L ASSAUT DE MONT-S A I N T- JE AN
de les former en ligne pour répondre au feu par le feu. La confusion augmente. Le déploiement s'opère mal et à grande perte de temps. Pendant dix minutes, les chasseurs restent sur place sous la fusillade des gardes de Maitland et sous la mitraille des batteries Bolton et Ramsay qui les prennent en écharpe. Wellington voit enfin la garde fléchir; il commande de charger. « — En avant ! mes garçons, crie le colonel Saltoun, c'est le moment! » Les 2,000 Anglais courent tête baissée sur cette poignée de soldats, les enfoncent et descendent confondus avec eux dans un furieux corps-à-corps jusque près du verger d'Hougoumont. « Les combattants étaient si mêlés, dit un officier de la batterie Bolton, que nous dûmes cesser de tirer1. »
Aux commandements précipités de leurs chefs, les Anglais font brusquement halte. Le bataillon du 4e chasseurs (échelon de gauche) s'approche pour dégager les débris du 3e chasseurs, ainsi que ceux du 4e grenadiers qui se sont également mis en retraite. Sans attendre le choc, les soldats de Maitland lâchent pied en désordre et remontent sur leurs positions aussi vite au moins qu'ils en sont descendus. Chasseurs et grenadiers les suivent de près, gravissant la côte sous les volées de mitraille. Ils franchissent le chemin d'Ohain lorsque la brigade Adam (52e, 71e et 95e régiments), qui s'est vivement portée en potence sur leur flanc gauche, les écharpe par des feux de quatre rangs. Les gardes de Maitland font demi-tour, et tant bien que mal reformés, recom-
1. Lettres d'officiers des brigades Maitland et Halkett et du Royal Artillery. {Waterloo Letters, 223, 225, 227, 228, 229, 237, 242, 244, 254, 257, 3 9.) Kennedy, 142. Relation du général Petit. Relation de V Ambigu, de Londres, tome LU, 436. Lettre de Hùgel au roi de Wurtemberg, Bruxelles, 19 juin (cit. par Pfister, Aus dem Lager der Verbûnd.,'àlO).\V. Gomm, Letters, 373.
mencent à tirer de concert avec la brigade Colin Halkett, tandis que les Hanovriens de William Halkett débouchent des haies d'Hougoumont et fusillent les Français par derrière. De tous côtés, les balles arrivent en grappes. Mallet est grièvement blessé. Un bataillon se déploie face à Maitland ; ce qui reste des deux autres marche par la gauche contre la brigade Adam. Le colonel Colborn, que les soldats appelaient, en Espagne, « le mangeur de feu » (fire eater), entraîne le 52°. Toute la brigade le suit, baïonnettes au clair. Déjà très ébranlés par la formidable fusillade qu'ils ont subie, chasseurs et grenadiers fléchissent sous le nombre et se retirent en désarroi *.
Le cri : « La garde recule! » retentit comme le glas de la Grande Armée. Chacun sent que tout est fini. L'infanterie de Reille, les cuirassiers, les escadrons de la garde, qui marchent enfin pour seconder l'attaque de Ney, s'arrêtent paralysés. Les soldats de Donzelot et d'Allix, aux prises sur les crêtes, au-dessus de la Haye-Sainte, avec les bri-
1. Lettres d'officiers des brigades Maitland, Adam, Mitchel, Dôrnberg, Vivian, et du Royal Artillery. (Waterloo Letters, 91, 100, 1G2, 237, 242, 245, 248, 254, 276-278, 280, 284, 286, 294, 298, 308, 309, 319.) Cf. Lettre de Hùgel au roi de Wurtemberg, 19 juin.
Il ressort de ces diverses péripéties de l'attaque que chacun des cinq bataillons de la garde, sauf celui qui fut opposé à Maitland, commença par repousser l'ennemi, mais que les uns et les autres cédèrent à des forces supérieures, 3,000 à peine contre 8,000 ou 10,000 et une artillerie formidable. Il paraît donc vraisemblable, comme un officier de grenadiers prisonnier l'a fait remarquer à l'auteur de la The 5lh Brigade at Waterloo, que si l'assaut avait été donné sur un seul point par ces cinq bataillons réunis, la ligne anglaise eût été certainement enfoncée. Voir à ce sujet la remarque du colonel Kennedy, que j'ai citée à la page 392, note 1.