Meneval, Napoléon et Marie-Louise, II
Bamberg. Dans l'après-midi du 1er juin, comme un régiment de dragons russes en marche vers la France défilait devant le château, on vit Berthier quitter brusquement la fenêtre du premier étage où il se trouvait, apparaître peu après à une fenêtre du troisième et tomber sur le pavé. On le releva mort, le crâne brisée
Depuis trois semaines déjà, l'empereur s'était décidé à prendre comme major-général le maréchal Soult, qui, à ce qu'il semble, s'était lui-même proposé pour ces fonctions2.
Suspect aux amis du roi, haï par les bonapartistes comme par les libéraux et exécré par le corps entier des officiers, Soult s'était retiré à Villenenve-l'Etang3. Cette retraite se trouvant fort à
1. Journal de Francfort, 4 juin; Gazette universelle, 5 juin; Gazette de Nuremberg, 4 juin; Journal de Cologne, 10 juin. — Le correspondant de Bamberg du Journal de Cologne donne ces détails : « Depuis plusieurs jours, on observait un changement en Berthier. Le 31 mai, il avait dîné chez le prince de Bavière avec le général russe Sacken, et celui-ci l'ayant complimenté sur sa fidélité au roi Louis XVIII, il avait paru extrêmement troublé et n'avait rien répondu... C'est de l'appartement de ses enfants qu'il se jeta par la fenêtre. Son petit garçon, qui le prit par la jambe pour le retenir, faillit être entraîné avec lui. » Ces derniers mots sont de pure invention, car nous savons, par M. le prince de Wagram, que la princesse et ses enfants passèrent à Grosbois tout le temps de l'interrègne. Quand le maréchal tomba, ou se jeta — ou encore, selon une légende, fut précipité, — il avait à ses côtés deux domestiques.
2. La nomination de Soult est du 9 mai (Décret impérial, Lettres de Napoléon, Arch. Guerre), et, dès le 25 avril, on disait à Gand {Journal universel, n° 4) que ce maréchal, qui avait depuis longtemps l'ambition de succéder à Berthier, serait major-général.
Soult avait assez de faconde gasconne pour persuader à l'empereur qu'il serait un excellent major-général. Il faut lire dans ses Mémoires (II, 206) le portrait qu'il trace d'après soi-même du chef d'état-major modèle. S'il est vrai qu'il fut dans ces fonctions, à la division Lefebvre, si actif, si appliqué, si prévoyant, c'est qu'il avait un peu changé en 1815. Au reste, durant la campagne, Soult ne fut pas aussi inférieur à sa tâche qu'on l'a prétendu. Son plus grand tort fut de rédiger parfois ses ordres sans précision ni clarté et de ne point savoir en assurer la rapide transmission. Quant aux quelques négligences ou imprévoyances qui lui sont reprochées, Bailly de Monthyon qu'on lui avait adjoint comme chef de l'état-major général en est responsable aussi dans une certaine mesure.
3. Soult, Mém. justif., 24, et Soult à Davout, Villeneuve-l'Etang, 1 1 avril. (Dossier de Soult, Arch. Guerre.)