‹ 1815 (volume 2)Chapitre 260 sur 271 · DÉFENSE DE NAMUR · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE NAMUR

L'armée ne fit que traverser Namur. Grouchy avec le 4e corps, puis Vandamme, légèrement blessé, avec le 3e, passèrent la Sambre et s'engagèrent dans le long défilé formé par la Meuse et la foret de Marlagne. La division Teste, d'arrièregarde, était chargée de tenir la ville jusques à la nuit. Pour défendre Namur dont les fortifications très dégradées n'étaient pas à l'abri de l'escalade, Teste avait huit pièces de campagne et tout au plus 2,000 hommes. Il les répartit sur les remparts et aux trois portes de l'est : la porte de Louvain, la porte de Fer et la porte Saint-Nicolas. A peine son monde était en position que Pirch lança les colonnes d'assaut. Accueillis par une décharge à mitraille et un feu roulant de mousqueierie, les Prussiens firent demi-tour, laissant sur les glacis un amas de cadavres et de blessés. Une seconde attaque, où tombèrent frappés à mort les colonels de Zastrow et de Bismarck, échoua comme la précédente. Les cartouches diminuant, chaque Français visait bien son Prussien et l'abattait. Il était huit heures du soir. Pirch, ayant perdu 1,500 hommes et désespérant d'emporter la place de vive force, fit rompre le combat. Mais déjà le général Teste, presque à bout de munitions, commençait sa retraite. Les Prussiens s'en étant aperçus pénétrèrent dans la ville par les fenêtres et la petite porte du bâtiment de la douane et poussèrent rapidement jusqu'au pont de la Sambre. Là, un détachement du génie, posté dans des maisons que les sapeurs avaient eu le temps de créneler, les arrêta assez longtemps par une fusillade nourrie et bien ajustée. Cette arrière-garde se replia ensuite par la porte de France, où l'on avait amassé quantité de fascines, de bottes de paille

et de pièces de bois enduites de goudron. Les sapeurs y mirent le feu. La porte et les maisons voisines s'embrasèrent, fermant l'accès de la rue aux colonnes prussiennes1.

Pendant ce combat, le gros de l'armée de Grouchy avait atteint Dinant. Le lendemain, 21 juin, on passa la frontière, et, le soir, toute l'armée était rassemblée sous le canon de Givet2.

Si cette marche de Wavre à la frontière n'est pas, il s'en faut, « une des plus étonnantes retraites de l'histoire militaire moderne3 », car l'insouciance de Thielmann et la timidité de Pirch la facilitèrent singulièrement, elle fait néanmoins grand honneur à Grouchy. Il ne désespéra pas quand dans l'immense désastre tout espoir semblait perdu. Il sut agir avec décision et rapidité. Par la direction qu'il choisit et par les dispositions qu'il prit, il sauva son armée. On peut se demander ce qui fût advenu si l'infortuné maréchal avait montré, le 17 et le 18 juin, autant de résolution, d'activité, de talents militaires, et la même intelligence des nécessités des situations?

1. Rapport de Teste à Grouchy, Profondeville, 21 juin. (Arch. Guerre.) Rapports précités de Grouchy. Berthezène, II, 400. Wagner, IV, 100. Clausewitz, 14-2. Damitz, II, 342-345. Von OUech, 273-274.

Teste, dans son rapport, dit qu'il défendit Namur de l'après-midi du 19 au soir du 20. C'est une erreur de rédaction, car, dans l'après-midi du 19, Teste était encore à Wavre.

2. Rapport de Grouchy à Napoléon, Dinant, 20 juin, minuit 1/2. Grouchy à Vandamme, Givet, 21 juin. (Arch. Guerre.)

3. Colonel Chesney(de l'armée anglaise), Conférences sur Waterloo, 303. Ce professeur d'art militaire oublie que la retraite de Grouchy fut moins

périlleuse qu'il ne paraît. Sans doute le maréchal pouvait craindre au début de sa marche d'être suivi par Thielmann et attaqué sur son flanc par la moitié de l'armée de Blùcher; mais ces craintes ne se réalisèrent qu'en partie. Thielmann lui laissa prendre quinze heures d'avance, et Pirch ne commença d'opérer contre lui qu'après l'avoir laissé défiler. Si même Pirch, comme le préconise Clausewitz, eût marché à temps pour barrer la route de Namur, Grouchy, qui avait encore tout près de 30,000 hommes, eût passé sur le ventre à ces 20,000 Prussiens. C'était plus qu'il n'en fallait.

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