‹ 1815 (volume 2)Chapitre 223 sur 271 · L ASSAUT DE MONT-SAINT- JE AN · texte numérisé non relu

L ASSAUT DE MONT-SAINT- JE AN

Toutes les troupes avaient reçu l'ordre de seconder cette attaque. Déjà les divisions Donzelot, Allix et Marcognet gravissent le plateau ; la première, le long et sur le côté gauche de la route de Genappe, les deux autres à la droite de cette route. Mais l'infanterie de Reille et les débris de la cavalerie commencent à peine à s'ébranler 4. Entre la Haye-Sainte

chèrent en carrés. Cette formation, au moins singulière pour l'assaut d'une position, peut s'expliquer par la prévision où l'on était d'avoir à parer à des charges de cavalerie. A la vérité, selon Siborne, Cotton, Kennedy et nombre de Lettres de Waterloo, la garde était formée en colonnes serrées (Close columns) ; mais de loin, dans la fumée, il était facile de confondre des carrés et des colonnes en masse. « Je crois, dit le lieutenant Sharpin (228), qu'ils étaient en colonnes serrées. » « Je n'ai pu distinguer exactement, dit le colonel Gawler (292), quelle était la formation de l'ennemi, la fumée étant trop épaisse; mais on m'a dit que c'était en colonnes. » J'ajoute que dans la Relation anglaise de la bataille de Waterloo, publiée en 1815 (p. 32), il est dit que la garde attaqua en carrés.

D'après tous les historiens français, la garde aurait attaqué en une colonne; d'après les historiens anglais, en deux colonnes. Ces deux assertions sont inexactes. Si l'attaque avait eu lieu en une seule colonne, la garde n'aurait pu aborder et les deux bataillons de Brunswick et la gauche de la brigade Halkett et la brigade Ditmer et la droite de Halkett et les gardes de Maitland et enfin la brigade Adam, ces troupes étant placées non en profondeur, mais sur un front en arc de cercle de plus de 1,000 mètres. Si l'attaque se fût opérée en deux colonnes, la garde aurait abordé seulement la brigade Maitland et la brigade Adam. Les bataillons de Brunswick, la brigade Halkett et la brigade Ditmer n'auraient pas été engagés contre elle. C'est ce que prétendent les historiens anglais dans un sentiment de gloriole, de même qu'ils prétendent que l'attaque fut opérée par douze bataillons ! Mais, comme je l'établis plus loin en citant uniquement les témoignages des combattants anglais eux-mêmes (lettres de lord Hill à Chassé, du lieutenant Sharpin, du colonel Gawler, du major Kelly, du capitaine Mac-Ready, etc., et The 5th Brigade at Waterloo, relation d'un ancien officier au 30° régiment, publiée dans V United Service Gazette, octobre 1845), les cinq bataillons de la garde attaquèrent bel et bien sur quatre points différents deux bataillons brunswickois, trois brigades anglaises et une brigade belge. Hugel (lettre au roi de Wurtemberg. Bruxelles, 19 juin, citée par Pfister, 370) dit expressément que « l'attaque de la garde fut repoussée par 6 à 8,000 hommes d'infanterie anglaise ».— La garde était donc en cinq échelons au départ, comme le dit le général Petit, et en quatre échelons à l'attaque, par suite de la réunion du quatrième au troisième échelon, comme l'indiquent les positions des différentes brigades ennemies, et comme le confirme absolument la Relation de YUnited Service Magazine : « La colonne de la garde impériale se subdivisa et s'avança en quatre colonnes par échelons sur notre front. »

1. Notes journalières du général Foy. Relation de Reille. (Arch. Guerre.) Souvenirs d'un ex-officier (de la division Marcognet), 296. Kennedy, 141, 147.

L'attaque de d'Erlon fut très vive ; mais Foy et Reille s'accordent à

et Rougoumont, les cinq bataillons de la garde s'avancent seuls contre l'armée anglaise ! Ils marchent l'arme au bras, alignés comme à une revue des Tuileries, superbes et impassibles. Tous leurs officiers sont en tête, les premiers aux coups. Les généraux Friant et Porret de Morvan commandent le bataillon du 3e grenadiers ; Je générai Harlet, le bataillon du 4° grenadiers ; le général Michel, le 1er bataillon du 3e chasseurs; le colonel Mallet, un fidèle de l'île d'Elbe, le 2e bataillon; le général Henrion, le bataillon du 4e chasseurs. Ney roule à terre avec son cheval, le cinquième tué sous lui. Il se dégage, se relève et marche à pied, Fépée à la main, à côté de Friant. L'artillerie anglaise, disposée en arc de cercle depuis la route de Bruxelles jusqu'aux hauteurs voisines dTiougoumont, car, de convexe, le front de l'aile droite ennemie est devenu concave, tire à double charge de mitraille à partir de deux cents mètres. La garde est battue de face et d'écharpe. Chaque volée y fait brèche. Les grenadiers serrent les files, rétrécissent les carrés, et continuent à monter du même pas en criant : Vive l'empereur 1 !

Le 1er bataillon du 3e grenadiers (échelon de droite) culbute un corps de Brunswick, s'empare

dire que, sauf à l'est d'Hougoumont où la division Jérôme fit effort, leur infanterie marcha lentement et mollement. Quanta la cavalerie, elle ne seconda la garde que par un détachement de cuirassiers qui s'empara d'une batterie ennemie tout à fait dans la dernière phase de l'assaut et qui fut repoussé par le 23e dragons. {Waterloo Letters, 91, 273. Siborne, II, 175.)

Ropes {The Campaiçjn of Waterloo, 319) remarque, non sans raison, que si l'attaque de la garde échoua, c'est qu'elle fut mal soutenue par les autres troupes.

1. Lettres d'officiers du Royal Artillerv et des brigades Adam, Maitland et Halkett. {Waterloo Letters, 187, 194, 223, 227, 232, 237, 244, 254, 257, 292, 330, 322.) Lettre de Ney au duc d'Otrante. Relation du général Petit. Journal de Mac-Worth, de l'état-major de lord Hill. (Citée par Sidney, Life of lord Hill, 309.) W. Gomm. Letters, 361.

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