‹ 1815 (volume 2)Chapitre 212 sur 271 · ATTAQUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ATTAQUE GÉNÉRALE

En quelques instants, quinze cents hommes furent tués, blessés, dispersés. On approcha tout de même l'ennemi à portée de pistolet, mais les brigades fraîches de Duplat et de William Halkett ayant dessiné un mouvement offensif (Duplat fut tué à ce moment), les colonnes, tronçonnées par les boulets, se mirent en retraite. En vain, le maréchal Ney les avait fait soutenir par quelques squelettes d'escadrons, notamment par les carabiniers. Dans ces charges partielles, qui se succédèrent presque jusqu'à la fin du combat, les cavaliers ne percèrent plus la ligne des batteries anglaises ^.

Tout aux charges de cavalerie, Ney, dans le feu de cette tumultueuse action, avait perdu de vue son premier objectif, la prise de la Haye-Sainte. Gomme à Hougoumont, mais beaucoup moins ardente, la lutte continuait là sans aucun résultat. Et pourtant les intrépides défenseurs, munis seulement de soixante cartouches chacun, commençaient à ralentir leur feu. Le major Baring avait fait demander des munitions. Wellington n'en avait pas à donner ; il lui envoya un nouveau renfort de deux compagnies 2.

1. Notes journalières de Foy et lettre du même à Guilleminot (comm. par le comte Foy). Relation de Reille. (Arch. Guerre.) Waterloo Letters, 126,128, 193, 242, 256, 305, etc. Kennedy, 124-125. Siborne, II, 84.

Foy dit expressément : « Quand notre cavalerie fut rentrée, on nous donna l'ordre de gravir le plateau... Les 5e et 9e divisions n'ont été mises en mouvement que quand notre cavalerie commençait à se retirer. » — Le lieutenant-colonel Davis, de la brigade Maitland, dit aussi ( Waterloo Letters, 256) : « Vers le soir, quand les attaques de cavalerie eurent été repoussées, l'infanterie s'avança contre nous, soutenue par de la cavalerie. » — Le capitaine Eeles, du 95e rifles, dit de même {Waterloo Letters, 305) : « Il y eut un temps d'arrêt entre les charges de cavalerie et la nouvelle attaque d'infanterie. »

L'oubli par Ney des divisions de Reille confirme cette remarque de Napoléon {Mèm., 182): « Ney, toujours le premier dans le feu, oubliait les troupes qu'il n'avait pas sous les yeux. »

2. Relation du major Baring (ffanôversches viilitàrisehes Journal, 1831). Waterloo Letters, 404. Kennedy, 123. Siborne, II, 74, 84, 86. Cf. Général

Vers six heures, au moment où les divisions Foy et Bachelu s'avançaient vers le plateau, l'empereur parcourait la ligne de bataille sous une pluie d'obus et de boulets. Le général Desvaux de Saint-Maurice, commandant en chef l'artillerie de la garde, le général Lallemand, commandant les batteries à pied, Bailly de Monthyon, chef de Fétat-major général, avaient été renversés à ses côtés, l'un tué, les deux autres grièvement blessés. Napoléon envoya l'ordre à Ney de s'emparer coûte que coûte de la Haye- Sainte1. C'est une nouvelle proie désignée au maréchal, une nouvelle occasion de trouver la mort. Il accourt, entraîne le 13e léger (division Donzelot),un détachement du 1er régiment du génie, et les jette contre la ferme. Les balles, tirées à dix mètres, à cinq mètres, à bout portant, clairscment les assaillants. Des soldats cherchent à désarmer les Allemands en empoignant les canons des fusils dont l'extrémité dépasse les meurtrières. En un inslant soixante-dix Français tombent au pied du mur de l'est. Leurs camarades montent sur le tas pour escalader le faîte du mur d'où ils fusillent dans la cour les chasseurs de Baring ; d'autres se hissent sur le toit de la grange. Le lieutenant Vieux, du génie, tué colonel sur la brèche de Gonstantine, frappe la porte charretière à grands coups de hache. Il reçoit une balle au poignet, une autre dans l'épaule. La hache passe de mains en mains, la porte cède enfin, et le flot fait irruption dans la cour. Acculés aux bâtiments, n'ayant plus de cartouches,

Rogniat, Réponse aux Notes de Napoléon, 274 : « Les attaques se renouvelaient mollement. On tiraillait. »

1. Note du colonel Planzeaux. (Arch. Guerre.) Heymès, 25-26. Relation de Delort. Napoléon (i/e'w.), 145. Kennedy, 124. Dossier de Monthyon. (Arch. Guerre.)

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