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I, G13-615, et les notes

3. Grouchy, Relation succincte, 18, et Appendice IV, 5, déclaration de Le Sénécal. Déclaration de Blocqueville. (Arch. Guerre, Armée du Nord, à la date du 18 juin.)

se porte de sa personne avec la garde au-delà des premières lignes prussiennes. Il se couche passé dix heures. S'il est malade pendant la nuit, il ne se trouve pas moins le lendemain, à dix heures du matin, à Brye, passant ses troupes en revue et faisant donner des soins aux blessés. Puis il marche sur les Quatre-Bras à la tête des troupes qu'il devance dans son impatience. Il attaque la cavalerie anglaise et la poursuit à Favant-garde, trois lieues durant, à une allure de steeple-chase et sous une pluie torrentielle. Au Caillou, où, tout ruisselant d'eau, mouillé comme s'il sortait d'un bain, il prend gîte après le coucher du soleil, il dicte des ordres pour l'armée et s'absorbe dans la lecture des lettres de Paris. Il se jette sur son lit quelques instants ; puis, à une heure du matin, il se relève et fait à pied, sous la pluie qui tombe encore, la tournée entière de ses avant-postes. Rentré vers trois heures, il écoute les rapports des reconnaissances et des espions. Il dicte de nouveaux ordres. A partir de neuf heures, il est sur le champ de bataille. Il ne le quitte qu'en pleine nuit, avec les derniers carrés de la garde; et, toujours à cheval, il va traverser la Sambre à Gharleroi, à huit lieues de la Belle-Alliance. Sur quatre-vingt-seize heures, cet homme, que l'on représente comme abattu et déprimé par la maladie, sans énergie, sans résistance au sommeil et incapable de se tenir à cheval, prit à peine vingt heures de repos ; et, en supposant qu'il ait mis pied à terre pendant les trois quarts du temps des deux grandes batailles, il resta en selle plus de trente-sept heures.

En 1815, Napoléon était encore d'une santé à supporter les fatigues de la guerre, et son cerveau

n'avait rien perdu de sa puissance. Mais, chez lui, le moral ne soutenait plus le génie. Tandis que dans les dictées de Sainte-Hélène il s'efforçait de démontrer qu'il n'avait pas commis de fautes au cours de sa dernière campagne, dans ses entretiens familiers il laissait échapper le secret de ces fautes : « Je n'avais plus en moi le sentiment du succès définitif. Ce n'étai t plus ma confiance première. . . Je sentais la fortune m'abandonner. Je n'avais plus un avantage qui ne fût immédiatement suivi d'un revers... Aucun de ces coups ne me surprit, car j'avais l'instinct d'une issue malheureuse ^. » Cet état d'esprit explique les heures perdues par l'empereur pendant la campagne, ses irrésolutions, ses vues parfois troublées, le répit laissé à l'ennemi. Il ne croit plus au succès ; sa hardiesse fléchit avec sa confiance. Il n'ose plus saisir, brusquer l'occasion. Dans sa foi en sa destinée, il a toujours été un joueur audacieux. Maintenant qu'il sent la fortune contraire, il devient un joueur timide. Il hésite à engager la partie, n'obéit plus à l'inspiration, temporise, pèse les chances, voit le pour et le contre, ne veut rien risquer qu'à coup sûr.

Pour agir librement contre les Anglais, l'empereur devait être protégé contre un retour offensif de Blùcher. Où étaient les Prussiens ? en retraite vers la Meuse ou en marche pour se réunira Wellington au sud de Bruxelles? L'empereur chargea Grouchy

1. Las-Cases, VII, 179-183. Cf. Mollien, Mérn., IV, 198. Lavallette, Mém., II, 170-176. Fragments des Mémoires de Mole. (Bévue de la Révolution, XI, 96.) Notes de Lucien. (Arch. Affaires étrangères, 1815.)

de retrouver leurs traces et de les poursuivre. On a dit que, dans le doute où il se trouvait sur la direction de retraite des Prussiens, Napoléon aurait dû, à tout hasard, dès le 17 juin à dix ou onze heures, ordonner à Grouchy de marcher latéralement parla rive gauche de la Dyle. L'empereur a lui-même réfuté cette critique : « Si Grouchy, dit-il en substance, avait marché dès le 17, vers midi, par la rive gauche de la Dyle, sans savoir où se dirigeaient les Prussiens, il eût, assurément, couvert le flanc de la colonne principale, mais il eût aussi laissé sans protection nos lignes de communications ^.» En effet, les Prussiens, s'ils s'étaient repliés sur Namur, auraient pu se reporter vers Charleroi pour couper l'armée impériale de sa base d'opération.

