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LE COMBAT DE LORIOL

qu'il en soit, l'attaque eut un plein succès. Les im périaux lâchèrent pied en désordre, abandonnant leurs canons. Le 10* de ligne fit trois cents prisonniers'. Kn récompense de ce fait d'armes, le duc d'Angoulème promut au grade supérieur dix officiers et sous-officiers du régiment et distribua aux soldats trente-trois croix de la Légion d'honneur'.

Tandis que les fuyards du pont de Loriol se repliaient sur Romans, puis sur Saint-Marcellin3, l'armée royale poursuivit sa marche vers Lyon. Le 3 avril, le général Monnier, qui commandait l'avantgarde, poussa jusqu'aux bords de l'Isère, occupa Romans et détacha sur la rive droite deux bataillons du (îard. Le même jour, le duc d'Angoulème entra à Valence avec le gros des troupes. Il fut reçu assez froidement. Le peuple était anti-bourbonien : la bourgeoisie, qui avait peu de confiance dans le succès de cette expédition, craignait les représailles populaires si elle manifestait trop ouvertement ses opinions 4.

14 mai. Arvh. GuernO Vapoleon se contenta de doubler l'effectif dos bataillon* de guerre en y versant le de|g.t et un grand nombre de rappelé»; puis il pas»a le régiment en revue, place du Carrousel, et le harangua am^i : • Soldat» du 10* de ligne, je ne suis pas content de vous... Nous allons entrer en campagne. Vous marcherez a l avant-garde et vous n'aure/ pas de cartouche*. • Les soldats t rièrent : • Vive l'empereur î N'ous avons no* baïonnettes '. • et, 6 Waterloo, ils tirent bravement leur devoir dans le < orps de l.obau. Ia* IV de ligne n'en conserva pas moins pendant liv* longtemps un mauvais renom Sous Louis Philippe encore, plus d'un soldat <pti sortait de ce régiment hésitait a avouer qu'il avait servi au if* de ligne.

I. Rapport de l»e|„.||e, Homans, 3 avril 'Areh. Guerre). Relation de la campagne tlu dur d'Angoulème. Jounuil Umvtritl, de Gand, n^ il..

i. Ordre du duc d'Angoulème, Valence. 5 avril. (Arch. Guerre. i

3 Rapports de HeMle. Romans, i avril, et Valence. Il avril. i \rch Guerre , — Ii'.tprè* « es rapports. |>e belle informe a Valence, le t avril au matin, de I'alta«pie de Loriol. «.Vta.it rendu non au pont «le Loriol. m.-.n en amont, h Cpst. qui était également menace par une colonne <|,. vm volontaires de l'Hérault. Informe la de la prise du pont de la l>r»>nie. il &,> replia sur Itomans qu'il évacua pre> juc aussitôt et sans même prendre le j»oin de détruire U- pnit de l'Isère

4. lte|at. île la camp, du duc d'Angoulème 'Journal t'nuwl. de Gand, n" U,. l>e< laration du docteur Ganierv. Saint-Kambcrl. 5 avril. I ta p port du colonel d'Ambrugcac, * mai. (Arch. Guerre.)

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La marche île l'armée royale, connue à Lyon depuis plusieurs jours, avait jeté l'inquiétude dans la masse de la population et ranimé les royalistes. Peu nombreux mais très ardents et très actifs, ils amplifiaient les forces et les succès du duc d'Angoulôme, colportaient la Déclaration des puissances, annonçaient l'entrée des Piémontaisen Savoie, des Espagnols entiascogne, des Anglaisa Toulon, et prophétisaient que la prise de Lyon et le châtiment des bonapartistes qui s'y trouvaient seraient bientôt suivis de la chute de l'usurpateur. Déjà quelques-uns criaient Vive le roi ! dans les rues. Le gouverneur, le général Dessaix, était malade au lit ; le préfet Fouricr n'avait ni considération, ni autorité, ni énergie; le maire ne cachait même pas son attachement aux Bourbons et létat-major de la garde nationale faisait des vieux pour le duc d'Angoulèmc. Quant aux troupes, qui se composaient de trois bataillons du 39' et du 49* et de quelques cavaliers du 13* de dragons, elles ne présentaient pas un millier de baïonnettes. Au reste, l'attitude expectante des autorités alarmait plus encore les Lyonnais que la faiblesse de la garnison. Les ouvriers des faubourgs auraient suffi à défendre Lyon. Mais le préfet, le maire, peut-être bien le général Dessaix lui-même, avaient peur de leur donner des armes '.

