‹ 1815 (volume 2)Chapitre 180 sur 271 · DISPOSITION POUR L'ATTAQUE · texte numérisé non relu

DISPOSITION POUR L'ATTAQUE

lution et de l'Empire, si grand nombre de combattants n'avait occupé terrain si resserré. De ïa ferme de Mont-Saint-Jean, emplacement des dernières réserves de Wellington, à la ferme du Caillou où se trouvaient le trésor impérial et les équipages sous la protection d'un bataillon de chasseurs de la vieille garde, il y a 4,500 mètres, et le front de chacune des armées ne dépassait guère trois quarts de lieue * . Les croupes des plateaux étant très découpées, les deux armées, bien qu'en ordre parallèle, ne se trouvaient point d'équerre. L'aile droite anglaise débordait sur le centre, et l'aile gauche était en recul. L'armée française ayant la droite en avant, le centre de la gauche en arrière et l'extrémité de l'aile gauche en flèche, formait une ligne concave et enveloppante.

Il était près de onze heures, et il s'en fallait que les troupes fussent toutes arrivées sur leurs positions2. L'empereur pensait môme ne point pouvoir commencer l'attaque avant une heure de l'aprèsmidi. Il revint à son observatoire de Rossomme où il dicta à Soult l'ordre suivant: « Une fois que toute l'armée sera rangée en bataille, à peu près à une heure après-midi, au moment où l'empereur en donnera Tordre au maréchal Ney, l'attaque commencera pour s'emparer du village de Mont-Saint- Jean, ouest

1. D'après l'ordonnance actuelle, la première ligne française (7 divisions d'infanterie et 2 de cavalerie) aurait normalement un front de quatre lieues.

2. La belle description, tant reproduite, que fait l'empereur (Mém. pour servir à l'histoire, 127-132) des onze colonnes se déployant presque simultanément et de l'armée tout entière rangée sur six lignes en figure de V, bien avant le début de l'action, est tout à fait inexacte. D'après les relations précitées des généraux Durutle et Petit, plusieurs divisions n'arrivèrent sur les positions que lorsque le combat était déjà sérieusement engagé. L'ordre même de Napoléon, de 11 heures, cité plus loin: « Une fois que toute l'armée sera rangée en bataille, à peu près à une heure de l'après-midi..., » prouve qu'à // heures toutes les troupes n'étaient point en bataille.

l'intersection des routes. À cet effet, les batteries de 42 du 2e corps et celles du 6e se réuniront à celles du 1er corps. Ces vingt-quatre bouches à feu tireront sur les troupes de Mont-Saint-Jean, et le comte d'Erlon commencera l'attaque en portant en avant sa division de gauche et en la soutenant, suivant les circonstances, par les autres divisions du 1er corps. Le 2e corps s'avancera à mesure pour garder la hauteur du comte d'Erlon. Les compagnies de sapeurs du 1er corps seront prêtes pour se barricader sur-lechamp à Mont-Saint-Jean \ »

Cet ordre ne laisse aucun doute sur la pensée de l'empereur. Il veut purement et simplement percer le centre de l'armée anglaise et le rejeter au-delà de Mont-Saint- Jean2. Une fois maître de cette position, qui commande le plateau, il agira selon les circonstances contre l'ennemi rompu : déjà il aura virtuellement la victoire. Ainsi Napoléon oublie ou méprise l'avis de Reille que, en raison de la précision du tir et de la solidité de l'infanterie anglaise, on ne la peut vaincre que par des manœuvres. Il dédaigne de manœuvrer. Sans doute une attaque contre la droite de Wellington, fort nombreuse, couverte par le village de Braine-L'Alleud et la ferme

1. Ordre, 18 juin, H heures du matin. (Napoléon, Corresp. 22060.)

Sur la copie de cet ordre (aux Archives de la Guerre), il est mentionné que l'original, de la main de Soult, portait cette note marginale au crayon signée : Ney : « Le comte d'Erlon comprendra que c'est par la gauche au lieu de la droite que l'attaque commencera. Communiquez cette nouvelle disposition au général Reille. » — Il semble donc que l'empereur avait donné, auparavant, un ordre d'après lequel d'Erlon devait attaquer avec la droite du 1er corps, soit par Papelotte et La Haye.

2. C'est bien d'ailleurs ce que dit Napoléon dans sa première relation dictée à Gourgaud. {Corresp. de 1815, 88.) A la vérité, il est moins précis dans sa seconde relation {Além. pour servir à l'Histoire) : il parle d'abord de cette unique attaque sur le centre (133), puis il prétend (134-135) qu'il voulait en même temps tourner la gauche ennemie par La Haye et Papelotte. On doit s'en tenir à la première relation que confirme pleinement l'ordre de 11 heures du matin.

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