Napoléon, Mém
3. « Ordre au maréchal de camp Rémond de prendre le commandement de la division Girard et de se porter aux Quatre-Bras pour y prendre position. » Ordre de Soult, 18 juin, en avant du Caillou. (Registre du majorgénéral.) — Cet ordre n'a pas d'indication horaire; mais il y a présomption qu'il fut écrit entre 8 et 9 heures. (Auparavant on ne songeait pas à une retraite, il n'y avait donc pas à prescrire à un corps de troupe de « prendre position» aux Quatre-Bras.) L'ordre dut arriver à Fleurus au plus tôt à 11 heures.
4. « Dans la soirée de cette fatale journée, je reçus l'ordre de soutenir la retraite. J'ai passé la Sambre à Charleroi. » (Mémoires manuscrits du général Matis, cités par Edgar Quinet. Waterloo, 437-438.) — C'est un peu bref
HALTE DE l/EMPEREUR AUX QDÀTRE-BRAS 427
Pendant ce temps, l'empereur attendait ces troupes aux Quatre-Bras. Il mit pied à terre dans une clairière du bois de Bossu, près d'un feu de bivouac qu'attisaient quelques grenadiers de la garde. Un officier blessé, qui fuyait le long de la route, reconnut l'empereur à la lueur du foyer. Il se tenait debout, les bras croisés sur la poitrine, immobile comme une statue, les yeux fixes, tournés vers Waterloo4.
On n'avait aucune nouvelle de Groucby, on pensait qu'il devait être très menacé. L'empereur ordonna à Soult de lui envoyer une dépêche pour l'informer de la retraite de l'armée et lui prescrire de se replier sur la basse Sambre2. Des soldats de toute arme passaient en courant sur la route et à travers champs. Le commandant Baudus, qui cheminait à cheval au milieu des fuyards, aperçut le petit groupe de l'état-major impérial. Il s'appro-
comme explications. D'autre part, on a vu que l'ordre de Soult est adressé non au colonel Matis, commandant la division par intérim, mais au «'énéral Rémond. Il y avait plusieurs officiers généraux, nommément Curély, qui se trouvaient à l'armée sans commandement. Rémond, sans doute, était de ceux-là. Rejoignit-il Matis? Ce dernier éluda-t-il ses ordres ou le persuada-t-il qu'il était trop tard pour les exécuter? Soult avait-il envoyé directement une dépêche à Matis? Tout cela reste obscur. Mais ce qui est clair, cependant, c'est que Matis reçut l'ordre de se porter aux Quatre-Bras, et qu'il n'y obéit point.
1. Souvenirs d'un ex-officier (du 45e), 299-300. Cf. Napoléon, Mèm., 168. Cf. Notes manuscrites du colonel Baudus.
2. Napoléon, Mèm., 1G8. Cf. la lettre de Soult à Grouchy, Philippeville, 19 juin (Registre du major-général) : « ... Je vous ai écrit hier soir de repasser la Sambre », et la lettre de Soult à Napoléon, Laon, 22 juin (Arch. Guerre): « L'officier qui m'annonce le retour du maréchal Grouchy est celui que j'envovai des Quatre-Bras. » — Comme on verra plus loin, l'officier envoyé par Soult rejoignit Grouchy vers 10 heures et demie, mais il ne lui remit pas la dépêche, l'ayant sans doute perdue dans son trouble : il se borna à lui apprendre la déroute de l'armée.
Napoléon diï{Mém., 1G8) qu'il trouva aux Quatre-Bras le général Neigiv avec les parcs de réserve. Cela semble inexact. Aucun document allemand ni français ne mentionne la présence des parcs aux Quatre-Bras, et nous savons, d'autre part, qu'au moins la plus importante fraction des voitures était restée à Çharleroi.
cha. L'empereur lui demanda s'il n'avait pas rencontré quelque corps qui ne fût pas entièrement désorganisé. Non loin des Quatre-Bras, Baudus avait dépassé le 5e lanciers, du colonel Jacqueminot, qui marchait encore en ordre. Il en instruisit l'empereur : « — Allez vite lui dire de s'arrêter aux Quatre-Bras. Il est déjà tard, et l'ennemi trouvant ce point occupé s'arrêtera probablement. » Baudus partit au galop, mais, accueilli par des coups de feu aux premières maisons du carrefour, il revint près de l'empereur et le supplia de se retirer, « puisqu'il n'était plus couvert par personne ». En disant ces mots, il le regardait. Napoléon pleurait silencieusement son armée perdue. Sur son visage morne, aux pâleurs de cire, il n'y avait plus rien de la vie que les larmes *.
Dans cet accablement, l'empereur avait conservé sa présence d'esprit. Ne voyant pas venir la division Girard, il en conclut qu'elle n'avait point reçu l'ordre du major-général. Faute de connaître la défaite, elle risquait de se trouver surprise dans ses bivouacs et enveloppée par l'ennemi. Il commanda à Baudus de courir à Fleurus, d'y faire prendre les armes et de ramener les troupes sur la rive droite de la Sambre. Puis, cédant à la nécessité, il remonta à cheval et se mit en route pour Charleroi par Gosselies et Lodelinsart2.
1. Notes manuscrites du colonel Baudus (communiquées par M. de Montenon, son petit-fils).
2. Notes manuscrites de Baudus. Cf. Napoléon, Mém., 168-169. L'assertion de l'empereur (Mém., 169), que des Quatre-Bras il envoya
Jérôme à Marchienne avec l'ordre de rallier l'armée entre Avesnes et Maubeuge n'est point exacte. D'après la lettre qu'il écrivit, le 15 juillet 1815, à la reine Catherine (Mém. du roi Jérôme, VII, 24), Jérôme fut séparé de l'empereur bien longtemps avant d'arriver aux Quatre-Bras (vraisemblablement dans les fonds mêmes de la Haye-Sainte, comme le suppose le rédacteur des Mémoires du roi Jérôme). Il fit retraite avec un bataillon et un esca-