face de lui l'armée entière de Wellington1. Au moins le maréchal aurait-il dû s'en assurer par une vigoureuse reconnaissance offensive. Or il n'avait point poussé môme un seul escadron hors de ses lignes. Il s'était montré aussi négligent, aussi insouciant, aussi apathique que le matin du 16 et le soir du 17.

Le maréchal Ney, à la vérité, était resté toute la nuit, par l'incurie du major-général, dans l'ignorance de la victoire de Ligny. Il n'aurait pu prendre l'offensive qu'après avoir reçu l'ordre de huit heures du matin. Encore cet ordre était conditionnel. Ney aurait-il mcnie attaqué dès alors, que vraisemblablement les Anglais n'en eussent pas moins opéré leur retraite sans désarroi, grâce à leurs masses de cavalerie. Ils se seraient seulement mis en mouvement une heure plus tôt, et Ney aurait occupé les Quatre-Bras à midi, stérile résultat. Tout de même, il y aurait eu une chance pour que Wellington, vigoureusement assailli, se fût déterminé à combattre sur ses positions. Mais ce combat, le maréchal Ney n'avait rien fait pour le provoquer. L'empereur l'en blâma. Plus encore, sans doute, il s'accusait soi-même de n'avoir point porté, dès sept heures du matin, de Ligny sur les Quatre-Bras la garde et le corps de Lobau. Il avait ainsi laissé échapper l'occasion d'exterminer l'armée anglaise. Wellington, presque toutes ses troupes encore en

exécuté le mouvement que l'empereur a ordonné, l'armée prussienne était totalement détruite, et nous aurions faitpeut-fHre 30,000 prisonniers.» Soult à Ney, Fleurus, 17 juin. (Registre du major-général.)

1. Gourgaud, 78, Napoléon, JYem.,110. Fragment des mémoires de Molitor. (Arch. Guerre, Mém. historiques.)

LA RETRAITE DÉ l'âRMÉE ANGLAISE 261

position, sa ligne de retraite sur Genappe compromise, sa gauche débordée par Napoléon, son front attaqué par Ney, eût été forcé d'accepter une bataille virtuellement perdue ^.

En parlant à Ney aux Quatrc-Bras, l'empereur avait la vision de celte victoire envolée. Il voulut la ressaisir. Il s'imagina qu'en précipitant sa marche il pourrait rejoindre Wellington et le contraindre à faire tête. Il donna ses ordres afin que Reille, puis Lobau, puis la garde, suivissent rapidement le 1er corps et la cavalerie légère sur la route de Bruxelles; ils seraient flanqués à droite par les chasseurs de Domon et les cuirassiers. Lui-même, avec les escadrons de service et une balleric à cheval de la garde, gagna au galop la tête de la colonne pour enflammer la poursuite2.

Cette poursuite se fit à l'allure d'une chasse au renard (fox-chase, dit le capitaine Mercer). L'arrière-garde anglaise fuyait dans le plus grand désordre : hussards et canonniers galopaient pêlemêle, comme des fous {going like mael), aveuglés par les éclairs et fouettés par la pluie, qui tombait si drue et si abondante qu'à cinq ou six pas on ne pouvait distinguer la couleur des uniformes.

1. "Wellington aurait peut-être tenté de se replier sur Nivelles. Mais les Français se trouvant deux contre un se fussent acharnés à sa pourouite, et, en tous cas, en prenant celte ligne de retraite, Wellington eût sacrifié Bruxelles et renoncé à toute jonction avec l'armée prussienne.

2. Gourgaud, 78-79. Napoléon, Mém., M. Pontécoulant, 18:i. — Cf. Napoléon, Mém., 182 : « ... Que ne donnerais-je pas pour avoir aujourd'hui le pouvoir de Josué et retarder de deux heures la marche du soleil ! »

C'est bien Domon, et non Subervie, qui flanquait la droite. (Voir notre note 4 de la page 258.)

Lord Uxbridge faisait le métier de cornette. Il courait le long de la colonne, criant à ses hommes : « — Plus vite, plus vite ! pour l'amour de Dieu ! Galopez, ou vous êtes tous pris. » Les lanciers d'Alphonse de Golbert talonnaient parfois de si près les hussards anglais que, au milieu du bruit des chevaux et du tonnerre, leurs éclats de rire et leurs insultes arrivaient jusqu'aux fuyards ^.

Les Anglais passèrent la Dyle2 sur le pont de Genappe, sur un autre pont en amont, et quelquesuns à gué. Au nord de Genappe s'élève en pente douce un rideau de collines. Pour ralentir un peu le train de la poursuite, lord Uxbridge établit à mi-côte, sur deux lignes, le gros de sa cavalerie et deux batteries. Quand le 1er lanciers déboucha du village, aux trousses de la brigade Vivian, il fut salué par une volée de mitraille, puis chargé tour à tour par le 7e hussards anglais et par le 1er régiment des Life-Guards. Les lanciers rompirent sans peine les hussards ; mais ils furent refoulés dans Genappe par les gardes, qui y pénétrèrent avec eux. Uxbridge lui-même conduisait cette charge. Un combat corps à corps, où les lanciers perdaient tout l'avantage de leurs longues armes, s'engagea dans l'étroite et tortueuse rue qui formait alors presque tout le village. Au milieu de Genappe, le 2e lanciers, débouchant en pelotons par quatre d'une

1. Mercer, Journal of the Waterloo Campaign, I, 270-274. — Pontécoulant, 185 : « Cette marche ressemblait bien plus à un steeple-chase qu'à la poursuite d'un ennemi en retraite. » — Gourgaud, 79 : « L'ennemi fut poussé l'épée dans les reins. » Cf. Waterloo Letters, 167-168.

Et c'est en parlant de cette poursuite furieuse que Wellington osa écrire dans son rapport du 19 juin {Letters and Dispatches, XII, 478) : « L'ennemi n'essaya pas d'inquiéter notre retraite. »

2. Sur les anciennes cartes, la petite rivière qui passe à Genappe porte le nom de Thy et va plus loin vers l'est se confondre avec la Dyle. Mais la carte de l'Etat-major belge nomme cet affluent : la Dyle. C'est l'appellation générale dans le pays.

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