‹ 1815 (volume 2)Chapitre 96 sur 271 · II, 136 et la note · texte numérisé non relu

II, 136 et la note

non-exécution, dans l'après-midi de la veille, des instructions de l'empereur prescrivant d'établir le 4 e corps sur la rive gauche de la Sambre, Gérard avait eu le matin à faire passer cette rivière sur un seul pont à la plus grosse fraction de ses troupes. De là, ce long retard dans la marche du 4e corps ].

Il semble que l'empereur avait pensé d'abord à attaquer par Wagnelée et Saiut-Amand afin de rejeter les Prussiens sur Sombreffe2. Mais la position en l'air de leur droite lui suggéra l'idée de les envelopper au lieu de les refouler. Pour cela, il modifia ses ordres antérieurs à Ney. D'après les instructions envoyées le matin, le maréchal devait s'établir aux Quatre-Bras et au delà, en attendant l'ordre de marcher sur Bruxelles3. A

1. D'après le premier ordre de marche du 14 juin, Gérard devait se porter de Philippeville sur Charleroi, mais le 15, à 3 heures et demie, Soult lui avait écrit de passer la Sambre à Châteletet de se porter en avant dans la direction de Lambusart. (Registre du major-général.) Au lieu de faire passer la Sambre à son corps d'armée tout entier, Gérard porta la seule division Hulot à Chatelineau et établit les trois autres sur la rive droite de la Sambre. (Gérard à Soult, Chàtelet, 15 juin, au soir. Arch. Guerre.)

Gérard (Quelques Observations, 48) prétend que l'ordre de Soult, du 16 juin, ne lui arriva qu'à 9 heures et demie, ce qui parait au moins singulier, puisque cet ordre fut écrit au plus tard entre 7 et 8 heures, et qu'il n'y a que 6kilomètresde Charleroi à Chàtelet. Il ajoute que, très impatient de marcher en avant ce matin-là, il ditàExelmans, « dont les troupes étaient cantonnées auprès des siennes et qui était venu causer avec lui, qu'il augurait mal de tous ces retards ».

Comment Exelmans, qui était avec ses dragons à Lambusart, à 2 lieues de Chàtelet, et en présence de l'ennemi, était-il venu faire un bout de causette avec Gérard ?

Comment Gérard, si pressé d'agir, n'avait-il pas, dès 5 heures du matin, exécuté les ordres de l'empereur qu'il avait, pour une cause ou pour une autre, négligé d'exécuter la veille ? Pourquoi n'avait-il pas fait passer la Sambre à ses trois divisions et ne les avait-il pas réunies à Chatelineau à la division Hulot? Là, dix minutes après en avoir reçu l'ordre, il aurait pu mettre tout son monde en marche.

2. Le premier ordre de bataille des troupes françaises, perpendiculaire à la route de Fleurus en est une forte présomption. Voir à ce sujet Damitz, I, 99-100.

3. Lettres de Napoléon et de Soult, précitées, 1815, II, 134, 135.

deux heures, il lui fit écrire par Soult : « L'empereur me charge de vous prévenir que l'ennemi a réuni un corps de troupes entre Sombreffe et Brye, et qu'à deux heures et demie le maréchal Grouchy avec les 3e et 4e corps l'attaquera. L'intention de Sa Majesté est que vous attaquiez aussi ce qui est devant vous et qu'après l'avoir vigoureusement pressé vous rabattiez sur nous pour concourir à envelopper le corps dont je viens de vous parler1. »

Le corps de Vandamme, celui de Gérard et la cavalerie de Grouchy étaient déployés en avant de Fleurus, perpendiculairement à la route. L'empereur ordonna un changement de front la droite en avant. Par cette manœuvre, Vandamme se rapprocha de Sainl-Àmand, Gérard s'avança à environ 1,000 mètres de Ligny, parallèlement à la route, Grouchy se posta en potence face à Boignée. La garde et les cuirassiers de Milhaud, laissés jusqu'à deux heures derrière Fleurus, vinrent se former en seconde ligne2.

Du moulin de Bussy où il se trouvait encore à deux heures avec Wellington, Blùcher avait fort bien vu le mouvement se dessiner. Il s'empressa de compléter son ordre de bataille. Le corps de Zieten, dont seuls quelques détachements occupaient jusqu'alors

1. Soult à Ney, 16 juin, 2 heures. (Registre du major-général.) Napoléon, qui continue dans ses Mémoires à confondre les ordres et les

heures, parle de celte lettre comme envoyée à 10 heures et demie (avant, par conséquent, qu'il ne fût arrivé à Fleurus !) et comme prescrivant à Ney de porter sur Brye non point toutes ses troupes, mais un détachement. Napoléon raconte aussi (90-91) qu'il reçut un officier de la gauche qui lui dit que Ney hésitait à marcher dans la crainte d'être tourné par les Anglo-Prussiens dont la jonction, assurait-on, s'était déjà opérée à Fleurus. C'est une confusion avec le rapport de l'officier de lanciers envoyé par Reille dont j'ai parlé précédemment (1815, II, 139). Gourgaud (56-57) n'est pas moins inexact.

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