On a dit aussi qu'en détachant sur la droite seulement deux corps de cavalerie, du canon et une division d'infanterie, forces suffisantes pour observer les Prussiens, l'empereur aurait conservé avec lui 20,000 hommes de plus, qui lui auraient été très utiles à Waterloo. Sans doute, en 1814, après Arcis-sur-Aube, Winzingerode, avec 10,000 chevaux, avait imposé pendant deux jours à toute l'armée française. Il y a cependant des objections. Malgré l'absence des corps de Vandamme et de Gérard, et de la cavalerie de Pajol et d'Exelmans, on se trouva à Waterloo en nombre un peu supérieur aux Anglais ; et, si une partie de l'armée n'avait été paralysée par l'approche des Prussiens, on eût vraisemblablement emporté, vers cinq heures, le plateau de Mont-Saint- Jean. Or Napoléon avait détaché 33,000 hommes avec Grouchy précisément

1. Napoléon, Notes sur l'Art de la Guerre, du général Rogniat. (Corresp. XXXI, 400.)

pour contenir les Prussiens. Il était d'une tout autre importance d'éloigner BJùcher du champ de bataille que d'y avoir soi-même 20,000 hommes de plus.

Celte division de l'armée en deux masses, tant blâmée par les historiens de la campagne de 1815, c'est la stratégie coutumière à Napoléon. C'est ainsi qu'il manœuvra à Marengo\ à Iéna, à Friedland et dans toute la campagne de France, si admirée à juste titre. Quand on a à lutter contre deux armées, il faut bien cependant tenter de contenir l'une tandis que l'on porte tout son effort sur l'autre.

Mais Grouchy pouvait-il s'opposer aux mouvements des Prussiens, et, tout d'abord, les ordres de l'empereur étaient-ils assez précis, assez explicites pour qu'il ne pût se méprendre et qu'il sût bien que son principal objectif était de parer à un retour offensif de Blùcher sur le flanc ou sur les derrières de l'armée ? Il est présumable que dans ses instructions verbales Napoléon l'avait expliqué au maréchal; mais il y a sur les paroles de l'empereur à Grouchy des témoignages si intéressés et si contradictoires, qu'il faut, en bonne critique, s'en rappor- ' ter au seul ordre écrit. J'ai cité cet ordre intégralement. J'en rappelle les dispositions essentielles :

1. « Napoléon méritait d'être battu à Marengo, et il faut peut-être chercher dans cette victoire injuste la source des défaites qui ruinèrent plus tard l'édifice napoléonien. » York de Wartenbourg, Napoléon als Feldher, I, 57.

Cette opinion est en tout cas curieuse à citer. Il y a d'autres opinions plus curieuses encore dans le livre de York de Wartembourg. Il n'admire sans réserve que deux campagnes: celle de 1796 et celle de 1814. En 1805 en 1806, en 1807, en 1808, en Espagne, il signale déjà chez Napoléon des fautes nombreuses, « un relâchement des ressorts », des « symptômes cl affaiblissement». A Wagram, Napoléon ne sut pas profiter de la victoire; en Russie, il fut pitoyable. Il redevient presque lui-même dans la campagne de 1813, se surpasse dans la campagne de 1814, et n'est plus bon à rien dans celle de 1815. York constate sans expliquer. Il serait, de fait, fort difficile d'expliquer comment, après 1796, le génie militaire de Napoléon subit une éclipse de seize années, brilla du plus bel éclat pendant une année et disparut de nouveau

« Rendez vous à Gembloux ; éclairez-vous dans la direction de Namur et de Maastricht ; poursuivez l'ennemi. Il est important de pénétrer si Blûcher veut se réunir à Wellington pour livrer bataille en avant de Bruxelles. »

Si, à la vérité, l'empereur, dans cette lettre, ne prescrit pas explicitement à Grouchy de couvrir l'armée, il me paraît bien qu'il le lui prescrit implicitement. « Pénétrer si Blucher veut se réunir à Wellington », voilà l'important. Or, comme Grouchy a avec lui non point quelques escadrons suffisants pour reconnaître l'ennemi, mais une armée capable d'une sérieuse résistance, il doit non seulement renseigner l'empereur, mais aussi le protéger contre un retour offensif en manœuvrant de façon à s'interposer entre les Prussiens et l'armée impériale. Un homme qui avait fait vingt ans la guerre ne pouvait se méprendre sur le but de l'opération dont il était chargé. Et, de fait, ces mots de la lettre de Grouchy, du 17 juin au soir : «... Je suivrai les Prussiens dans la direction de Wavre afin de les séparer de Wellington » prouvent qu'il avait bien compris les instructions implicites de l'empereur.

Par malheur, Grouchy ne sut manœuvrer ni assez rapidement, ni assez intelligemment, ni assez résolument. Le 17 juin, ses troupes marchèrent avec une lenteur incroyable. Alors que Napoléon atteignit la Belle-Alliance à sept heures du soir, ayant fait près de six lieues en combattant, Grouchy n'arriva qu'à la même heure à Gembloux, à quatorze kilomètres de Saint-Amand. Et, bien que dans ces longs jours on pût encore marcher deux heures, il fit bivouaquer son armée. Jl pouvait, le lendemain, regagner le

