‹ 1815 (volume 2)Chapitre 81 sur 271 · II, 133-134, et note 4 de la page · texte numérisé non relu

II, 133-134, et note 4 de la page

certé. Chez lui, les présomptions se changeaient vite en certitudes. Quand il avait supposé une chose, cette chose devait être telle qu'il l'avait supposée. La Fortune avait si souvent donné raison à ses prévisions ! Le matin du 16 juin, il croyait Blucher en retraite et la route de Bruxelles libre ; donc, Blucher était en retraite, et la route de Bruxelles était libre. Les mouvements signalés par Grouchy ne pouvaient être que des démonstrations en vue de donner le change. On aurait bon marché de ces quelques régiments prussiens, simple rideau destiné à masquer la retraite du gros de leur armée H. 11 semblait d'ailleurs que ce fût l'opinion de Grouchy lui-même, car dans la lettre où il mentionnait l'apparition de colonnes ennemies vers Saint-Amand, il annonçait qu'il réunissait ses troupes pour marcher sur Sombreffe, selon les ordres de la veille2. Si

1. Les lettres de l'empereur à Ney et à Grouchy (Corresp., 22058, 22059) écrites (comme on l'a vu ci-clessus, p. 136, note 1) vers 8 heures du matin, c'est-à-dire environ deux heures après la réception du rapport de Grouchy, prouvent queNapoléon n'avait attaché aucune importance aux renseignements transmis par celui-ci. S'il croyait l'armée prussienne concentrée aux débouchés de Fleurus, il n'écrirait pas à Ney: « Je porte le maréchal Grouchy sur Sombrcffe. J'y attaquerai l'ennemi si je le rencontre, et j'éclairerai la route jusqu'à Gembloux. Là, d'après ce qui se passera, je prendrai mon parti »; et il n'écrirait pas à Grouchy: « Rendez-vous à Sombreffe... Si l'ennemi est à Sombreffe, je veux l'attaquer. Je veux même l'attaquer à Gembloux. »

2. « Je réunis en ce moment mes troupes pour effectuer le mouvement que vous avez ordonné sur Sombreffe. (Grouchy à Napoléon, au bivouac près Fleurus, 16 juin, b heures du matin. (Arch. Guerre.)

Grouchy, comme on sait, avait reçu la veille.au moment de l'attaque de Gilly, l'ordre d'occuper Sombreffe le soir même. Il avait dû s'arrêter devant Fleurus, par suite durefusdeVandamme de le seconder, et aussi à cause de l'heure avancée. (1S15, 11,121, 125 et les notes.) Le matin du 16, il se préparait donc à effectuer le mouvement que les circonstances l'avaient empêché d'opérer le soir du 15. Mais, voyant grossir les forces de l'ennemi, il hésita et crut devoir attendre de nouvelles instructions. Quand les ordres confîrmatifs de Soult et de Napoléon lui parvinrent, vers 9 heures ou 9 heures et demie, il était déconcerté par le déploiement des Prussiens, si bien qu'il se contenta d'occuper Fleurus. Il n'en avait pas moins pris ses mesures de grand matin pour exécuter les ordres de l'empereur, ce que, on le verra plus loin, n'avait pas fait le maréchal Ney.

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