II
Reille ^. Reille pressa la marche de son infanterie, parvint sur les trois heures à portée de canon de Gosselies et fit ouvrir le feu contre ce village. Au moment où les colonnes d'attaque commençaient leur mouvement, arriva le maréchal Ney2 avec la cavalerie légère de la garde qu'il avait rejointe en route. Gosselies, défendu par le 29e régiment prussien, fut occupé après un léger combat. L'affaire n'était cependant point terminée. La plus grosse fraction de la division Steinmetz se trouvait encore en marche à l'ouest de Gosselies ; par l'occupation de ce village, la route directe sur Heppignies et Fleurus lui était coupée. Sans hésiter, Steinmetz poussa quelques bataillons contre les Français qui commençaient à déboucher de Gosselies, les y refoula et, sous la protection d'un fort détachement tenant les maisons au nord du bourg, il continua sa retraite sur Heppignies3.
1. Relation de Reille. (Arch. Guerre.) Damitz, I, 66-67. Cf. Rapport de Zieten, 11 juin, 1 heure 1/2 (cité par von Ollech, 100) et Soult à d'Erlon, Charleroi, 15 juin. (Registre du major-général.)
On a vu (1815, II, 119) que Gourgaud avait porté à Reille l'ordre de marcher de Marchienne sur Gosselies. Quand Reille reçut cet ordre, il s'était déjà de lui-même mis en marche sur Jumet.
2. Relation de Reille. (Arch. Guerre.) « Les divisions marchèrent sur le bois de Lombuc et Gosselies, dit Reille. C'est dans ce moment que le maréchal Ney vint prendre le commandement. » — On n'est pas plus précis. — Cf. Journal manuscrit de Gourgaud. (Papiers du général G.)
3. Relation de Reille. Journal manuscrit de Gourgaud. Cf. Wagner, IV, 14. Plotho, 30.Clausewitz,30. Damitz, 68. Hoffmann, 28. Reiche, Réponse à Hoffmann. Von Ollech, 101. — D'après Plotho et Hoffmann, Steinmetz aurait repris et réoccupé complètement Gosselies. Mais Clausewitz et Reiche disent que sa division se fit jour à la baïonnette et continua sa retraite. Steinmetz lui-même, dans son rapport officiel (cité dans le MilitaerWochenblat, 1847), dit : « Je gagnai Gosselies et continuai ma retraite jusqu'à Heppignies. » — Il n'est pas question là d'une nouvelle occupation de Gosselies.
Steinmetz fut à peine poursuivi. C'est seulement à 8 heures du soir que, sur l'ordre de l'empereur de porter des forces dans la direction de Fleurus, la division Girard marcha par Ransart sur Wangenies et eut un nouvel engagement avec les Prussiens. (Reille à Soult. Gosselies, 15 juin. (Arch. Guerre.) Cf. Damitz, 68. Girard à Reille, "Wangenies, 15 juin, 11 heures du soir.) (Papiers du général G.)
La route de Bruxelles était libre, et l'on avait encore près de quatre heures de jour. Mais le maréchal Ney jugea sans doute que, malgré Tordre formel de l'empereur de pousser l'ennemi, il s'était déjà trop avancé par rapport à l'aile droite de l'armée. Au lieu de continuer sa marche avec toutes ses troupes, il établit les divisions Girard, Foy et Jérôme autour de Gosselies, dirigea sur Mellet la division Bachelu et la cavalerie légère de Pire et détacha seulement vers les Quatre-Bras les lanciers et les chasseurs de la garde1.
Arrivés vers cinq heures et demie en vue de Frasnes2, les lanciers de la garde furent reçus à coups de canon. Le village était occupé par un bataillon de Nassau et une batterie à cheval commandés par le major Normann. Cet officier, laissé sans aucune instruction, mais entendant la canonnade de Gosselies, avait pris aussitôt des dispositions pour défendre bravement son poste. Lefebvre-Desnoèttes fit incontinent demander quelque infanterie. Un bataillon du 2° léger, tête de colonne de la division Bachelu, parvenu à la hauteur de Mellet, continua
i. Notes du chef d'escadrons de Stuers, des lanciers rouges (comm. par M. de Stuers). — La relation de Reille (Arch. Guerre, cf. Reille à Soult, Gosselies, 15 juin, 9 heures du soir) porte expressément que, après l'attaque de Gosselies, tout le 2e corps s'établit : trois divisions autour de Gosselies, deux divisions dont celle de Pire à Mellet, et que seule la cavalerie de la garde fut détachée sur la route de Bruxelles. Les pageé 2 et 8 de la Relation d'Heymès sont un tissu d'erreurs volontaires.
On remarquera aussi que, au mépris des ordres de l'empereur de ne pas employer la cavalerie de la garde, Ney envoya précisément ce corps d'élite à l'avant-garde, alors qu'il avait Pire sous la main.
