‹ 1815 (volume 2)Chapitre 8 sur 271 · Bulletin des Lois, 13 avril · texte numérisé non relu

Bulletin des Lois, 13 avril

3. Décrets des 10, 15, 19, 27 avril, 10 et 15 mai, non insérés au Bulletin des Lois, mais cités dans l'état des gardes nationales d'élite, 3 mai. (Arch. nat. AF. IV, 1936.) Circulaire de Carnot, 18 avril. (Arch. nat. Fia, 31.)

Dans son rapport du 13 juin à la Chambre des pairs, Carnot dit qu'il a été ordonné la formation de 417 bataillons. C'est qu'au mois de juin il y eut de nouveaux bataillons levés dans des départements qui ne sont point portés sur l'état de mai précité, nommément dans les Basses-Alpes, l'Ardèche, la Charente-Inférieure, le Cher, la Creuse, la Dordogne, le Gard, l'Indre, la Lozère, la Nièvre, le Vaucluse, la Haute-Vienne, etc. (Rapp. de Limoges, 15 juin ; de Guéret, 1G juin; de Poitiers, 18 juin; de Périgueux, 20 juin. (Arch. Guerre.) Rapp. de Davout à la Commission executive, 23 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1936.)

4. Circulaire de Carnot, 18 avril. (Arch. nat. Fia 31.) Rapport de Carnot à la Chambre des pairs, 13 juin. {Moniteur, 15 juin.)

Meurthe, la Meuse, le Mont-Blanc, le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, le Rhône, la Haute-Saône, Saône-et- Loire, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, les Vosges, l'Yonne, la levée s'opéra très facilement, les bataillons furent vite au complet, les mobilisés quittèrent famille et foyer aux cris de : Vive l'empereur ! avec l'enthousiasme de 1791^. Ceux des gardes qui purent le faire achetèrent leurs armes et leur uniforme2. Mais le même patriotisme et la môme bonne volonté n'animaient pas la France entière. Dans la moitié du pays, on put lever à peine, malgré l'emploi des garnisaires et des colonnes mobiles, le quart des contingents fixés. A la fin de mai, l'Orne avait fourni 107 gardes sur 2,160 demandés, le Pas-de-Calais 437 sur 7,440, le Gers 98 sur 1,4403. A Amiens, circulait cette proclamation : « Qui a rappelé Buonaparte? L'armée. Eh bien! Qu'elle le défende. Ses ennemis sont dos amis. Ne nous armons pas pour défendre un homme que l'enfer a vomi4. » En Vendée et en Bretagne, où l'on recloutait une insurrection, les gardes nationales ne furent point appelées ; mais quand la guerre civile commença, quelques milliers de citoyens prirent spontanément les armes et secondèrent la troupe contre les bandes

1. Rapport de Carnot à Napoléon, 10 avril (pour 10 mai). États des gardes nationales d'élite, 31 mai et 8 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1935, et AF. IV, 1936.) Corresp. des préfets, 1er, 4, 15, 16, 17, 22, 27 mai; 3, 4, 6, 8, 9, 11, 14 juin. (Arch. nat. F. 7, 30442 et F. 7,3774.) Corresp. générale du 8 avril au 20 juin. (Arch. Guerre.) Rapport d'un espion à Clarke, Gand, 24 avril. (Dispatches of Wellington, SuppL, X, 154.) Cf. Mémoires manuscrits de Barras (coram. par M. George Duruy) : « ... Les bataillons de gardes nationaux mobilisés sont dans l'enthousiasme. »

2 1815, I, 628 et les notes.

3. Etats des gardes nationales d'élite précités. Corresp. des préfets. (Arch. nat. F. 7, 30442 et F. 7, 3774.) Rapp. de Carnot à Napoléon, 27 mai. (Arch. nat. AF. IV. 1936.) Corresp. générale, mai. (Arch. Guerre.)

4. Proclamation. Amiens, imprimerie de Cherche ? (Arch. Guerre.)

royalistes, sans toutefois sortir de leur département^.

