Davout, Corresp
5. Des soixante-six sénateurs présents à la séance du 1er avril 1814, trois cependant furent nommés pairs pendant les Cent Jours : le général Valence, Pontécoulant et Roger-Ducos.
dis-lui ce que tu penses de moi ; accuse-toi de ne m'avoir fait parvenir ta lettre et celle de Ney que le 27 au soir. Dis que jamais Oudinot n'a oublié ce qu'il doit à Napoléon, que si Oudinot a des torts, il ne les connaîtra pas plus tôt qu'il voudra les expier et les réparer. J'ai besoin de ta démarche pour ma femme, mes enfants, qui tous partagent le malheur qui m'anéantit A. » L'empereur révoqua l'ordre d'exil en Lorraine qu'il avait fait tenir à Oudinot et consentit à le voir aux Tuileries, mais il le laissa sans emploi2. Napoléon, qui n'aurait pas sans doute tenu rigueur au maréchal pour sa conduite à Metz, ne pouvait oublier que, l'année précédente, le duc de Reggio s'était fait battre à Bar-sur-Aube, à cause de ses mauvaises dispositions la veille de la bataille et de sa funeste indécision pendant le combat3.
Quoique Macdonald se fût montré très zélé royaliste, qu'il eût fait l'impossible à Lyon et à Villejuif pour organiser la résistance, l'empereur aurait voulu lui donner un commandement. Mais le maréchal, rentré à Paris après avoir accompagné Louis XVIII jusqu'à la frontière, était inébranlablement résolu à ne point servir sous le nouveau gouvernement. En
1. Oudinot à Suchet et à Jacqueminot, Bar-sur-Ornain, 28 mars. (Arch. nat. AF. IV, 1939.) Davout, Corresp., 1504, 1509, 1510. — Dans sa lettre à Jacqueminot, Oudinot dit : « Annoncez- moi vite que je suis rentré en grâce. C'est la meilleure nouvelle que vous puissiez me donner. »
2. Napoléon, l'Ile d'Elbe et les Cent Joints. (Corresp., XXXI, 104.) — Au premier moment, Napoléon avait même donné l'ordre de radier Oudinot de la liste des maréchaux (à Davout, 26 mars. Arch. nat. AF. IV, 907), mais il ne maintint pas cette décision. (Corresp., 21790.)
La maréchale Oudinot (Souvenirs, 371) assure que c'est à la demande formelle du maréchal que Napoléon le laissa sans emploi. Mais les lettres précitées d'Oudinot (dont naturellement la duchesse de Reggio s'ahstient de parler) et sa présence dans le cortège impérial à la cérémonie du Champ de Mai témoignent qu'il n'avait point tant de scrupules royalistes et sont une forte présomption qu'il eût accepté un commandement si l'empereur le lui eût offert.
vain le général Maurice Mathieu, son ancien chef d'état-major à l'armée des Grisons, le supplia de venir aux Tuileries où l'attendait l'empereur, en vain Davout lui-même força sa porte pour l'y déterminer, il resta inflexible. De guerre lasse, l'empereur lui accorda la seule grâce qu'il eût daigné demander: l'autorisation d'aller vivre en bon bourgeois dans sa propriété de Courcelle, près de Gien^.
Après avoir publié un violent ordre du jour contre Napoléon, Moncey avait quitté Paris le 20 mars. Il écrivit le surlendemain à l'empereur qu'il comptait se retirer à la campagne. Déjà Napoléon l'avait remplacé par Rovigo dans les fonctions de premier inspecteur général de la gendarmerie2. Mais n'aurait-il pas dû se rappeler ce que Moncey avait fait en 1814 à la tête de la garde nationale parisienne et lui rendre ce commandement? Il se contenta de le nommer membre de la Chambre des pairs, de même que Lefebvre qui, lui, n'avait pas eu de commandement pendant la campagne de France et était resté sans fonctions sous Louis XVIII3. Il est juste de faire remarquer que Lefebvre avait soixante-sept ans, et que l'empereur voulait avec raison de jeunes commandants de corps d'armée.
Masséna n'avait secondé que très mollement le duc d'Àngoulême pendant la courte campagne des bords du Rhône, et aussitôt après la capitulation de La Pallud il s'était empressé de proclamer l'empire. Le
1. Macdonald à Davout, Paris, 27 et 30 mars; à Maurice Mathieu, 30 mars ; à ses aides de camp, 6 avril. (Registre de Macdonald, Arch. Guerre.) Cf. Macdonald, Souvenirs, 385, 387-389.
2. Napoléon, Corresp., 21694. — C'est dans la nuit du 20 au 21 mars que Rovigo avait été nommé inspecteur général de la gendarmerie. (Rovigo, Mém., VII, 387.)
3. Lefebvre avait fait toute la campagne de France, mais dans l'étatmajor de l'empereur. Louis XVIII l'avait nommé pair de France.
14 avril, il adressa à Napoléon un rapport justificatif qui se terminait ainsi : « Je ne puis dissimuler à Votre Majesté combien j'ambitionne l'honneur de la revoir pour l'assurer de mon dévouement sans bornes l. » L'Empereur écrivit au prince d'Essling une lettre de félicitations, l'appela à Paris, l'y reçut avec de grands témoignages d'amitié ; mais, malgré sa quasi-promesse, il préféra ne pas lui rendre le gouvernement de la 9e division militaire. Pour contenir les royalistes de Marseille, il fallait un homme qui n'eût pas commandé là au nom de Louis XYITI. L'empereur offrit à Masséna, que ses infirmités rendaient impropre à servir dans les armées d'opérations, le gouvernement des 4e et 5e divisions militaires comprenant la Moselle, la Meurthe et les Vosges. Le maréchal refusa ce poste et resta à Paris où il se montra fort assidu aux séances de la Chambre des pairs2.
Bien que Mortier, gouverneur de Lille, Suchet, gouverneur de Strasbourg, et Jourdan, gouverneur de Rouen, fussent restés iidèles au roi pendant deux ou trois jours après le 20 mars, ils ne s'étaient pas compromis comme Oudinot et Gouvion Saint-Cyr. L'empereur ne pouvait leur garder rancune. 11 ne voulut point toutefois les maintenir dans les postes qu'ils tenaient de Louis XVIII. C'était pour lui un principe 3. Chargé d'abord de l'inspection des places du nord-est, Mortier fut désigné pour le commandement de la cavalerie de la garde et enfin mis à la
1. Rapp. de Masséna à l'empereur. Toulon, 14 avril. (Arch. nat. AF. IV, 1938.)