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CHAPITRE VI LA DÉROUTE

I. La rencontre de Wellington et de Blùcher devant l'auberge de la Belle-Alliance (neuf heures et quart). — La déroute des Français.

IL Tentative de résistance à Genappe (onze heures).

III. La poursuite de la cavalerie prussienne (nuit du 18 au 19 juin).

IV. Halte de l'empereur aux Quatre-Bras. — Passage de l'armée à Charleroi (matinée du 19 juin).

V. Retraite sur Laon. — Départ de l'empereur pour Paris (20 juin).

Vers neuf heures et quart1, alors que les divisions Hiller, Ryssel et Tippelskirch arrachaient Plancenoit à la jeune garde et que les carrés du 1er grenadiers tenaient encore près de la maison Decoster, Blucher et Wellington se rencontrèrent devant la Belle-Alliance. Blucher suivait celles des troupes de Bùlow qui avaient refoulé Lobau, Wellington arrivait de la Haye-Sainte avec les derniers échelons de son armée. Les deux généraux s'abordèrent et, selon l'expression de Gneisenau, « ils se saluèrent mutuellement vainqueurs ». Des musiques de cavalerie prussienne jouaient en passant le God save the King ; au loin le bruit de la fusillade décroissait. Les fantassins de Bûlow, qui s'étaient

1 . Rapport de Gneisenau : « Il était 9 heures et demie. » C. de W. (Mùffling) Hist., 36 : « Il était 9 heures. Il faisait tout à fait obscur. »

arrêtés pour reformer leurs rangs, entonnèrent l'hymne de Luther : « Seigneur Dieu, nous te Jouons! Seigneur Dieu, nous te remercions1 !... »

Blucher, frappé que sa rencontre avec Wellington eût lieu précisément devant la Belle-Alliance, pensa à donner ce nom à la bataille où l'alliance des Anglais et des Prussiens avait produit un si grand résultat. Mais Wellington voulait que la victoire — sa victoire — portât le nom du village qui avait eu l'honneur, la nuit précédente, de lui servir de quartier-général2.

On décida que malgré la nuit il fallait poursuivre à outrance les débris de l'armée impériale. Les Anglais étaient exténués par dix heures de combat, « fatigués à en mourir », dit Wellington3. Les Prussiens avaient fait cinq lieues en moyenne par les pires chemins, et ils avaient lutté entre Fris-

1. Rapport de Gneisenau. Mùffling, Aus meinem Leben, 217. Hist., 36-37. Von Ollech, Geschichte des Feldzuges von 1815, 252. Lettres d'officiers des brigades Adam et Maitland. (Waterloo Letters, 245, 298.)

Jaloux sans doute de prouver qu'il n'aurait pas eu besoin des Prussiens pour poursuivre l'armée française, Wellington a nié avoir vu Blucher à la Belle-Alliance. « Cette rencontre, écrit-il à Mudford (Supplem. Dispatches- X, 508), n'a eu lieu qu'à Genappe et passé 11 heures du soir. » Cette dénégation ne saurait prévaloir contre le témoignage de Gneisenau, dans un rapport public écrit le lendemain de la bataille. Il y a encore le témoignage de Mùffling, présent à l'entrevue (Aus meinem Leben, 217, et Hist., 36-37); — de Pozzo di Borgo (Rapport à Wolkonsky, 19 juin); — du général Hugel (Lettre au roi de Wurtemberg, 23 juin). -Il y a enfin celui du général Vivian (Waterloo Letters, 153) : « Il n'y a pas de doute pour moi que, quand j'ai vu le duc (près de Rossomme), il avait rencontré Blucher. Je lui proposai de poursuivre l'ennemi, mais il me dit : Nos troupes ont eu une journée bien dure. Les Prussiens vont poursuivre. Vous, arrêtez votre brigade. »

Wellington, après avoir vu Blucher, poussa jusqu'à Rossomme ou jusqu'au hameau de la Maison du Roi. (Lettre de Hervey, Nineteentk Century, mars 1893; Kennedy, 151), où s'arrêta la tête de ses troupes, mais il n'alla pas ce soir-là à Genappe. Cela ressort des Mémoires de Mùffling, où il est dit (211) que Mùffling vint rendre compte au duc, à Waterloo, de ce qui avait eu lieu à Genappe ; du récit de Cotton (156) ; et de maint passage des Waterloo Letters.

2. Rapport de Gneisenau. Mùffling, Aus meinem Leben, 217. Lettre précitée de Hùgel, 23 juin.

3. Wellington à lady Webster. Bruxelles, 19 juin, 8 heures et demie. (Dispatches, Supplem., X. 53.)

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