Sur les 234,720 gardes nationaux appelés à l'activité par les décrets du 10 avril au 15 mai, 150,000 environ étaient le 15 juin réunis dans les places ou en marche pour les rejoindre2. Les cadres des bataillons étaient formés pour un tiers par des officiers à la demi-solde et pour le reste par l'élément civil. L'empereur n'avait point voulu mettre les grades à l'électiou. Il nommait les officiers sur des listes établies dans chaque département par un comité composé du préfet, d'un conseiller général, de deux généraux et d'un officier supérieur3. Presque tous les gardes nationaux paraissaient non point seulement résignés à faire leur devoir mais bien déterminés à le faire de bon cœur. Ils manœuvraient de leur mieux, se pliaient docilement à la discipline, entraient dans les villes avec des branches de lilas aux canons des fusils, en chantant la Marseillaise et en terminant chaque couplet par les cris : Vive la Nation ! Vive l'empereur ! S'il s'élevait parfois des réclamations, c'était chez ceux qui n'étaient encore ni armés ni habillés et qui demandaient des fusils, des capotes et des souliers. Mortier, Jourdan, Lcclerc des Essarts, Rouyer, Lanusse, Berckheim, tous les officiers généraux qui commandaient des gardes nationales mobilisées, ou les passaient en

1. Delaborde à Davout, Angers, 8 mai. Davout à Bigarré, 14 mai. Préfet d'Ille-et- Vilaine à Davout, 2G mai. Charpentier à Bigarré, Nantes, 1er juin. Lamarque à Davout, 3 juin. Bigarré à Davout, Rennes, 7 et 18 juin. (Arch. Guerre.)

2. Etat des gardes nationales d'élite au 8 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1936.) Cf. Rapport de Carnotàla Chambre des pairs, du 13 juin, et 1815, 1,627, note 4.

3. Davout à Napoléon, 13 mai. (Arch. nat. AF. IV, 1939). Décret sur les gardes nationales, 10 avril.

revue, louaient le bon esprit et la belle attitude de ces soldats improvisés. Gérard écrivait à Vandamme, le 5 juin : « Les dix bataillons de gardes nationales de la réserve de Nancy sont superbes. Dans trois semaines, il n'y aura pas de différence avec la troupe de ligne1. »

Si la guerre durait, on pouvait compter que les hommes de vingt à quarante ans, formant le premier ban de la garde nationale, donneraient encore 150,000 mobilisés au moins, car un grand nombre de réfractaires des départements du Centre et du Midi finiraient par se soumettre2; grâce à la pacification de la Vendée, qui était proche et certaine, on pourrait appliquer les décrets de mobilisation aux départements de l'Ouest; il serait enfin loisible de décréter de nouvelles levées dans les si patriotes départements de l'Est3. Pour le second ban de la milice, on n'en pressa point l'organisation, sauf à Paris et à Lyon. Quand le temps et les armes manquaient pour former les

1. Lettres et rapports à Davout du général Rouyer, 22 avril; des commissaires extraordinaires Bédoch et de Gérando, Bar-le-Duc et Nancy, 8 et 10 mai; de Leclerc des Essarts, Sainte-Menehould, 18 mai; de Lanusse, Metz, 21 mai; du commandant de Landrecies, 6 juin; du major Hervo, Poitiers, 18 juin; de Jourdan, Besançon, 25 juin. Gérard à Vandamme, Metz, 5 juin. Colonel de gendarmerie à Rovigo, Nancy, 16 juin. (Arch. Guerre. Corresp. générale et Armées du Nord et du Jura.) Corresp. des préfets, avril-juin. (Arch. nat. F. 7, 3774 et F. -7, 30i4a.) Davout à Napoléon, 28 mai. (Arch. nat. AF. IV, 1936.) Labretonnière, Souvenirs du Quartier latin, 228. Mémoires manuscrits de Barras. Cf. 1815, I, 629-630.

2. La correspondance des préfets (Arch. nat.) et la correspondance générale (Arch. Guerre) indiquent que, de jour en jour, les réfractaires et insoumis rallièrent en plus grand nombre. Un exemple entre beaucoup d'autres: les 18 bataillons à fournir par les départements de la Charente, de la Corrèze et de la Dordogne ne sont pas portés pour un seul homme dans l'état du 8 juin, et le 20 juin le général Lucotte écrit de Périgueux à Davout : « Grâce aux colonnes mobiles, j'ai pu réunir 13 bataillons, les autres suivront. » (Arch. Guerre, Armée des Pyrénées Occidentales.)