Malgré les dépèches pressantes de Debelle. de \n Salcelte, gouverneur de Crenoble et de Dessaix, qui. il est vrai, étaient infidèlement transmises par l'employé du télégraphe de Lyon*, l'empereur ne s'inquiéta point d'abord de l'expédition du duc d'Angoulème. Ce fut seulement dans la soirée du 30 mars que

1. Dessaix à I>avout, Lyon, ti, i3. in mars et 15 avril. Rostolland à Davout, Paris. 4 avril. Rapport de Gmuchy. Pont-Saint-Esprit. Il avril cArch. Guerre.) Rapport <ie Mouton, vers !«• io avril (lk>ssicr de Mouton .

S. Lettre au colonel Kœculin, Lyon. U avril. ;Arch. Guerre.)

RETRAITE Dl Dl'C !> ' A N 0 O V I. È M E

grâce à l'avocat Teste, vomi «le Nîmes à franc étrier, il en comprit l'importance1. Il n'y avait pas un mois que Napoléon avait traversé le Dauphiné et le Lyonnais. Les acclamations îles habitants résonnaient encore à ses oreilles. Il comprit qu'il fallait là moins n'es soldats qu'un chef avisé et énergique, qui su! se servir <le l'esprit du pays pour créer une armée avec la population. Le général de (irouchy, qui s'était déjà présenté aux Tuileries, se trouvait sans emploi. Il avait les plus beaux états de services ; à Vauchamps, l'année précédente, il avait changé en déroute la retraite «le Hlucher; il était, avec Davout, Vandamme, et Kxelmans. un des rares officiers généraux de grand mérite qui eussent à se plaindre du roi. Napoléon lui donna l'ordre de partir pour Lyon comme commandant supérieur «les et 10* divisions militaircs, avec pouvoirs extraordinaires. Pire. MoutoniKivernet et le général de gendarmerie Radet, tous tr«»is sûrs et zélés, furent désignés pour le seconder \ tirouchv arriva à Lvon !<• 'A avril. Le lendemain, on ne criait plus Vive le roi! dans l«»s ru<*s. I) avait mis la ville en état «le siège, imposé au main», réconforte" le préfet, suspendu le conseil municipal, destitué cinquante officiels de la garde nationale et donné «l«»s armes à 3.000 volontaires qui s'étaientjpréscntés dans une seule journée. Pire, avec 500 homme* du 0" léger, un escadron des dépôts <»t trois pièces «!<• canon, s'avançait contre l'armée royale, et 20,000 gardes nationaux du Jura, de l'Ain, «h* Saïuie-et-Lnire «h* la Haute-Saône, «le la Côte-d'Or marchaient au secours d«» Lyon 3.

1 Na|«i|«Nin. Corrt*p ., .ilTiy. «X l»av..nl. t'ormp. . » >*o, I...... Rapport

<!e Teste à HiTtranii, Parin, :T> mars. Anli «,urrr»-..

i. Naj»>l«'<'n. ( orreip., ilTiO. D.ivmit, <\>rrt*p.. I >ii. l'-i .. I ..*•>.

1. R.if»|*irl«* «'I lolln s .If l ;n»n. h>. L>mi »t l*>>nl vnnl IN|»nl. l. 4. cl li avril. Rapport Moulons, lu avril. Lfitn- |mv,t,r m c .l n- 1 Kurhlin.