2. Le prince d'Orange [Rapport au roi des Pays-Bas, Nivelles, 17 juin, 2 heures du matin. (Papiers du général G.)] dit que l'attaque de Frasnes commença vers 5 heures. Le prince Bernard de Saxe-Weimar dans son rapport du 15 juin, Quatre-Bras, 9 heures du soir (cilé par van Lnben, 134-135) dit: à 6 heures et demie. Cette différence dans l'indication de l'heure provient sans doute de ce que le prince d Orange entend par le commencement de l'attaque le moment où les lanciers arrivèrent devant Frasnes, et le prince Bernard, l'instant où le bataillon d'infanterie, qu'il avait fallu attendre près d'une heure, aborda le village.
sa route vers Frasnes en accélérant le pas. Les tirailleurs ouvrirent le feu contre les Nassaviens. En attendant ce renfort, Lefebvrc-Desnocttes avait dirigé une partie des lanciers sur la droite de Frasnes, de façon à tourner l'ennemi1. L'escadron de File d'Elbe (Polonais), commandé par le général Edouard de Golbert en personne, poussa jusqu'aux Quatre-Bras qui n'étaient pas occupés. Mais Colbert se trouva là sans soutien, fort loin du gros de s-a division; il revint près de Frasnes2. Dans l'intervalle, le bataillon du major Normann s'était replié sur la route en maintenant toujours les Français à petite portée de canon. Il prit position sur la lisière du bois de Bossu, à deux kilomètres en avant des Quatre-Bras, où arrivait au même instant le prince Bernard de Saxe-Weimar avec quatre bataillons de Nassau3. Prévenu fortuitement à Genappe du passage de la Sambre par les Français, ce jeune prince avait, de son chef, mis ses troupes en marche pour aller occuper cet important point stratégique4.
1. Rapports précités du prince d'Orange et du prince de Saxe-Weimar. Van Lôben, 132-13't. Notes du chef d*escadrons de Stnors, des lanciers de la garde (comra. par M. de Sluersï. Cf. la lettre de Ney à Soult, Gosselies, 16 juin, 7 heures du matin (Papiers du général G.) où est mentionnée la présence à Frasnes du bataillon détaché delà division Bachelu.
2. Colbert au duc d'Elchingen, 15 mai 182t». — Celte lettre, dont une copie m'a été communiquée par M. le général de Colbert, fut adressée au duc d'Elchingen, qui réunissait tous les témoignages des officiers sous les ordres de son père dans les journées des 15 et 16 juin, afin de les insérer dans sa brochure: Documents inédits, etc. Mais le duc d'Elchingen n'a pas publié cette lettre, on comprend pourquoi. Cette reconnaissance est mentionnée aussi par le colonel Lemonnier, aide de camp de Foy. (Campagnes, 236.) Il est hors de doute que Colbert poussa jusqu'aux Qualre- Bras; mais ce général est mal servi par sa mémoire, en disant qu'il y vint vers 4 heures. Il put y arriver au plus tôt vers G heures, c'est-à-dire une heure avant que le prince de Saxe-Weimar n'y arrivât lui-même de Genappe.
3. Rapports précités du prince d'Orange et du prince de Saxe-Weimar. Van Lôben, I3'i. Cf. 130-132. Notes de Stuers. — Dans son rapport, le prince Bernard dit qu'il concentra sa brigade aux Quatre-Bras quand déjà le bataillon de Normann avait pris position au bois de Bossu.
4. Van Lôben (130-132 dit expressément que le prince Bernard s'était mis
Au bruit du canon, le maréchal Ney rejoignit son avant-garde. Il reconnut la position. Bien que les Nassaviens fussent seulement 4,500 avec six bouches à feu4, c'était assez pour défendre les Quatre-Bras contre les 1,700 lanciers et chasseurs de Lefebvre-Desnoëttes2 soutenus par un seul bataillon. Ney se contenta de faire exécuter quelques charges assez molles contre les fantassins de Nassau, en position devant les Quatre-Bras, et de diriger à l'est de ce point, du côté de Sart-Dame- Aveline, une reconnaissance qui ne s'approcha même pas à portée de fusil des petits-postes ennemis3. Puis, un peu avant huit heures, il rallia à Frasnes, où elle s'établit, la division Lefebvre-Desnoëttes, et revint à Gosselies pour y passer la nuit4.
L'aide de camp de Ney pendant cette campagne, le colonel Heymès, a donné, comme explication de la conduite du maréchal, « qu'il n'y avait pas une chance sur dix » de s'emparer des Quatre-Bras5. En effet, quand Ney arriva en vue des Quatre-Bras, non point à dix heures du soir comme le prétend
en mouvement, de son chef, pour se rendre aux Quatre-Bras avant d'en avoir reçu l'ordre expédié, vers 4 heures, de Nivelles, par le général Perponchcr, lequel ordre avait été transmis d'abord à Iloutain-le-Val. La remarque de Chesney (Waterloo, 128) est donc complètement erronée.
1. 1er, 2e et 3e bataillons de Nassau; 1er et 2e bataillons d'Orange-Nassau ; une compagnie de chasseurs à pied ; une batterie à cheval. En tout 'i,5U0 hommes environ. — L'état de situation du 12 juin (cité par van Loben, 89) ne porte celte brigade qu'à 3,821 hommes; mais le 2e bataillon d'Orange- Nassau et la compagnie de chasseurs n'y sont point mentionnés.
2. La division Lefebvre-Desnoëttes comptait 2,067 hommes (Situation au 15 juin, signée d'Ilériot, Arch. Guerre), mais deux escadrons de service étaient restés près de l'empereur.
3. Notes du chef d'escadrons de Stuers et lettre de Colbert (précitées). Rapport du prince de Saxe-Weimar, Quatre-Bras, 9 heures du soir.
D'après ce rapport, tout était fini dès 8 heures, et le prince ne craignait plus aucune attaque dans la soirée. — Le prince d'Orange dit de même dans son rapport au roi des Pays-Bas: « L'escarmouche cessa à 8 heures. >>
4. Relation de Reille. (Arch. Guerre.) Notes de Stuers. Cf. Lettre de Ney au duc d'Otrante, 20 juin. (Journal de l'Empire, du 29 juin.)