‹ 1815 (volume 2)Chapitre 264 sur 271 · Leltre citée par van L«ben, 225, noie · texte numérisé non relu

Leltre citée par van L«ben, 225, noie

axiome, que la victoire est toujours du côté des gros bataillons. Restait l'armée anglaise en position aux Quatre-Dras, où elle avait résisté avec avantage au maréchal Ney. Le 17 juin, l'empereur était maître de l'exterminer. Malheureusement cette bataille décisive et gagnée d'avance, dont il eut l'intuition en temps utile1, il ne se prépara à la livrer qu'après avoir perdu quatre grandes heures dans l'attente et les hésitations. C'était laisser trop de répit à l'ennemi, Wellington décampa.

Sans doute, au point du jour, l'empereur ignorait la ligne de retraite des Prussiens et l'issue de la bataille des Quatre-Bras. Mais, entre sept et huit heures, il était informé par une dépêche de Pajol que l'armée de Bliïcher se repliait vers la Meuse, et par le rapport verbal de Flahaut que les Anglais étaient encore aux Quatre-Bras. S'il eût pris dès alors le parti auquel il se résolut seulement entre onze heures et midi, c'est-à-dire s'il eût marché vers les Quatre-Bras avec le corps de Lobau, la garde et les cuirassiers de Milhaud, ces troupes eussent débouché entre dix heures et dix heures et demie sur le flanc de l'armée anglaise, précisément au moment où elle levait ses bivouacs. Les forces de Wellington, en en retranchant les pertes de la veille et en y ajoutant les cinq brigades de la cavalerie d'Uxbridge, venues dans la nuit et dans la matinée, s'élevaient tout au plus à 35,000 fusils et sabres. Prise en flagrant délit de marche, attaquée à la fois sur sa gauche par les 30,000 soldats de Napoléon, sur son front par les 40,000 soldats

1. « ... Si cela était (si l'armée anglaise était restée aux Quatre-Bras), l'empereur marcherait directement sur elle par la route des Quatre-Bras, tandis que vous l'attaqueriez de front... et cette armée serait dans un instant détruite. » Soultà Ney, Fleurus, 17 juin (entre sept et huit heures du matin. Registre du major-général).

de Ney, l'armée anglaise, soit qu'elle eût fait tête, soit qu'elle eût tenté une retraite bien aventureuse sur Genappe ou sur Nivelles, n'aurait pu éviter un désastre.

Au lieu de cela, Napoléon projeta d'abord de laisser son armée au bivouac pendant toute cette journée. Puis il se ravisa, mûrit un nouveau plan, envoya ses ordres, se mit en marche. Il était trop tard. L'empereur arriva aux Quatre-Bras à deux heures seulement. Les divisions anglo-néerlandaises avaient repassé la Dyle à Genappe. Il ne put que donner la chasse aux cavaliers de lord Uxbridge. Quand il rejoignit l'armée anglaise en position à Mont-Saint-Jean, la nuit approchait : « Je voudrais, dit-il, avoir le pouvoir de Josué pour retarder la marche du soleil ! » Mais il y avait quatorze heures que le soleil éclairait la terre, et Napoléon n'en avait pas profité.

On peut dire que les renseignements reçus par l'empereur à sept heures du matin ne lui semblaient ni assez précis, ni assez sûrs pour le déterminer à agir sur-le-champ. Etait-ce bien vers la Meuse que les Prussiens se repliaient, et pouvait-il s'engager à leur poursuite sans être assuré de la direction qu'ils avaient prise? D'autre part, pouvait-il, en cette incertitude, marcher avec son armée vers Bruxelles sans s'exposer à un retour offensif de Bllicher, soit contre son flanc droit, soit sur ses lignes de communications? Quant à Wellington, était-il possible que, instruit de la défaite des Prussiens, il n'eût point déjà évacué sa position des Quatre-Bras ? En ce qui regardait la retraite des Prussiens et la marche sur Bruxelles, les hésitations de l'empereur étaient parfaitement explicables. Mais

il n'avait pas d'aussi bonnes raisons pour différer le mouvement contre Wellington. Ce mouvement pouvait avoir de si grands résultats qu'il fallait l'entreprendre au plus tôt avec le corps de Lobau et la garde, même au risque d'une marche inutile . Ou Wellington se serait encore trouvé aux Quatre-Bras, et Napoléon l'aurait attaqué, de concert avec Ney, clans les conditions les plus favorables ; ou les Anglais auraient déjà décampé, auquel cas la garde et le 6e corps auraient effectué leur jonction avec les corps de d'Erlon et de Reille. La marche sur les Quatre-Bras, qui aurait pu aboutir à l'extermination de l'armée anglaise, ne pouvait en tout cas rien compromettre, car, vu la courte distance de ce point à Brye, il n'y avait pas plus d'inconvénient pour l'empereur à concentrer sa réserve sur son aile gauche qu'à la laisser avec son aile droite.

On a allégué encore la nécessité de donner du repos aux troupes et de les ravitailler en munitions. Le repos? Les cavaliers d'Exelmanset de Pajol, qui avaient combattu la veille jusqu'à la nuit close, ne se mirent pas moins en marche au lever du soleil. A plus forte raison, auraient pu partir, à sept heures du matin, la garde, qui avait été engagée peu de temps, et le 6e corps, qui avait tiré à peine quelques coups de fusil. Les munitions? Seuls les corps de Gérard et de Vandamme avaient besoin d'être ravitaillés, et cette opération fut certainement achevée avant midi. Quant aux 30,000 hommes du 6e corps et de la garde qui eussent marché sur les Quatre- Bras, leurs gibernes et leurs coffrets étaient encore bien garnis.

Il y a donc d'autres causes à l'inaction de Tempe-

reur dans la matinée du 17 juin. Charras, le général Bcrthaut, Ropes, plus encore le maréchal Wolseley, l'attribuent à son état de santé. (Wolseley ni Ropes ne précisent le mal dont il souffrait ; Charras assure qu'il avait toutes les maladies1.) Il est possible, en effet, que Napoléon ait subi, dans la nuit de la bataille de Ligny, une de ces crises d'ischurie auxquelles il était sujet depuis trois ans et qui étaient devenues assez fréquentes en avril et en mai 18152. Grouchy rapporte incidemment que l'empereur était fatigué en quittant, le 17 au matin, le château de Flcurus. Selon le général Le Sénécal et le colonel de Blocqueville, l'un, chef d'état-major, l'autre, premier aide de camp de Grouchy, Napoléon avait été malade dans la nuit3. Encore une fois, c'est possible. Mais, comme l'a dit Thiers : « Quel que fût l'état de santé de Napoléon en 1815, son activité ne s'en ressentit point. »

Repassons ces journées mémorables où, à en croire le maréchal Wolseley, Napoléon était « sous un voile de léthargie ». Le 15 juin, l'empereur se lève à trois heures, va jusqu'à Jamignon, remonte à cheval, s'empare de Gharleroi, prescrit le mouvement de l'aile gauche, dirige à l'aile droite le combat de Gilly et rentre à Gharleroi à dix heures du soir. Le 16, il dépêche des aides de camp et écrit des ordres dès quatre heures du matin. A neuf heures, il se rend à cheval au moulin de Fleurus, livre la bataille de Ligny et, à l'assaut final, au crépuscule, il

1. Cette énumération pathologique, supprimée dans l'édition de Paris, se trouve aux pages 512-514 de l'édition en un volume, publiée à Bruxelles en 1863. Charras s'exprime là sans nulle réticence.

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