‹ 1815 (volume 2)Chapitre 158 sur 271 · Von Ollech · texte numérisé non relu

Von Ollech

5. Témoignage de Hardinge, cité par Stanhope, Notes of conversations with the duc of Wellington, 110. Cf. l'article du colonel Maurice dans l'United Service Magazine,' de juillet 1890. — Hardinge, blessé cà Ligny aux côtés de Blûcher (on dut l'amputer du poignet gauche), avait été transporte à Wavre.

immédiatement suivi par le corps de Pirch. Les Ier et IIIe corps se tiendront prêts aussi à se porter vers vous. L'épuisement des troupes, dont une partie n'est pas encore arrivée, ne me permet pas de commencer mon mouvement plus tôt4. »

Cette lettre parvint vers deux heures du matin2 au duc Wellington, à son quartier-général de Waterloo, village situé à une lieue en arrière des premières lignes anglaises. Désormais assuré du concours des Prussiens, Wellington se détermina à accepter la bataille3. La fortune tournait encore pour lui; mais il n'en était pas moins resté trop longtemps dans l'expectative. Le manque de nouvelles de Blucher devait lui faire penser que les Prussiens ne pourraient seconder son armée, et, bien qu'il ne voulût combattre qu'avec leur appui, il n'avait pris encore, à une heure du matin, aucune disposition de retraite 4.

1. Blucher àMùffling, Wavre, 17 juin (entre 11 heures et minuit) (citée par von Ollech, 187). Ordres à Bùlow et à Pirch, Wavre, 17 juin, minuit (cités par le même, 188). Cf. C. de W. (Mùffling), 20.

2. De Wavre à Waterloo il y a quinze kilomètres à vol d'oiseau. Mûffling (C. de W., 20) dit que cette lettre arriva à 9 heures du matin. C'est un lapsus, car les lettres de Wellington, datées de 3 heures après minuit, prouvent qu'il avait déjà reçu la dépêche de Blucher.

3. Wellington à sir Charles Stuart, au duc de Berry, à lady Webster, Waterloo, 18 juin, 3 heures du matin. (Dispatches, XII, 476, et Supplementary, X, 501.)

Dans ces lettres, Wellington semble certain de la victoire à Mont-Saint- Jean ; mais il admet la possibilité d'être tourné parHal. auquel cas il abandonnerait sa position et découvrirait Bruxelles. « Tenez-vous prête à quitter Bruxelles pour Anvers, écrit-il à lady Webster, au cas où cela deviendrai I nécessaire. »

4. Le maréchal Wolseley {Déclin et Chute de Napoléon, 196) juge inconcevable la conduite de Wellington. Pour l'expliquer, il est assez dispose à admettre, sans cependant se prononcer absolument, que, comme l'ont dit ou répété Lockart, Young, le colonel Maurice et Ropes, le duc serait allé à Wavre dans la soirée, aurait conféré avec Blucher et serait revenu à Waterloo avant minuit, avec l'assurance formelle de la coopération des Prussiens.

Or cette excursion de Wellington au quartier-général prussien est infirmée, implicitement mais péremptoirement, par la lettre de Blucher citée plus haut. En outre, si Wellington avait été à Wavre, comment Miiffling

Dans le moment môme où Wellington arrêtait ses résolutions, Napoléon les pénétrait. Il s'était couché assez tard au Caillou. Auparavant, dans l'hypothèse d'une grande action pour le lendemain, il avait dicté un ordre de bataille1. Il s'était aussi fait lire le courrier arrivé de Paris, et avait dicté plusieurs lettres, « nécessitées, dit Davout, par les ennuis et les embarras que lui causaient les intrigues de la Chambre des représentants2 ». Réveillé après avoir à peine dormi, l'empereur s'était levé vers une heure du matin pour faire la tournée entière de ses avant-postes. Seul l'accompagnait le général Berlrand. La pluie avait repris; elle tombait à torrents. Quand Napoléon eut

n'en eût-il rien su ni dit, et comment la chose n'eût-elle pas été ébruitée et contée ensuite par les historiens allemands et anglais?

(Depuis que j'ai écrit celte note, M. Archibald Forbes a publié (Century, 1" janvier 1898) un article où il nie absolument, pour beaucoup de bonnes raisons, la prétendue visite de Wellington au maréchal Blucher, à Wavre. Il reproduit en outre un entretien de Wellington au cours duquel le duc a dit : « Il n'est pas vrai que je sois allé à Wavre. Je n'ai pas vu Blucher la veille de Waterloo. »)

1. Napoléon, Mém., 118. — Dans l'ordre de Soult du 18 juin (Arch. Guerre) que je citerai plus loin, il est en effet parlé d'un ordre de bataille dicté la veille au soir par l'empereur.

