‹ 1815 (volume 2)Chapitre 175 sur 271 · Brialmont, Hist. de Wellington, II · texte numérisé non relu

Brialmont, Hist. de Wellington, II

Clausewitz, Kennedy, Hoffmann, Chesney sont unanimes à condamner cette disposition de Wellington. — Napoléon prétend, il est vrai (Mém., 114), qu'il avait envoyé, le soir du 17, vers Hal, un détachement de 2,000 chevaux, et que Wellington, informé de ce mouvement, en avait conçu la crainte d'être tourné. Mais cette assertion paraît douteuse. L'empereur n'indique pas à quel corps appartenait ce détachement; il n'en est question dans aucune relation contemporaine, française ou étrangère; et, le soir du 17, la cavalerie était bien lasse même pour ébaucher un si vaste mouvement tournant. Il semble donc probable que Napoléon, instruit à Sainte-Hélène par des ouvrages anglais que Wellington avait porté 17,000 hommes à Hal, a imaginé après coup sa manoeuvre de cavalerie. C'était se donner le mérite d'avoir réussi à paralyser par une feinte menace tout un corps ennemi. Quoi qu'il en soit, la lettre précitée de Wellington à Hill (Quatre-Bras, 17 juin) prouve que, dès le matin, le duc avait l'idée de se garder du côté de Hal et que le mouvement, réel ou prétendu, de la cavalerie française dans cette direction n'eut pas d'influence sur sa détermination-

Vittoria et à Toulouse. Wellington portait sa tenue ordinaire de campagne : pantalon de peau de daim blanc, bottes à glands, habit bleu foncé et court manteau de même nuance, cravale blanche, petit chapeau sans plumes, orné de la cocarde noire d'Angleterre et de trois autres, de moindre dimension, aux couleurs du Portugal, de l'Espagne et des Pays-Bas. 11 était très calme. Son visage reflétait la confiance que lui inspirait la coopération assurée de l'armée prussienne *.

Les ordres de l'empereur prescrivaient que tous les corps d'armée fussent à neuf heures précises sur leurs positions de bataille, prêts à attaquer-. Mais les troupes qui avaient passé la nuit à Genappe, à Glabais et dans les fermes éparses aux environs, mirent beaucoup de temps à se rallier, à nettoyer leurs armes, à faire la soupe. Elles avaient, en outre, pour unique débouché la grande route de Bruxelles 3. A neuf heures seulement, le corps de Beille arriva à la hauteur du

1. Mùffling, Aus meinem Zeben, 208. Lettre de Ilervey, aide de camp de Wellington, 3 juillet 1815 {Nineteenlh Century, mars 1893). Lettre de Hugel au roi de Wurtemberg, Bruxelles, 19 juin (citée par Pfister, Ans dem Laqerder Verbûndeten, 36!»). Cotton, 47. Cf. Wellington à sir Charles Stuart, Waterloo, 18 juin (3 heures du matin) : « Les Prussiens seront de nouveau prêts à tout ce matin. » (Lelters and Dispatches, XII, 476.)

2. Ordre de Soult, le Caillou, 18 juin (de 4 à 5 heures du matin). (Arch. Guerre, Armée du Nord.) — Janin, sous-chef d'état-major du Ge corps, dit aussi que l'attaque était ordonnée pour 9 heures. {Camp, de Waterloo, 51.)

3. Relation du général Petit (Collect. Morrisson, de Londres). Janin, 51. Dans les Souvenirs d'un ex-officier (283) il est dit que les soldats du 1er corps,

qui avaient bivouaqué en première ligne, s'impatientaient, le matin, de ne point voir les autres corps arriver plus vite à leur hauteur.

Caillou1. La garde à pied, les cuirassiers de Kellermann, le corps de Lobau et la division Durulte étaient bien en arrière2. Pour engager l'action, l'empereur voulait à tort ou à raison avoir tout son monde dans la main, et, d'ailleurs, il ne semblait «pas que l'état du terrain permît encore de faire manœuvrer l'artillerie. C'était, du moins, le sentiment de Napoléon et de Drouot3.

Vers huit heures, l'empereur avait déjeuné à la ferme du Caillou avec Soult, le duc de Bassano, Drouot et plusieurs officiers généraux. Après le

1. Relation de Reille. (Arch. Guerre. ) — Reille ditqu'il avait quitté Genappe au point du jour. Il faut croire qu'ayant reçu en route l'ordre de Soult de faire manger les troupes et de nettoyer les armes, Reille avait fait une longuehalte pour cela. Si, en effet, il ne s'était pas arrêté, il serait arrivé longtemps avant 9 heures au Caillou, distant de Genappe de 5 kilomètres.

2. Le général Petit (Relation précitée) dit que la garde ne leva ses bivouacs qu'à 10 heures, et Durutte {Sentinelle de l'Armée, mars 1838) rapporte qu il prit sa place de bataille seulement quand la canonnade fut engagée sur toute la ligne, soit vers midi. Le fils du fermier du Caillou, Boucqueau, qui a écrit, sous l'anagramme de Conquébau, une ode intitulée la Belle- Alliance, remarque aussi, note 9, qu'à 9 heures les troupes débouchaient encore de Genappe. — Chose curieuse : Walter Scott, un romancier, est le seul historien de la bataille de Waterloo qui ait fait remarquer que l'armée française n'était pas encore en ligne à 11 heures. {Vie de Napoléon, VIII, 559.)

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