‹ 1815 (volume 2)Chapitre 229 sur 271 · LA DÉROUTE · texte numérisé non relu

LA DÉROUTE

que leurs chevaux étaient encore en état de porter, et les lanciers de Pire, qui n'avaient fait qu'escarmoucher durant la bataille, gagnèrent les Quatre- Bras, sans être inquiétés, par Neuve-Court, Malplaquet et Vieux-Genappe. Ils passèrent la Sambre à Marchienne. Cinq ou six mille fantassins du corps de Reille, ralliés à la chute du jour, se dirigeaient sur Genappe à travers champs, à une demi-lieue environ parallèlement à la grande route. Il suffit de quelques escadrons prussiens pour les disperser. Sauf trois compagnies du 93e qui firent face en tête et repoussèrent les charges, toute cette masse s'éparpilla. Des soldats jetaient sacs et fusils pour courir plus vite, justifiant trop bien le vieux dicton : « Français plus que hommes au venir, moins que femmes à la retraite. » On n'écoutait plus les chefs, la panique commandait l'armée1.

Seule la vieille garde restait digne d'elle. Les chasseurs et les lanciers de Lefebvre-Desnoêttes, le régiment des grenadiers à cheval, qui avait quitté le champ de bataille au pas et faisant si hère contenance que la cavalerie anglaise n'avait pas osé l'aborder, se retirèrent en ordre à l'ouest de la grande route et atteignirent les Quatre-Bras sans subir de nouvelles pertes2. Sur la grande route même, les Prussiens étaient contenus par les deux carrés du 1er grenadiers que précédait le 1er bataillon du 1er chasseurs. Les grenadiers continuaient à marcher au pas ordinaire, défiant toutes les attaques. Ne pouvant mordre, la meute prus-

1. Notes journalières de Foy et lettre de Foy à Guilleminot, 20 octobre 1815 fcomm. par le comte Foy). Relation de Reille. (Arch. Guerre. Souvenirs d'un ex-officier (du 45e), 297-298. Cf. Rapport officiel de Gneisenau.

2. Relation du chef d'escadrons de Stucrs (comm. par M. de Stucrs) Mauduit, II, 451-458. Waterloo Letters, 104, 116.

sienne finit par se lasser et se borna à suivre hors de la portée des fusils. A une demi-lieue de Genappe, le général Petit, ne jugeant même plus nécessaire de conserver l'ordre de combat, fit rompre les carrés et marcher en colonne par section. C'est à ce moment que l'empereur s'éloigna du 1er bataillon de chasseurs pour gagner Genappe où il espérait arrêter l'ennemi et rallier les débris de l'armée *.

Genappe n'était qu'une longue rue, montante et sinueuse, qui aboutissait à un pont sur la Dyle. Il eût été possible de tenir plusieurs heures ce défilé, bien qu'il lut dominé au nord par des hauteurs où se seraient établies des batteries prussiennes. Mais il y avait dans ce village tant d'encombrement et de confusion que l'on ne pouvait songer à organiser une défense méthodique, surtout avec des soldats qui ne cessaient de crier « Nous sommes trahis ! sauvons-nous ! » Des voitures renversées, des fourgons, des prolonges, des pièces, des caissons abandonnés par les conducteurs auxiliaires, obstruaient sur une assez longue étendue les abords du pont, qui avait, en 1815,

1. Relation du général Petit. Relation de Duuring. Cf. Napoléon, Mém., 163-104.

Selon Mauduit (II, 443-444), l'empereur à cette intention avait envoyé, vers 8 heures du soir, l'ordre à Pire, dont la division de cavalerie était à peu près intacte, de se porter au galop devant Genappe, d'y prendre position et d'y rallier les fuyards. Le témoignage de Mauduit, alors sergent au 1" bataillon du 1er grenadiers, n'est pas sans autorité pour les faits qu'il a pu voir. Mais comment a-t-il eu connaissance de cet ordre de l'empereur? Quoi qu'il en soit, l'ordre n'arriva pas à Pire, qui se replia, comme on l'a vu, en passant à l'ouest de Genappe

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