Les Hautes-Alpes et l'Isère s'étaient défendues toutes seules contre les 5,000 hommes d'Ernouf. Les paysans avaient pris le fusil et la fourche pour combattre à côté des 600 soldats des généraux Chabert et Proteau. Ceux qui n'avaient pas d'armes se tenaient sur les hauteurs, à l'entrée des défilés, prêts à faire rouler des rochers sur les assaillants. « Les Dauphinois, écrivait le comte de Saint-Priest au duc d'Angoulème, nous regardent les uns comme d'honnètes fous qui n'ont aucun espoir de succès, les autres comme des brigands... Les habitants tirent sur nos soldats isolés. Cela prouve ce qu'on est en droit d'attendre d'eux dans une retraite. » L'expédition d'Hrnouf échoua complètement. Ses deux régiments de ligne, le 38* et le 83*, passèrent aux impériaux entre Gap et Saint-Bonnet. Repliés à Sisteron, Ernouf et son lieutenant Loverdo voulurent reprendre l'offensive avec les seuls volontaires marseillais. Le général Proteau, en position derrière laDurance, attendit leur feu, puis dans une contre-attaque leur tua G0 hommes, fit une centaine de prisonniers et enleva un drapeau. Ernouf rallia ses volontaires débandés et se mit en retraite vers Marseille \

Sur le tlanc gauche et sur les derrières de l'armée du duc d'Angoulènie. les choses ne tournaient pas mieux pour la cause royale. Au lieu de venir menacer Lyon par la rive droite du Uhùne, Compans et Hey avaient adressé leur soumission à l'empereur. Le chef d'esca-

Doss:ii.\ a I>av..ul, 6 avril. Gruyer h Davout. Vesoul. 30 avril. Davout à Surhet, 10 a\ril. An h Gu»-rr«>.) Lettres des profits 3 el 15 avril <Arch. nat AK. IV. l u, ,

!. La Salvttr;i lw»*»ai\ et ii l'tavout. Grenoble, il et 31 mari art T avril. Eru.nif a d'Aultanne. Si«4er<.n. !» rnar*. et G.ip, 31 mars. O' du a Gardatine. Saint-ltonnet. in mars. Le Un*, ordre du jour et rapport tU? Proteau. Gap, 4. '.» et lo avril. Siu-het a Iiavuul. Lyon, 13 avril. (Arch. Guerrr ' Lettres iiit#«r.-cpl.*es d'Ern-mr. de Saint Priest et du préfet llarmaud. Journal d« TEmptrc, t3 avril. j

RETRAITE DU DUC D ANfiOl I.ÈME 421

tirons do Castel-Bajac. envoyé dans la Lozère avec un peloton de chasseurs pour lever des volontaires, était attaqué, blessé et fait prisonnier par la garde nationale de Langogne. Dans l'Ardèche, le général Laffitte mettait en déroute la bande du colonel Magnier. Les habitants d'Issoirc arrêtaient une colonne de miquelets qui marchait sur le Puy. A Mcnde, le peuple menaçait de mort les royalistes qui voulaient prendre les armes. A Avignon, le i\' de ligne était prêt à se révolter. A Montpellierjegénéral Ambert venait deproclamer l'empire malgré l'opposition bruyante mais inoffensive de la population *. Enfin, le 3 avril, le drapeau tricolore avait été arboré à Nîmes. Après s'être concerté avec le commandant de la garde nationale, qui lui répondit de ses six cents hommes, le colonel Teulet, du ti'V, fit assembler le régiment dans la cour fie la caserne et s'approchant de la V* compagnie de grenadiers, il dit seulement : «< — (irenadiers. vive l'empereur î »> Le cri fut répété jusqu'à la gauche. On arrêta les généraux Bricheet Pélissier. Contenue par la troupe, la population royaliste ne tenta aucune résistance. Le soir, les protestants illuminèrent*.

