Rogniat, Réponse aux Notes critiques de Napoléon
3. Relation de la Campagne de Mont-Saint- Jean, 100-101. Fleury de Chaboulon, II, 187,
à une lieue. Depuis dix heures et demie jusqu'à minuit, les trois calèches restèrent attelées sur la place des Fontaines, devant la maison de poste. Le général Dumonceau, gouverneur de Mézières, le commandant de place Traullé et les officiers de leur état-major entouraient les voitures. Ils restaient immobiles et parlaient à voix basse « comme en un jour de deuil ». Aucun des voyageurs ne mit pied à terre, sauf Bertrand, que Napoléon fit appeler à la portière de sa calèche par un officier supérieur de hussards, qui formait à lui seul toute l'escorte impériale. On repartit. Gomme les voitures approchaient de la Porte de Pierre, les soldats du poste crièrent : «Vive l'empereur ! » et répétèrent ce cri, (( bien poignant en la circonstance», dit le commandant Traullé, jusqu'à ce que la dernière voiture eût dépassé les glacis ^.
On n'arriva que le lendemain 20 juin, entre six et sept heures du soir2, au pied de la montagne de Laon, au faubourg de Vaux. L'empereur descendit dans la cour de l'hôtel de la poste. Par la grande porte restée ouverte, on le voyait, de la rue, marcher de long en large, la tête penchée, les bras croisés sur sa poitrine. Il y avait beaucoup de paille répandue dans cette cour où s'ouvraient des granges et des écuries. Un des spectateurs dit à voix basse: « C'est Job sur son fumier. » Napoléon paraissait si accablé et si triste, la scène était si impressionnante, même pour des âmes rustiques, qu'on n'osait l'acclamer. Quelques cris de « Vive l'empereur!» bien faibles,
1. Relation de Traullé, commandant de place à Mézières. (Archives de Mézières.) Cf. Général Rogniat, Réponse aux Notes critiques de Napoléon, 279.
2. Radet à Soult, 22 juin (Dossier de Radet. Arch. Guerre) : « J'arrivai à Laon à six heures, et je commençais à rallier les fuyards lorsque l'empereur arriva. »