‹ 1815 (volume 2)Chapitre 185 sur 271 · ATTAQUE DE HOUGOUMONT · texte numérisé non relu

ATTAQUE DE HOUGOUMONT

Pendant ce duel d'artillerie auquel se mêlèrent bientôt d'autres batteries de la droite anglaise, une partie de l'artillerie de Reille et les batteries à cheval de Kellermann (celles-ci sur l'ordre de l'empereur), la brigade Bauduin de la division Jérôme, précédée de ses tirailleurs, descendit dans la vallée en colonnes par échelons. En même temps, les lanciers de Pire dessinèrent un mouvement sur la route de Nivelles4. Le 1er léger aborda le bois à la baïonnette, ayant à sa tête Jérôme et le général Bauduin, qui fut tué au début du combat. Malgré la défense acharnée du 1er bataillon de Nassau et d'une compagnie de carabiniers hanovriens, on prit pied sur la lisière du bois. Il y avait encore à conquérir trois cents mètres de taillis très épais. Le 3e de ligne s'y engagea à la suite du 1er léger. L'ennemi ne se retirait que pas à pas, s'embusquant derrière chaque touffe, tirant presque à bout portant, faisant sans cesse des retours offensifs. 11 fallut une heure pour rejeter hors du bois les Nassaviens et les compagnies des gardes anglaises qui étaient venues les renforcer2.

En débouchant du taillis, les Français se trouvent à trente pas des bâtiments de Hougoumont, vaste massif de pierre, et du mur du parc, haut de deux mètres. Il s'agit seulement pour Jérôme « de se tenir dans le fond, derrière le bois, en entretenant en avant une bonne ligne de tirailleurs3 ». Mais, soit que l'ordre ait été mal expliqué ou mal

1. Relation de Reille. (Arch. Guerre.) Rapport du prince d'Orange. Napoléon, Mém., 136. Lettre de Jérôme à la reine Catherine. Kennedy, Notes ou Battle of Waterloo, 102-103. Cotton, A Voice of Waterloo, 54-55.

2. Lettre de Jérôme à la reine Catherine, 15 juillet. Waterloo Letters, 249, 259. Rapport du prince d'Orange. Kennedv, 104. Cotton, 55-56. Siborne, I, 386-389.

3. Relation de Reille. (Arch. Guerre) Cf. le dernier paragraphe de notre note de la page 327.

compris, soit que le frère de l'empereur ne veuille pas se borner à ce rôle passif, soit encore que les soldats, très animés, s'élancent spontanément, on se rue à l'assaut. Mur et murailles sont percés de meurtrières d'où les Anglais commencent un feu nourri. Ils sont abrités, ils visent avec calme ; à cette petite distance, tous leurs coups portent. Les fantassins de Jérôme perdent leurs balles contre un ennemi invisible. Les uns tentent d'enfoncer la grande porte à coups de crosse, mais cette porte est dans un rentrant ; ils sont fusillés de face et de flanc. D'autres s'efforcent d'escalader le mur du parc en faisant la courte échelle; à travers les meurtrières, les Anglais les percent de leurs baïonnettes. Les cadavres s'amoncellent au pied de Hougoumont. Les assaillants rentrent à l'abri du bois*. Le général Guilleminot, chef d'état-major de Jérôme, conseille de s'en tenir à cette première attaque2. 11 suffit d'occuper le bois; il faut rompre le combat. Reille, à en croire sa relation, envoie des ordres analogues3. Mais Jérôme s'obstine. Il veut emporter la position. Il appelle sa seconde brigade (général Soye) pour relever dans le taillis la brigade Bauduin4 avec les débris de laquelle il tourne Hougoumont par l'ouest. Sa colonne, qui n'est plus défilée, chemine sous le feu à 600 mètres des batteries anglaises. Elle atteint pourtant la façade nord de Hougoumont et

1. Lettres de lord Saltoun, du général Woodford, etc. (Waterloo Letters, 246, 259, 261.) Colton, 55-56. Mémoires du roi Jérôme,\ll, 91. Siborne, I, 389.

2. Lettre du général Woodford, Gibraltar, 27 janvier 1838. [Waterloo Letters, 261.) —Woodford, ancien major des Goldstreams, tenait ce renseignement de Guilleminot lui-même qu'il avait connu plus tard.

3. Relation de Reille (Areh. Guerre): « L'ordre en fut donné plusieurs fois (de se tenir dans le fond, derrière le bois), mais d'autres attaques lurent tentées inutilement. »

Page 1