‹ 1815 (volume 2)Chapitre 153 sur 271 · COMBAT DE GENAPPE · texte numérisé non relu

COMBAT DE GENAPPE

ruelle transversale, fondit sur les gardes et les rejeta loin au-delà des premières maisons. Sur la route de Bruxelles, les Anglais subirent encore une charge des hussards de Marbot, qui avaient tourné le village par la droite. Mis en désordre, ils regagnèrent les hauteurs sous la protection de leur artillerie^.

A ce moment, l'empereur sortait de Genappe avec ses escadrons de service et une batterie à cheval. Monté sur Désirée, une jument blanche très vite, il avait galopé depuis les Quatre-Bras pour rejoindre la tête de la colonne. Sa redingote grise, du drap le plus léger, une sorte de « cache-poussière », était traversée. L'eau ruisselait sur ses bottes. Les agrafes de son chapeau rompues par la violence de la pluie, les ailes s'étaient rabattues par devant et par derrière : il se trouvait coiffé comme Basile dans le Barbier de Séville. 11 fit placer lui-même les pièces en batterie, criant aux canonniers avec un accent de colère et de haine : « — Tirez ! tirez ! ce sont des Anglais 2 ! »

Dans la rue de Genappe, le colonel Sourd, du 2e lanciers, entouré par plusieurs Life-Guards, avait eu le bras droit haché de six coups de sabre. Larrey l'amputa sur-le-champ. Pendant l'opération, Sourd

1. Tomkinson, Diary of a cavalry officier, 284, 285. Mercer, I, 275-278. Lettre de lord Uxbridgé, Bruxelles, 28 juin, citée par Cotton, A Voice of Waterloo, 27. Lettres d'Evans, Grady, Vivian. (Waterloo Letters, 37, 60, 135, 155.) Siborne, I, 261-267. Pontécoulant, 186-187. Pétiet, Souvenirs militaires, 205-208. Paillard, Biographie du général Sourd, 15.

Dans l'escarmouche des Quatre-Bras, au combat de Genappe et pendant la retraite, les Anglais eurent 238 hommes tués, blessés ou prisonniers. (Etat des manquants, le 17 juin, Dispatches of Wellington, XII, 485.)

2. Pétiet, Souvenirs, 204, 208. Pontécoulant, 185-186. Souvenirs d'un ex-officier, 281.

Pétiet était dans l'état-major de Soult. Pontécoulant, fils du sénateur, était lieutenant dans l'artillerie achevai delà garde et attaché à la batterie même qui le 17 juin marcha à l'avant-garde.

dicta cette lettre pour l'empereur qui venait de le nommer général : « ... La plus grande faveur que vous puissiez me faire est de me laisser colonel de mon régiment de lanciers, que j'espère reconduire à la victoire. Je refuse le grade de général. Que le grand Napoléon me pardonne ! Le grade de colonel est tout pour moi. » Puis, à peine l'appareil posé sur son moignon sanglant, il remonta à cheval et galopa le long de la colonne pour rejoindre son cher régiment '. Les armées de la République et de l'Empire avaient eu beaucoup d'hommes de cette trempe2.

Passé Genappe, la marche se ralentit extrêmement. Les Anglais n'avaient pas moins de hâte, ni les Français moins d'ardeur, mais sous l'action continue de cette grande pluie Je terrain devenait de plus en plus difficile. Sur la route, réservée à l'artillerie et aux fantassins, l'eau roulait comme un torrent ; dans les terres, les chevaux enfonçaient jusqu'aux genoux3.

Vers six heures et demie4, Napoléon atteignit

1. Larrèy, Relations de Campagne, 395. Lettre de Sourd, citée par Paillard, Sourd, 17. Pontécoulant, 186.

2. Le 26 novembre 1812, un canonnier amputé d'un bras en plein steppe se relève aussitôt après l'opération et reprend son chemin d'un pas ferme en disant : « J'ai encore loin tout de même d'ici Carcassonne ! » Général Lejeune, Mfrm., II, 275.

3. Lettre du lieutenant Grady. (Waterloo Zetters, 162.) Mercer, I, 275. l'otton, A Voice of Waterloo, 24. Napoléon, Mém., 111.

4. Gourgaud (79) dit : 6 heures et demie; Pétiet (208): 6 heures. Ces assertions sont confirmées par les témoignages étrangers. Le prince

d Orange, dans son rapport au roi des Pays-Bas, Bruxelles, 22 juin (Suppl. Dispatches of Wellington, X, 555), dit que toutes les troupes étaient en position sur les hauteurs de Mont-Saint-Jean à 6 heures du soir; et Mercer (I, 281-282) rapporte qu'il rejoignit l'arrière-garde de Brunswick près de Mont-Saint-Jean, la dépassa, établit sa batterie, et que, peu après, les Brunswickois traversèrent le val'.on, suivis par l'avant-garde française. Il n'y a que 12 kilomètres des Quatre-Bras à la Belle-Alliance, mais la poursuite, très vive au début, s'était beaucoup ralentie après le combat de Genappe qui avait duré plus d'une heure. Cf. le rapport de von Grôben (cité par von Ollech, 179), qui, à Mont-Saint-Guibert, entendait lacanonnade.

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