‹ 1815 (volume 2)Chapitre 197 sur 271 · CHARGE DES DRAGONS DE PONSONBY · texte numérisé non relu

CHARGE DES DRAGONS DE PONSONBY

à l'arme blanche les cavaliers qui pénètrent dans leurs rangs confondus. Les balles sont tirées en l'air, les coups de baïonnette, mal assurés, ne portent point. C'est pitié de voir les Anglais enfoncer et traverser ces belles divisions comme de misérables troupeaux. Ivres de carnage, s'animantà tuer, ils percent et taillent joyeusement dans le tas. Les colonnes se rompent, se tronçonnent, s'éparpillent, roulent au bas des rampes sous le sabre des dragons. La brigade Bourgeois, qui s'est ralliée à la sablonnière, est mise en désordre et entraînée par les fuyards et les cavaliers pêle-mêle. La brigade Quiot abandonne l'attaque de la Haye-Sainte1. Audessus de Papeiotte, la division Durutte subit sur son flanc droit les charges des dragons de Vandeleur (11e, 12e et 13e régiments), secondés par les dragons hollandais et les hussards belges de Ghigny. Bien qu'entamée d'abord, elle se replie sans grosses pertes et en assez bon ordre et repasse le ravin, toujours entourée par la cavalerie2. Il ne reste plus un seul Français sur les versants de Mont-Saint-Jean.

Emportés par leurs chevaux, à qui, dit-on, ils

1. Rapport de Somerset. Colonel Glifton à Hervey, Croix, 23 juin. (Suppl. Dispatches of Wellington, X, 568, 577.) Lettres d'officiers des brigades Ponsonby, Kempt et Pack. {Waterloo Letters, 58, 61, 63, 65, 70,72, 78, 86, 345, 367, 374, 376, 384, 404. Kennedy, 118. Souvenirs d'un ex-officier, 288, 200.

Dans la déroute, les Anglais ramassèrent de 2,000 à 3,000 prisonniers. Les dragons de Ponsonby prirent l'aigle du 45e (division Marcognel) et celle du 105e (brigade Bourgeois). Un autre drapeau, pris par les gardes achevai de Somerset, fut repris dans la mêlée.

2. Lettres d'officiers de la brigade Vandeleur. {Waterloo Letters, 103, 104, 112, 114-115.) Relation de Durutte. Van Lôben, 2, 9. Cf. Siborne, II, 38-39.

Durutte, dont la relation contient d'ailleurs plus d'une autre inexactitude, prétend qu'il repoussa les charges de la brigade Vandeleur. Il fait volontairement ou inconsciemment confusion entre les premières charges de cette cavalerie, qui le contraignirent à se replier en désarroi, et une autre charge de Vandeleur contre le 85e, laissé en réserve sur la position primitive, — charge qui fut, en effet, repoussce avec grandes pertes. Voir, à ce sujet, la relation du capitaine Chapuy. {Journal des Sciences militaires, juillet 1863.)

avaient reçu Tordre d'enlever les gourmettes, excites eux-mêmes par la course, le bruit, la lutte, la victoire, les Anglais traversent le vallon à une allure furieuse et s'engagent sur le coteau opposé. En vain lord Uxbridge fait sonner la retraite, ses cavaliers n'entendent rien ou ne veulent rien entendre et gravissent au galop les positions françaises. Ils n'y peuvent mordre. Les Life-Guards et les dragons sont décimés par le feu de la division Bachelu, établie près du mamelon à l'ouest de la grande route. Les Scots-Greys rencontrent à mi-côte deux batteries divisionnaires, sabrent canonniers et conducteurs, culbutent les pièces dans un ravin, puis assaillent la grande batterie. Les lanciers du colonel Martigue les chargent de flanc et les exterminent, tandis que ceux du colonel Brô dégagent la division Durutte de l'étreinte meurtrière des dragons de Vandeleur. « Jamais, dit Durutte, je ne vis si bien la supériorité de la lance sur le sabre \ » C'est dans cette mêlée que fut tué le vaillant général Ponsonby. Désarçonné par un sous-oflicier du 4e lanciers, nommé Urban, il s'était rendu, quand quelques-uns de ses Scots-Greys revinrent pour le délivrer. Urban, craignant de perdre son prisonnier, eut le triste courage de lui plonger sa lance dans la poitrine. Après quoi il fondit sur les dragons et en abattit trois2.

La belle charge des lanciers fut bientôt appuyée

i. Rapports précités de Somerset et de Clifton. Lettres d'officiers des brigades Somerset, Ponsonby et Vandeleur. (Waterloo Letters, 38, 6?, ()4-65, 79, 86, 114-115.) Relations précitées de Durutte et du capitaine Chapuy (du 85e). Kennedy, 110. Siborne, II, 36-39. Cotton, 71-72.

Durutte prétend que les cavaliers anglais étaient ivres. Il est bien osé de porter une pareille accusation contre de si vaillants soldats.

2. Mauduit, II, 300. Cf. Lettres des colonels Evans et Straton {Waterloo Letters, 64, 85), et Rapport précité de Clifton.

Un parent du général Ponsonby, le lieutenant-colonel Ed. Ponsonby (de

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