‹ 1815 (volume 2)Chapitre 196 sur 271 · CHARGE DES GARDES DE SOMERSET · texte numérisé non relu

CHARGE DES GARDES DE SOMERSET

avait fait charger l'élite de sa cavalerie \ Les quatre régiments de gardes à cheval de Somerset (1er et 2e Life-Guards, Bleus et Dragons du Roi) partirent au galop, en ligne. Après quelques foulées, ils arrivèrent à portée de pistolet des cuirassiers, séparés d'eux par le chemin d'Ohain. A l'ouest de la route de Bruxelles, ce chemin courait l'espace de 400 mètres entre deux berges escarpées qui disparaissaient plus loin. La gauche de Travers et la droite de Somerset se chargèrent au galop sur la partie plane du chemin. Mais les pelotons de droite des cuirassiers rencontrèrent la tranchée. Ils en descendirent résolument le talus extérieur, et ils donnaient de l'éperon pour en franchir le bord opposé quand, à dix mètres au-dessus d'eux, étineela la rangée de sabres du 2e Life-Guards, lancé à fond de train. Afin d'éviter un véritable écrasement, car temps et espace leur manquaient pour fournir une charge, les cuirassiers enfilèrent le chemin creux en se bousculant, rejoignirent la grande route près de l'orme de Wellington et se rallièrent dans un champ proche de la sablonnière. Les Life-Guards qui les avaient poursuivis en côtoyant le bord du chemin, les chargèrent avant qu'ils ne se fussent reformés ; et, à la suite d'un corps-àcorps où, dit lord Somerset, ils « frappaient sur les cuirasses comme des chaudronniers à l'ouvrage », ils en culbutèrent quelques-uns dans l'excavation de la sablonnière. Le gros de la brigade Travers fut rompu et rejeté au fond du vallon par les autres régiments de Somerset qui, de beaucoup mieux montés que les cuirassiers, avaient aussi la supériorité du nombre et l'avantage du terrain2.

1. Kennedy, 110. Siborne, II, 19. Colonel Tomkinson, the Diary, 300.

2. Rapport de Somerset à Wellington, La Forêt, 24 juin. (Suppl. Dispatches

En même temps, la brigade de dragons de Ponsonby (Royaux, Inniskillings et Scots-Greys) s'était élancée contre les colonnes de d'Erlon. Les Royaux débouchent de la route de Bruxelles, bousculent la brigade Bourgeois aux prises avec le 95e embusqué derrière les haies et le repoussent jusqu'à la sablonnière. Les Inniskillings franchissent le chemin par les ouvertures pratiquées dans la double haie pour le tir des pièces, et assaillent la colonne de Donzelot. Les Ecossais-Gris, ainsi nommés à cause de la robe de leurs chevaux, arrivent au dos des bataillons de Pack, qui ouvrent leurs intervalles pour les laisser passer. Higlanders et Scots-Greys se saluent mutuellement du cri : Scotland for ever ! et les cavaliers fondent avec impétuosité sur la division Marcognet1. Fusillées de front par l'infanterie, chargées sur les deux flancs par la cavalerie, paralysées par leur presse même, les lourdes colonnes françaises ne peuvent faire qu'une pauvre résistance. Les hommes refluent les uns sur les autres, se serrent, se pelotonnent au point que l'espace leur manque pour mettre en joue et même pour frapper

of Wellington, X, 577.) Lettre de Hervey, aide de camp de Wellington. W. Gomm, Letters, 352. Lettres d'officiers des brigades Somerset et Kempt et du lieutenant Grarme, de la Légion Germanique. {Waterloo Letters, 41-56, 361, 406.) Siborne, II, 19-24. Cotton, 74. Kennedy, 110.

C'est vraisemblablement la bousculade des cuirassiers entre les berges du chemin d'Ohain, suivie de la chute de quelques-uns d'entre eux dans la sablonnière, qui a créé la légende de l'écrasement dans le chemin creux et inspiré à Victor Hugo les pages épiques des Misérables.

\. Lettres d'officiers des brigades Ponsonby, Kempt et Pack. (Waterloo Letters, 63, 64, 70, 78, 349, 363, 383.) Kennedy, 110. Rapport de Kempt, 19 juin. (Dispatches of Wellington, SuppL, X, 534.)

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