APPARITION DU CORPS DE RÙLOW
On ne tarda pas à être tout à fait renseigné. Comme un détachement de cavalerie partait au galop pour reconnaître ces troupes, un sous-officier du 2e hussards de Silésie, que les hussards du colonel Marbot venaient de faire prisonnier près de Lasne 4, fut amené à l'empereur. Il était porteur dune lettre de Biïlow à Wellington, annonçant l'arrivée du IVe corps à Chapelle-Saint-Lambert. Ce hussard, qui parlait français, ne fit pas difficulté de conter tout ce qu'il savait. « — Les troupes signalées, dit-il, sont l'avant-garde du général de Bùlow. Toute notre armée a passé la nuit d'hier à Wavre. Nous n'avons pas vu de Français, et nous supposons qu'ils ont marché sur Plancenoit2. »
La présence d'un corps prussien à Chapelle-Saint- Lambert, qui eût confondu l'empereur quelques heures plus tôt, alors qu'il traitait de « paroles en l'air » le propos rapporté par Jérôme sur la jonction projetée des deux armées alliées, ne le surprit
dit que le corps prussien de Saint-Lambert était « probablement un détachement de Grouchy ». Soult ne pouvait supposer vraisemblablement cela, puisque Grouchy, dans la lettre écrite à 6 heures du matin et reçue entre 10 et 11 heures, annonçait qu'il était encore à Gembloux et qu'il allait suivre les Prussiens sur Wavre. De Gembloux à Chapelle-Saint-Lambert, par Wavre, Grouchy aurait eu six lieues à faire et un corps prussien à culbuter.
1. Lettre de Marbot à Grouchy, 1830. (Citée par Grouchy, Relat. suce, App. VIII, 51, sqq.). — Marbot prétend que ce hussard fut pris près de Saint-Lambert; mais la cavalerie française, 'comme je l'ai dit (317, note 1), ne poussa pas plus loin que Lasne.
Dans les rapports allemands il n'est point fait mention de cette lettre interceptée, mais la chose n'est pas douteuse, puisqu'il en est parlé non seulement par Napoléon, Baudus et Marbot, mais encore par Soult dans une dépêche à Grouchy (citée plus loin), datée du 18 juin, 1 heure aprèsmidi.
Napoléon dit : un hussard noir. Je ne sais quel était l'uniforme de ce sous-officier, mais il devait appartenir au 2e hussards silésiens formant l'avant-garde prussienne, et dont plusieurs détachements battirent l'estrade en avant de Saint-Lambert à partir de 11 heures du matin. (Voir Damitz, II, 242-243, et le rapport de Bùlow cité par von Ollech, 192).
2. Napoléon, Mém., 139. Gourgaud, 89. Baudus, I, 226. Soult à Grouchy, en avant du Caillou, 18 juin, 1 heure. (Registre du major général.)
qu'à demi, car il avait reçu dans l'intervalle cette lettre de Grouchy, datée de Gembloux, six heures du matin : « Sire, tous mes rapports et renseignements confirment que l'ennemi se retire sur Bruxelles pour s'y concentrer ou livrer bataille après s'être réuni à Wellington. Le premier et le second corps de l'armée de Blûcher paraissent se diriger le premier sur Corbais et le deuxième sur Chaumont. Ils doivent être partis hier soir, à huit heures et demie, de Tourinnes et avoir marché pendant toute la nuit ; heureusement qu'elle a été si mauvaise qu'ils n'auront pu faire beaucoup de chemin. Je pars à l'instant pour Sart-à-Walhain, d'où je me porterai à Corbais et à Wavre1. » Cette dépêche était beaucoup moins rassurante que celle de la veille. Au lieu d'une retraite de deux corps prussiens en deux colonnes, l'une sur Wavre et l'autre sur Liège2, Grouchy annonçait que ces deux colonnes marchaient concentriquementvers Bruxelles, dans le dessein probable de se réunir à Wellington. Il ne parlait plus d'empêcher leur jonction; et, si l'on devait cependant conjecturer qu'il allait manœuvrer à cet effet en se portant sur Wavre, il semblait mettre bien peu de hâte, puisque, à six heures du matin, il n'avait pas encore quitté Gembloux. Sans
1. Grouchy à Napoléon, Gembloux, 18 juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.) Comme je l'ai déjà fait remarquer (p. ?86,note 2), cette dépêche, qui, selon les copies, porte tantôt 3 heures et tantôt 6 heures du matin, fut écrite à 6 heures. J'en ai donné plusieurs raisons. Je répète ici que, si cette dépêche avait été écrite à 3 heures, elle serait arrivée au quartier-impérial avant 10 heures. Or elle n'y arriva que passé 10 heures. Autrement, Soult en aurait fait mention dans sa lettre à Grouchy (en avant du Caillou, 10 heures) el les instructions contenues dans cette lettre auraient été toutes différentes ; elles auraient été celles-là même que Soult écrivit à 1 heure dans la lettre (reproduite plus loin), et qui furent motivées, cela est évident, par la lecture de ladite dépêche de Grouchy.
2 Voir la lettre de Grouchy à l'empereur, Gembloux, 17 juin, 10 heures du soir, que j'ai citée à la page 248.