Napoléon, Mém
Jomini a le premier émis cette opinion {Précis de la Camp, de 1815, 199), reproduite par presque tous les historiens militaires, que quelques heures de beau temps ne pouvaient raffermir le terrain. Cela est fort discutable. J'ai posé la question à des officiers d'artillerie. A leur retour des grandes manœuvres de 1897, qui furent particulièrement pluvieuses, la plupart d'entre eux m'ont écrit que les terres s'assèchent rapidement, même en septembre, pour peu qu'il y ait du soleil et du vent. Mon ami, M. Charles Malo, un des premiers critiques militaires de ce temps, m'a dit aussi quêtant allé visiter le champ de bataille de Bouvines, où le sol est argileux comme à Waterloo, il avait été fort surpris de constater que le terrain, horriblement détrempé par une pluie longue et abondante, s'était raffermi en deux ou trois heures sous l'action combinée du soleil et du vent.
Jomini est allé jusqu'à prétendre que l'état du terrain était un mauvais prétexte imaginé à Sainte-Hélène pour excuser le retardement de l'attaque. C'est si peu une invention de Sainte-Hélène que Drouot a dit, le 23 juillet 1815, à la Chambre des Pairs : « ... Au jour, il faisait un temps si effroyable qu'il était impossible de manœuvrer avec l'artillerie... Vers '■) heures, le temps se leva, le vent sécha un peu la campagne... » {Moniteur, 24 juin.) — D'après une note du colonel Combes-Brassard,
repas, qui avait été servi dans la vaisselle d'argent aux armes impériales, on déplia sur la table les cartes de Ferrari et de Capitaine *. L'empereur dit : « — L'armée ennemie est supérieure à la nôtre de plus d'un quart. Nous n'en avons pas moins quatre-vingt-dix chances pour nous, et point dix contre. » Ney, qui entrait, entendit ces paroles. Il venait des avant-postes, et il avait pris quelque mouvement des Anglais pour des dispositions de retraite ; il s'écria : « — Sans doute, Sire, si Wellington était assez simple pour vous attendre. Mais je vous annonce que sa retraite est prononcée et que, si vous ne vous hâtez d'attaquer, l'ennemi va vous échapper. » « — Vous avez mal vu, répliqua l'empereur, il n'est plus temps. Wellington s'exposerait à une perte certaine. Il a jeté les dés, et ils sont pour nous2. »
Soult était soucieux. Pas plus que l'empereur, il n'appréhendait l'arrivée des Prussiens sur le champ de bataille : il les jugeait hors de cause pour plusieurs jours. Mais il regrettait que l'on eût détaché 33,000 hommes avec le maréchal Grouchy, quand un seul corps d'infanterie et quelques milliers de chevaux eussent suffi à poursuivre Blùcher. La moitié des troupes de l'aile droite, pensait-il, seraient
(citée par Thiers, XX, 283-284), Drouot, en avril 1816, s'accusait d'avoir involontairement contribué au désastre de Waterloo, en donnant le conseil de retarder l'attaque. Pontécoulant (Souv. rnilit., 254) porte le même témoignage et ajoute que l'on s'exagérait les difficultés qu'il y aurait eu à manœuvrer de bonne heure. Cela est fort possible, mais il n'en est pas moins vrai que Napoléon et Drouot, à tort ou à raison, craignaient ces difficultés.
1. Napoléon, Mém., 124. La Belle- Alliance, ode à la Princesse d'Orange, par Conquébau, note 9. Acte de vente de la ferme du Caillou. (Comm. par M. Emile Coulon.)
J'ai eu entre les mains les exemplaires mêmes des deux cartes qui ont servi à l'empereur pendant cette campagne. La carte de Capitaine appartient à S. A. I. le prince Napoléon, la carte de Ferrari à M. le baron Gourgaud.