LE MAJOR-GÉNÉRAL
propos peu éloignée de Paris, il vint aux Tuileries dès le 26 mars^. Il est vraisemblable que ce ne fut pas pour rappeler à l'empereur qu'il l'avait traité de fou et d'aventurier dans son dernier ordre du jour2. A la suite de cet entretien, dont rien n'a transpiré, Soult échangea plusieurs lettres avec Davout qui lui montrait de l'amitié. Mais, malgré les démarches promises par le prince d'Eckmûhl, la décision de l'empereur se fit attendre. « Je désire, écrivait Soult le 11 avril au ministre de la Guerre, que Votre Excellence ait la bonté de répondre à la lettre que j'ai eu l'honneur de lui adresser avant-hier, afin que je sois à même de me conformer à la décision que Sa Majesté aura rendue à mon égard3. » Quelques jours plus tard, Soult, qui avait envoyé son serment par écrit, fut invité à venir le renouveler solennellement devant l'empereur'*. Le duc de Dalmatie pouvait se regarder désormais comme rentré en grâce. Le 9 mai, il fut nommé major-général.
Soult était aussi supérieur à Berthier qu'un homme de pensée et d'action l'est à un bon commis. Mais il n'avait jamais rempli les fonctions de chef d'état-major dans un corps d'armée5 ; l'habi-
1. Soult, Mém. justif.,2k.— Soult prétend qu'il ne vint aux Tuileries que parce que l'empereur l'y avait fait appeler à deux reprises, par Rovigo et par Clausel. C'est douteux. Déconsidéré comme l'était Soult à cette époque, et après l'ordre du jour qu'il avait publié contre Napoléon, celuici ne pouvait être si impatient, de le voir et de l'employer. Si Rovigo et Clausel intervinrent, ce fut très vraisemblablement à la sollicitation du maréchal. Le ton de ses lettres à Davout témoigne de son désir de rentrer en grâce. D'ailleurs, en admettant même que l'empereur eût fait faire des démarches auprès de Soult, il était très aisé au maréchal de s'y dérober comme le fit Macdonald.