2. Souvenirs de Davout sur les Cent Jours dictés à Gordon, précepteur de son fils. (Comm. par le général duc d'Auerstsodt.)

Cette assertion de Davout ne me paraît point devoir être mise en doute, d'autant qu'il y avait eu, le 16 juin, à la Chambre, une séance assez orageuse dont il fut rendu compte à l'empereur. Note pour l'empereur, 16 juin (Arch. Aff. étr., 180-2), et Berlier à Bassano, 17 juin (Arch. nat. AF, IV, 1933) : « Le projet de finances donnera matière à discussion pour les Chambres. Cela vaudra mieux, car, quand on n'a pas de quoi s'occuper, on s'agite et on ne peut le faire que d'une façon fâcheuse... Les succès de l'armée seront bien utiles pour relever le courage des hommes faibles et en imposer aux mécontents. »

L'auteur de Napoléon, sa Famille, ses Amis, etc. (IV, 382, 385) assure, d'après une confidence faite par l'empereur à Begnaud de Saint-Jean-d'Angély, qu'une main traîtresse avait glissé dans ce courrier du 17 juin un billet signé : « Duc d'Enghien, Ferdinand VII, Pie VII, >> où la chute prochaine de l'empereur était prophétisée en termes apocalyptiques. Ce même auteur dit encore que, sur le champ de bataille de Ligny, le lendemain de l'action, un blessé français avait prédit à Napoléon une trahison des généraux en chef, et que, dans le verger du Caillou, on trouva cette inscription : « Ici sera le tombeau des Français. » Il me paraît que c'étaient bien des présages pour un seul jourl

atteint la crête de la Belle-Alliance, les bivouacs anglais lui apparurent à petite portée de canon. Le silence y régnait, l'armée alliée semblait ensevelie dans le sommeil. A l'horizon, la foret de Soignes, où se reflétaient, à travers un voile de pluie et de fumée, les innombrables feux allumés par les soldats, avait des lueurs rouges d'incendie. L'empereur jugea que les Anglais tiendraient sur ces positions. S'ils avaient du battre en retraite de nuit ou môme au lever du soleil, comme il le craignait, il y aurai! eu déjà dans leur camp des mouvements préparatoires à une mise en marche. L'empereur rentra au Caillou comme le jour pointait1.

Il y trouva la lettre crue Grouchy lui avait écrite de Gembloux, la veille, à dix heures du soir. L'estafette était arrivée au Caillou vers deux heures2. Cette dépêche portait que les Prussiens semblaient se replier en deux colonnes, l'une vers Liège et l'autre vers Wavre, et que, si la marche de masses prussiennes sur Wavre était confirmée parles rapports de la nuit, Grouchy « les suivrait afin de les séparer de Wellington3 ». Confiant dans la parole de son lieutenant, l'empereur ne crut pas devoir lui

1. Napoléon, Mém., 120. — Le récit de Napoléon est confirmé par les notes de Conquébau (Boucquau, fils du fermier du Caillou), écrites en 181(5 (La Belle-Alliance, Ode dédiée à la Princesse d'Orangp) et par les traditions locales. L'empereur, dans sa visite aux avant-postes, s'arrêta à la ferme de Chantelet où le maréchal Ney avait pris gîte. Soult, Bertrand, Bassano étaient couchés au Caillou, dans les pièces du second étage, sur de la paille ; d'autres officiers généraux logèrent à Plancenoit et à Monplaisir.

2. Gourgaud, 82. — Il y a plus de 8 lieues de Gembloux au Caillou par Sombreffe et les Quatre-Bras. Il n'est donc pas extraordinaire que l'estafette ait mis, en pleine nuit, quatre heures à ce trajet. Marmont, toujours très peu véridique, prétend (Mém., VII, 124), d'après le témoignage du colonel Bernard, que cette lettre arriva au quartier-impérial à 8 heures du soir, c'est-à-dire deux heures avant d'avoir été écrite! Napoléon (Mém., liG) est également inexact en disant : 1° que cette lettre était datée de 5 heures ; 2° qu'il la reçut à 11 heures.

Page 1