L'ARMÉE PRUSSIENNE A LIGNY
Blùcher, accouru de Namur à la première alerte, était arrivé à Sombreffe le 15 juin dès quatre heures de l'après-midi*. Il se flattait d'avoir le 16, de bon matin, ses quatre corps d'armée derrière le ruisseau de Ligny2, position qui lui avait été signalée deux mois auparavant par le major von Grôben, et où il avait dès alors résolu de livrer bataille si les Français passaient la Sambre à Gharleroi3. Il était plein d'ardeur, il se croyait invincible. « Avec mes 120,000 Prussiens, avait-il écrit à sa femme, je me chargerais de prendre Tripoli, Tunis et Alger, s'il n'y avait pas à passer l'eau 4 ! » Mais à cause de l'extension démesurée de ses cantonnements, le feld-maréchal éprouva des mécomptes. Le 16, à onze heures du matin, il n'avait encore en ligne que le corps de Zieten, réduit à 28,000 hommes par les pertes de la veille. Le corps de Pirch Ier (31,000 hommes) arriva à Sombreiï'e seulement à midi, suivi à quelque distance par le corps de Thielmann (24,000 hommes)5. Quant au IVe corps, on avait reçu dans la nuit au quartier-général une lettre de Biilow, annonçant qu'il ne pourrait être rassemblé à Hannut (42 kilomètres de Sombreffe) qu'au milieu de la journée6. C'étaient
1. Damitz, I, 80. Cf. Blûcher à Mùffling, Namur, 15 juin, midi (cité par von Ollech, 99).
2. « Demain, au point du jour, mon armée sera concentrée ici. » Blùcher à Schwarzenberg, Sombreffe, 15 juin, 10 heures et demie du soir. (Cité par von Ollech, 105.) Cf. les ordres de concentration des 14 et 15 juin.