Ces nouvelles contraignirent le duc d'Angoulême a battre en retraite. Le 5 avril, il replia ses avantpostes sur la rive gauche de l'Isère et fit couper le pont de Homans, et le 7, à deux heures du matin, il évacua Valence. Sa petite armée entra en dissolution. Le 14' de chasseurs, sauf un peloton de vingt-cinq hommes formant l'escorte du prince, fit demi-tour et rallia le général Pire" qui avait passé l'Isère. Le com-

\. Colonel Virinud a Pe**aix. Clrrmonl. l" avril. Gai Bail à l»av»ui. Monde. 31 mar*. Ordre du jour d'Amhrrt, Montpellier, i avril. Si>us-prefet à Dnvoul, ls*nin*. I avril, Rapport do Horion. Nîmes. \i avril. <An h. Guerre.) Journal l'nirfriel. do Gnnd, n» IJ. Mémoire manuscrit du ignorai Morle (t-He par Braquehay, U g*n'r«l .VrrU, iovîw . Prvfet do Monde a flaniol. 4 avril. Arch. nai AK. IV. i«o.V)

t. Rapport du colonel Toulct. Nîmes, 4 avril. (Arch. Guerre.)

mandant de l'artillerie et le colonel du 10e de ligne déclarèrent que la plupart de leurs hommes ne voulaient plus se battre. Deux bataillons de volontaires se débandèrent ; la défection gagna même le Royalétranger, lin arrivant à Montélimar, on apprit que la citadelle de Pont-Saint-Ksprit, où le général Merle avait été laissé avec un bataillon du (iard, un bataillon des Bouches-du-Rhone, un bataillon du Royal étranger et six pièces de canon, était au pouvoir des impériaux Le général tiilly, relevé de son commandementde Nîmes par le duc d'Angoulèrueet exilé dans une propriété des environs, était rentré dans la ville h' lendemain de la révolution bonapartiste. Le I) avril, il avait fait partir pour Pont-Saint-Ksprit le. ■10/ de chasseurs, envoyé «le Montpellier par le général Ambert.et le 7, il s'était mis lui-même en marche avec le (i.T. A son arrivée, le matin du jour suivant, le 10' de chasseurs était déjà maître de Pont-Saint-Esprit. Abandonné par les volontaires et menacé par les canonniers. le comte de Vogué à qui le général Merle, très opportunément pour soi-même, avait remis le commandement in extremis, s'était replié sur Orange avec une poignée d'hommes fidèles*.

Pris entre deux feux, le due d'Angoulènie n'avait plus d'autre ressource que de gagner par les Alpes les frontières du Piémont ou de capituler. Dans la nuit du 7 au 8 avril, il dépêcha son chef d'état-major d'Anltanne à Ponl-Sainl-Lsprit, avec pleins pouvoirs pour traiter. Reçu par le colonel Sainl-Laiirent, du 10' de chasseurs, qui commandait en attendant I arri-

1 llelation d«'* op«'tr»tions du dii<" d'An?nul»'inf < Journal nnn^riel. «!*■ <ian«l. n* I l.i Mcin«»ir*» manuscrit dr M'-rl<- ciU- par Hr.i'pjHmv. Lr rj*nt,>tf Mrrit, iuT-iin . ( f. Happurt do Urou.l.v a Nap.d.-on. I^ut-Sainl-Kspnt. 12.i\nl Kappurt du colonel d'Amhru^ac. i mai. Arcti. Gu«*rre.

î. Ainlwrt à Davout, Montpellier. 7 * t !* avril, liapilaine l)ul>arry à Sur|n-l. il avril ^Arch. r.u. rre. Mémoire inanus, rit de Merle. priviU'. Hap[. de Iiaviut à Na|^l««ni, Pans, ». d. ■ Arcli. nat. AK. IV. l'.'JT.)

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