DÉPART DE NAPOLÉON POUR FLEURUS
dès cinq heures du matin, Grouchy avait présumé que l'armée de Bliïcher tout entière se concentrait à l'ouest de SombrefTe, il ne se serait pas préparé à un mouvement sur ce village, au risque de subir une désastreuse attaque de flanc.
L'empereur ne modifia donc pas ses ordres. Loin d'y rien changer, il écrivit vers huit heures à Ney et à Grouchy pour les réitérer et en hâter l'exécution. Sachant ses aides de camp mieux montés que les officiers du major-général, il confia l'une de ces lettres à Flahaut, l'autre à La Bédoyère ; il espérait que de celte façon ses deux lieutenants recevraient ses instructions itératives avant celles mômes qui venaient de leur être expédiées par Soult. Dans ces duplicata, l'empereur s'étendait davantage sur quelques détails d'exécution et il révélait, ce dont Soult s'était abstenu, que le but du double mouvement sur SombrefTe et les Quatre-Bras était une marche de nuit vers Bruxelles ].
Entre neuf et dix heures du matin2, comme Napoléon allait partir pour Fleuras, un officier de lanciers arriva de l'aile gauche ; il dit que « l'ennemi présentait des masses du côté des Quatre-Bras3 ». Dans la crainte que la présence de ces prétendues masses ne fit, comme la veille, hésiter Ney à aller
1. Napoléon, Corresp., 22058, 22059. Cf. Soult à Ney et à Grouchy, Charleroi, 16 juin. (Registre du major-général.)
2. La lettre de Soult, relative à cet officier de lanciers (à Ney, Charleroi, 10 juin), porte : « L'empereur va se rendre à Fleurus. » D'autre part, Grouchy (Helation succincte, 14) témoigne que Napoléon arriva à Fleurus entre 10 heures et demie et 11 heures. Comme il y a 13 kilomètres de Fleurus au hasde Charleroi, où se trouvait le quartier-impérial (la maison Puissant), l'empereur dut certainement quitter cette ville avant 10 heures.
3. Soult à Ney, Charleroi, 1G juin. (Registre du major-général.)
On a beaucoup discuté pour savoir qui avait envoyé cet officier de lanciers. C'est évidemment le général Reille, car il dit dans sa Relation (Arch. Guerre) : « Vers U heures, je reçus un rapport du général Girard, m'informant qu'il voyait de Wangenies des masses prussiennes au-delà de Fleurus. Ce renseignement fut transmis tout de suite à l'empereur. »
de l'avant, l'empereur crut nécessaire de le rassurer et de lui renouveler encore une fois ses ordres. Il lui fit incontinent écrire par le major-général : « Blucher étant hier à Namur, il n'est pas vraisemblable qu'il ait dirigé des troupes vers les Quatre- Bras. Ainsi vous n'avez affaire qu'à ce qui vient de Bruxelles. Réunissez les corps des comtes Reille et d'Erlon et celui du comte deValmy ; avec ces forces vous devez battre et détruire tous les corps ennemis qui peuvent se présentera » A toute éventualité, cependant, l'empereur prescrivit à Lobau de rester provisoirement à Gharleroi de façon à porter, si besoin était, le 6e corps au secours de Ney. D'après ses ordres, l'adjudant-commandant Janin, sous-chef d'état-major de Lobau, fut envoyé à Frasnes pour juger de l'état des choses2.
L'empereur arriva à Fleuras un peu avant onze heures. Il y trouva Grouchy — non sans quelque étonnement, car il le supposait déjà en marche sur Sombreffe3. Le maréchal n'eut point de peine à lui faire comprendre qu'en présence des masses ennemies qui prenaient position au nord de Fleurus, il avait dû se borner à occuper ce village, évacué au petit jour par les Prussiens4. Napoléon parcourut la ligne des avant-postes. A la pointe de Fleurus s'élève un moulin de briques, en forme de tour, qui domine toute la plaine. Il ordonna à des sapeurs de pratiquer, au moyen d'une brèche dans le toit tournant, une sorte de loggia où il monta pour observer les positions ennemies5.
1. Soult à Ney. Charleroi, 16 juin. (Registre du major-général.)
2. Lobau à Napoléon, Charleroi, 16 juin. (Arch. Guerre.) Janin, Campagne de Waterloo, 19.