Von Ollech, Geschichte des Feldzuges von
IMMOBILITÉ DE l'âRMÉE ANGLAISE 143
Bruxelles. Il fallait donc que Blucher restât en position, et, pour cela, il semblait nécessaire à Wellington de lui promettre son appui. Cet appui d'ailleurs, il espérait bien pouvoir le donner1, mais en vrai Anglais, à son heure, à son aise et sans risquer de compromettre pour la cause commune quoi que ce fût de la sûreté de son armée. Or le mouvement offensif des Français vers Gharleroi n'était-il pas une simple démonstration destinée à attirer de ce côté les masses anglo-prussiennes? L'empereur n'allait-il pas au môme moment se porter sur Bruxelles avec le gros de son armée, soit par Maubeuge, Mons et Hal, soit par Lille, Tournay et Ath? Wellington le craignait, et de peur d'être entraîné à une fausse manœuvre, il ne voulait faire bouger ni un homme ni un canon avant d'être absolument certain du point précis où Napoléon dirigerait sa principale attaque2.
En vain, les 12, 13 et 14 juin, de nombreux avis de la concentration de l'armée française sur la frontière étaient arrivés au quartier-général de Bruxelles3 ; en vain le 15, dès huit heures du matin, Wellington avait appris par une lettre de Zieten que les avant-postes prussiens avaient été attaqués au point du jour4. Ce jour-là, à trois heures de l'aprèsmidi, il n'avait encore donné aucun ordre. Mùfiling,
1. « Wellington, dit expressément Mûffling (190), désirait que les Prussiens et les Anglais se réunissent si Napoléon attaquait, afin que, au pis-aller, Bruxelles ne pût tomber entre les mains des Français qu'après une première bataille. » Cf. Clausewitz, 31.
2. Cf. Wellington, Mémorandum. (Suppl. Dispatches, X, 513.) Mûffling, 101-192, 1«)8. Cf. Clausewitz, 31. Siborne, I, 71. Kennedy, 171, et la lettre de Paris, reçue le 6 juin par Wellington, où il est dit que Napoléon fera une fausse attaque sur la Sambre. (Citée par von Ollech, 73.)
3. Lettres de Dornberg, de Roisin, d'Uxbridge, du prince d'Orange, de Hardinge. {Suppl. Dispatches, X, 451, 465, 471, 47G, 478.)
4. Von Ollech, 96. — Wellington a prétendu dans son Mémorandum qu'il n'avait reçu qu'à 3 heures après midi la iettre de Zieten, lui annonçant
commissaire prussien près le quartier-général anglais, ayant reçu alors personnellement une lettre de Zieten confirmant les premiers renseignements, s'empressa de la communiquer au duc. « — Si tout est comme le croit Zieten, lui dit Wellington, je me concentrerai sur mon aile gauche de façon à agir de concert avec l'armée prussienne ; mais si une partie des forces ennemies marche sur Mons, je serai obligé de me concentrer sur mon centre. Il me faut donc attendre, avant de prendre un parti, des nouvelles de mes avant-postes de Mons. Toutefois, comme la destination de mes troupes reste incertaine, et que leur départ est certain, je vais donner des ordres pour qu'elles se tiennent prêtes à marcher*. »
D'après ces ordres, expédiés seulement le 15 juin entre six et sept heures du soir2, les troupes devaient simplement se rassembler par divisions, à Ninovc, à Ath, à Grammont, à Bruxelles, à Braine-le- Comte et à Nivelles, et se tenir prêtes à marcher le lendemain au point du jour3. Ainsi, alors que Taile gauche française avait dépassé Gosselies, et que l'aile droite arrivait en vue de Fleurus, Wellington, au lieu de diriger ses troupes sur le point menacé, se contentait de les réunir par divisions isolées dans un parallélogramme de dix lieues sur neuf. Il fallait, en vérité, qu'il fût halluciné et paralysé par la vision de Napoléon attaquant en personne sur tous les points à la fois.
l'attaque des Français ; mais cette assertion est démentie par les termes de la lettre de Wellington àClarke, 15 juin, 8 heures du soir. « ... Je n'ai rien reçu, depuis 8 heures du matin, de Charleroi. » {Dispatches, XII, 473.)
1. Mûffling, Aus meinem Leben, 198. Cf. Wellington au duc de Berry et à Clarke. Bruxelles, 15 juin, 9 heures et demie du soir. {Dispatches, XII, 473.