CONTRE-ATTAQUE DES ANGLAIS
et Pack) s'était reculée, sur l'ordre de Wellington, à 150 mètres du chemin. Les hommes étaient là, en ligne, mais couchés afin d'éviter les projectiles. Picton voit les Hollandais en déroute et les tirailleurs français traverser les haies et s'avancer hardiment contre une batterie. Il commande : « Debout ! » et porte d'un bond la brigade Kempt jusqu'au chemin. Elle replie les tirailleurs, franchit la première haie, puis, découvrant la colonne de Donzelot, occupée à se déployer, elle la salue d'un feu de file à quarante pas. Fusillés à l'improviste, surpris en pleine formation, les Français font d'instinct, involontaire ment, un léger mouvement rétrograde. Picton, saisissant laminute, crie : « Chargez ! Chargez ! Hurrah !» Les Anglais s'élancent de la seconde haie et se ruent, baïonnettes en avant, contre cette masse en désordre qui résiste par sa masse même. Repoussés plusieurs fois, sans cesse ils renouvellent leurs charges. On combat de si près que les bourres restent fumantes dans le drap des habits. Durant ces corps-à-corps, un officier français est tué en prenant le drapeau du 32e régiment, et l'intrépide Picton tombe roidemort, frappé d'une balle à la tempe *.
La colonne de Marcognet (troisième échelon) était arrivée à peu près à la hauteur de la colonne de Donzelot, au moment de la fuite des Hollando- Belges. Marcognet, n'ayant pas cru possible de déployer sa division, avait continué sa marche et dépassé Donzelot qui faisait halte. Déjà, avec son
1. Rapport de Kempt, Genappe, 19 juin. (Wellington, Dispatches Suppl., X, 534.) Fraser, Letters, 554. Lettres d'officiers de la division Picton et de la brigade Ponsonby. (Waterloo Letters, 70, 85, 89, 345, 349, 350, 356, 361, 363.) Kennedy, 109. W. Gomm, Letters, 352. Siborne, II, 11-14.
Siborne, entraîné par son patriotisme, dit que l'officier français fut tué en essayant de reprendre le drapeau du 32e français. Le 32* n'était pas à l'armée du Nord, tandis que le 32» anglais faisait bel et bien partie de la brigade Kempt.
régiment de tête, criant : Victoire ! il avait franchi la double haie et s'avançait contre une batterie hanovrienne, quand, aux sons aigus des pibrochs, s'ébranla la brigade écossaise de Pack, par bataillons en échiquier déployés sur quatre rangs. A moins de vingt mètres (vingt yards), le 92e higlanders ouvrit le feu ; peu après tirèrent les autres Ecossais. A cause de leur ordonnance massive, les Français ne pouvaient riposter que par le front d'un seul bataillon. Ils firent une décharge et s'élancèrent à la baïonnette. On s'aborda; les premiers rangs se confondirent dans une furieuse mêlée. « Je poussais un soldat en avant, raconte un officier du 45°. Je le vois tomber à mes pieds d'un coup de sabre. Je lève la tête. C'était la cavalerie anglaise qui pénétrait de toutes parts au milieu de nous et nous taillait en pièces1. »
Comme les Français allaient couronner le plateau, les cuirassiers de Travers à l'ouest de la grande route et les colonnes de d'Erlon à l'est, lord Uxbridge
1. Lettres d'officiers des brigades Kempt, Pack et Ponsonby. (Waterloo Letters, 64, 69, 355, 350, 371, 374, 382, 383, etc.) Cotton, 67-08. Souvenirs d'un ex-officier (du 4.:>«), 287, 288.
Les historiens anglais ne veulent point avouer (et pourquoi, puisquel'armée de Wellington fut victorieuse?) que dans cette première attaque les Français atteignirent les crêtes de Mont-Saint-Jean. Or les Lettres de Waterloo, provenant toutes d'officiers qui prirent part à la bataille, témoignent que : 1° à la droite anglaise les cuirassiers de Travers arrivèrent exactement au bord du chemin d'Ohain ; — 2° à la gauche, la brigade Bourgeois parvint aussi au chemin après avoir délogé les défenseurs de la sablonnière; — 8° la colonne de Donzelot s'arrêta pour se déployer à 40 mètres du chemin, et ses tirailleurs dépassèrent les haies; — 4° au moins les bataillons de tête de la colonne Marcognet franchirent le chemin, « s'avancèrent jusque sur les canons hanovriens » et s'engagèrent sur le plateau même contre les Ecossais de Pack. Dans son rapport à Wellington du 19 juin (Suppl. Dispatches, X, 534), Kempt dit expressément que la charge de Picton eut lieu quand les Français emportaient la crête de la position, et que, même quelques instants après, quand Picton fut tué, la situation était très critique. Dans une lettre du 23 juin à Hervey, aide de camp de Wellington (Suppl. Dispatches of Wellington, X, 508), le colonel Clifton, qui remplaçait le général Ponsonby, tué, dit de son côté : « L'ennemi, jusque-là vainqueur (previously successful), fut mis en déroute par notre cavalerie. »