3. Dans son rapport du 13 juin à la Chambre des pairs, Carnot évaluait à 751,440 les gardes nationaux, de vingt à quarante ans, susceptibles d'être mobilisés.

bataillons mobilisés1, ce n'était pas l'heure de multiplier les bataillons sédentaires qui, en raison des services très pacifiques qu'ils pouvaient rendre, étaient déjà assez nombreux2.

Dans la masse des citoyens de quarante à soixante ans, il y avait cependant beaucoup d'hommes très bons à employer contre l'ennemi, au moins pour la défense des places fortes. C'étaient les anciens officiers, sous-officiers et soldats retraités après un minimum de vingt-quatre ans de service. Dès le mois d'avril, plusieurs officiers en retraite avaient demandé à rentrer dans l'armée ; mais il y avait trop d'officiers à la demi-solde que l'on ne pouvait utiliser. Avec les officiers et soldats retraités, Davout pensa à former des bataillons de vétérans pour les places de guerre. « Ils donneront l'exemple aux gardes nationaux, écrivit-il à l'empereur, et leur inspireront l'esprit militaire. » Napoléon ne manqua point d'adopter cette proposition. Le 18 mai, il rendit un décret invitant tous les militaires en retraite à reprendre temporairement du service pour être organisés en bataillons et en batteries de forteresse. Les retraités, qui s'élevaient à 94,000, mais dont à peine la moitié paraissaient susceptibles de servir, s'empressèrent de se rendre aux revues d'appel. On constitua avec

1. « Vous avez eu grand tort de distribuer des fusils aux gardes nationaux sédentaires de Rethel, quel que soit leur patriotisme, car les mobilisés euxmêmes ne peuvent être armés complètement. » Davout à Vandamme, 25 mai. (Arch. Guerre. Armée du Nord.) — Le préfet des Vosges fit donner des piques aux gardes nationaux sédentaires. « Il vaut encore mieux des piques que rien, » dit-il dans une lettre du 12 juin.

2. En 1815, la réorganisation des gardes nationales urbaines et sédentaires, opérée en vertu de l'ordonnance du roi du 18 juillet 1814, n'était pas encore, il s'en faut, complètement achevée; mais il y avait dans toutes les villes et même dans beaucoup de petites communes un certain nombre de gardes nationaux, pourvus d'armes et d'uniformes.

les plus valides 56 bataillons et 25 compagnies d'artillerie, d'une force totale d'environ 25,000 hommes1.

A Paris, la garde nationale sédentaire fut portée à 36,518 hommes2. Les ouvriers des faubourgs avaient demandé spontanément de concourir à la défense; on en forma 24 bataillons de tirailleurs fédérés. Ces 18,000 tirailleurs, commandés par des officiers à la demi-solde, étaient destinés à occuper les postes avancés et les ouvrages de première ligne3. A Lyon, il y avait au 12 juin 4,000 gardes nationaux sédentaires, et Mouton- Duvernet sbccupait de former 15 bataillons de tirailleurs fédérés7'. Dans l'Aisne et les Ardennes et dans tous les départements de l'est, on pouvait compter en cas d'invasion sur les levées en masse. Composées des gardes forestiers, des gendarmes, des douaniers, des gardes nationaux sédentaires et en général de tous les citoyens valides, les levées en masse devaient s'assembler au son du tocsin sur l'ordre des autorités militaires pour venir occuper les montagnes et les défilés5.

Avec les 150,000 mobilisés, les 25,000 retraités, les 26,000 fédérés parisiens, lyonnais, toulousains, nancéens, les gardes nationales urbaines et rurales, les corps francs et les levées en masse, il semblait que les places fortes, les grandes villes, les défi-

1. Rapports de Davout à Napoléon, 11, 20, 22 et 28 mai. (Arch. nat. AF. IV, 1936.) Napoléon à Davout, 17 mai. (Arch. nat. AF. IV, 907.)

2. Situation de la garde nationale de Paris au 1er juin. (Arch. nat. F. 9, 7G0.) — Parmi ces gardes, 11,000 fusiliers n'étaient pas habillés.

3. Davout à Napoléon, 17 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1936.) Général Darricau à Davout, 29 juin. (Arch. Guerre.) — Sur les tirailleurs fédérés, voir 1815, I, 623-625, et les notes.

4. Mouton à Davout, Lyon, 12 juin. (Dossier de Mouton. Arch. Guerre.) Suchet à Davout, 13 juin. (Arch. nat. AF. IV, 1937.)

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