temps perdu. Renseigné comme il l'était, il n'y avait aucun doute pour lui : les Prussiens se dirigeaient sur Wavre afin de rejoindre Wellington. La marche par la rive gauche de la Dyle, que n'avait pu prescrire l'empereur, parce qu'il ignorait la direction de retraite de Blùcher, Grouchy, qui connaissait désormais cette direction, ne devait pas hésiter à l'entreprendre. Il ne risquait rien en tout cas; car ou les Prussiens seraient encore à Wavre et il les tournerait par la rive gauche, manœuvre plus avantageuse que de les aborder par la rive droite ; ou ils seraient déjà en marche soit sur Bruxelles, soit sur Mont-Saint-Jean, auquel cas il leur ferait une poursuite de flanc ou viendrait prolonger la droite de l'empereur. Grouchy devait donc, le 18 juin, marcher sur Wavre, non pas à sept heures du matin, en une seule colonne et par Walhain et Gorbais, comme il le fit, mais au îever du jour, en deux colonnes et par Vilroux, Mont-Saint-Guibert et Ottignies*. En route dès quatre heures du matin, les deux colonnes seraient arrivées au bord de la Dyle, aux ponts de Mousty et d'Ottignies (17 et 18 kilomètres de Gembloux) entre neuf et dix heures. En comptant une heure et demie pour l'écoulement des troupes par les deux ponts, Grouchy se serait trouvé à onze heures sur la rive gauche de la Dyle, avec toute son armée.

Auparavant, sans doute (vers huit heures), le colonel Ledebur, en observation à Mont-Saint-Guibert avec le 10e hussards et deux bataillons, aurait

1. Vandamme bivouaqué à Gembloux et au nord de Gembloux aurait pris par Cortil, Alerne, Hévillers et Mont-Saint-Guibert; Gérard, qui avait passé la nuit au sud de Gembloux, aurait pris par Saint-Géry, Vilroux et Court-Saint-Etienne. (Voir la carte II, à la fin du volume.)

aperçu les lêtes de colonnes de Grouchy. Son détachement n'étant pas assez fort pour résister, il se serait replié sur Wavre et aurait d'abord envoyé une estafette à Gneisenau pour l'informer de l'approche des Français. La dépêche fût arrivée à Wavre vers neuf heures, alors que le seul corps de Bûlow était en marche. Selon les présomptions, Blûcher ou plutôt Gneisenau, qui avait de fait toute l'autorité, n'aurait point modifié les ordres prescrivant à Bùlow et àPirch Ier de marcher sur Chapelle-Saint-Lambert, mais il eût pris des mesures pour défendre les abords de Wavre avec les corps de Zieten et de Thielmann. En attendant le développement de la manœuvre des Français, se fût-il borné à laisser ces deux corps en position à Bierges et à Wavre? ou informé que Grouchy passait sur la rive gauche de la Dyle, eût-il fait avancer Zieten et Thielmann à la rencontre de l'armée française par Bierges et Limelette? Dans la première hypothèse, il eût été loisible à Grouchy, entendant le canon de l'empereur, de marcher par sa gauche sur Ayviers ou Maransart, mouvement qui l'eût amené près du champ de bataille à deux heures et demie, soit deux grandes heures avant que Blucher prît l'offensive. Dans la seconde hypothèse — la plus vraisemblable, je le reconnais, — Grouchy, en bonne position sur le plateau de xWousty-Céroux, y eût résisté sans peine avec 33,000 hommes aux 40,000 Prussiens de Zieten et de Thielmann. Mais eût-il pu, entre onze heures et quatre heures, leur infliger une défaite assez décisive pour les mettre hors de cause et pour redevenir libre de marcher sur Maransart? C'est douteux.

Par cette bataille, Grouchy eût en tout cas retenu loin de Mont-Saint-Jean les corps de Zieten et de Thielmann, ce qui n'eût pas été sans importance. Et d'abord, la panique qui se produisit à la fin de la bataille de Waterloo, quand Zieten déboucha sur Papelotte, eût été évitée. Il y a plus. On a vu qu'à six heures et demie, au moment où, de l'aveu du colonel Kennedy, aide de camp d'Alten, « le centre de la ligne anglaise était ouvert », l'approche du corps de Zieten permit aux généraux Vandeleur et Vivian de porter de l'extrême gauche au centre leurs 2,600 chevaux frais et raffermit la confiance de Wellington. Si cet appui —appui effectif et moral — lui eût fait défaut, il est probable qu'il n'aurait pu rasseoir sa position avant l'assaut de la moyenne garde, et que, sous cette suprême poussée, la ligne anglaise eût cédé. Wellington a reconnu qu'il s'était trouvé, le 18 juin, dans le plus grand péril. « Deux fois, a-t-il dit| j'ai sauvé la journée par mon obstination ; mais j'espère n'avoir jamais à livrer une pareille bataille <.» On peut croire aussi que si Blùcher avait entendu dès midi, à deux lieues sur son flanc gauche, la canonnade d'une grande bataille, et que si des estafettes fussent venues, d'heure en heure, lui annoncer les échecs successifs de ses lieutenants, il eût lui-même attaqué Plancenoit avec moins de résolution. Il ne faut pas oublier enfin que, si l'empereur avait été prévenu entre huit et neuf heures du matin, par une dépêche de Gembloux, que Grouchy allait passer la Dyle à Ottignies, il aurait pu, bien ayant midi, lui faire parvenir de nouveaux ordres, et il se serait trouvé à même de rester toute

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