I.A CAPITILATION DE LA PALLl'D
véc de (lilly ♦ d' Aultannc demanda (|uc lo duc d'Angoul(Nme pùt librement continuer sa route, avec le 10* de ligne, jusqu'à Marseille où il s'embarquerait; sous cette condition, les gardes nationales et les volontaires seraient immédiatement licenciés et l'artillerie rejoindrait l'armée impériale. Os clauses étaient acceptées en principe, et d'Aultannc en avait déjà averti par lettre le duc d'Angnuléme, quand arriva le général (iillv qui déclara n'y pouvoir souscrire. Il était, en effet, tout au moins imprudent de laisser le duc d'Angnuléme aller à Marseille où l'on reconnaissait encore le gouvernement royal et où régnait une grande exaltation, (iilly proposa comme lieu d'embarquement le port de dette et exigea que le 10* de ligne prit incontinent les cantonnements qui lui seraient assignés. Le duc d'Angnuléme ayant adbéré à ces nouvelles clauses, la capitulation lut signée dans la soirée du 8 avril. Le lendemain, cinquante chasseurs du 10% désignés pour servir d'escorte au prince, vinrent le prendre à LaPallud où s'étaient arrêtés l'étatmajor et les débris de l'armée royale. Vers neuf heures du soir, le duc d'Angnuléme monta en voiture à destination de dette : mais à Pont-Saint-Lsprit, il reçut un billet de (irouchy le priant en termes respectueux île suspendre son voyage jusqu'après la réception des ordres de l'empereur, (irnuchy donnait ce motif que lui, général en chef, n'avait pas eu de part à la capitulation et qu'il ne pouvait la ratifier sans en référera Paris, '.
A en croire (irnuchy. il s'était présenté aux Tuile-
I. Hnpp <\* r,r«.ii«'hv. Potil-S.nnt FNprit. lî avril '\rrh. «iuorro i Rapport pr» cil«' R-ivi.ut An-h ti.it. Ar', IV. t'MT.i l.*»ttro <1u itii«* «t'Anîr«">u- Vu\r a»l mi rt r»pp'trl <!'• I>ainii* iJ»uri%ttl >inir*r%el, «le «ktri'l. n"' h'i't M
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ries avant son dépari pour Lyon, et l'empereur lui avait expressément recommandé de faire prisonnier le duc d'Angoulème. Napoléon, dit-il, pensait à l'échanger contre Marie-Louise !. Quoi qu'il en soit, Grouchy, tout en agissant à Lyon avec vigueur, avait eu le tort d'adresser des messages trop alarmants au ministre de la guerre et de lui demander des renforts dont il pouvait se passer1. Cela suffit à faire douter de son énergie. Le 3 avril, l'empereur dépêcha son aide de camp Corbineau pour le seconder ou plutôt pour le surveiller, et le lendemain le maréchal Suchet reçut l'ordre de se rendre à Lyon
I. Note de Grouchy, s. 1. n.d. (MAm.de Grouchy, III. iW-300.) Cf. Marquis de Grouchy, Mém. de Grouehy, III. 247-248. — L'assertion de Grouchy qui n'a rien d'invraisemblable en soi (bien que Napoléon dût penser à demander le prince impérial plutôt que Marie-Louise en échange du duc d'Angou* lême) peut être infirmée cependant: I* par la lettre de Grouchy a Sunet i lo avril) : • Je me suis refuse à ratifier la capitulation ai-ant de ta- ■ tnir In intention» de l'empereur. Fais-les moi connaître, si tes instructions, *an» donte plut étendue* que le» mienne», prévoient le cas qui arrive • ; 2* par la dépêche de Grouchy à Napoléon (10 avril) : • Incertain »'il entre dans In volonté de Y. M. de laitier tortir de France le due fAngoultme, je ne ratifi»' point cette capitulation ; • 3° par une seconde lettre à Suchet (t2 avril; : • De» que je tnurai le» intention» de Cempereur quant au duc d'Angoulême.... * Au cas où Grouchy aurait reçu en quittant Paris les instructions dont il parla plus tard dans sa Note, il semble qu'il n'eût pas écrit dan» ces termes h Naj>oleon et à Suchet. Il faut remarquer toutefois que le » avril, il ne s'agissait pas de garder prisonnier le duc d'Angoulême pris dans un combat, mais de le retenir au mépris d'une capitulation régulière. Les» ordres de Grouchy. en admettant qu'il en eût. ne prévoyaient certainement pas ce cas, et il y avait de quoi faire hésiter le lieutenant de l'empereur.
D'après la même Note de Grouchy (Jfém. de Grouchy. III. 247-Î4*. 299-300). Davout lui avait remis des instructions secrètes» portant qu'il devait déférer a des commissions militaires et faire fusiller tous les partisans du duc d'Angoulême .. (Dans les lettre» de Davout à Grouchy. ai mars, et à Suchet, * avril, il est en effet question d'établir des commissions militaires et • de renvoyer les habitants cher, eui, mais de poursuivre les chefs ».) Peu soucieux d'assumer celle responsabilité. Grouchy communiqua ces instructions à Napoléon qui, après les avoir lues avec impatience, dit : « — Ce que je veux, c'est préserver le Midi de la guerre civile et non en allumer les torches en le couvrant d'echafauds. J'entends que vous ne preniez aucune mesure de terrorisme. Je ne veux roe venger de tels ennemis qu'en les vouant j»ar ma générosité à l'exécration publique.»
x. Grouchy a Davout, Lyon, a, 4, et 5 avril. (Arch. Guerre.) — Le gênerai Girard, parti en poste pour Lyon le 4 avril avec ses quatre régiments d'infanterie, recul contre ordre en route.
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afin d'y prendre le commandement supérieur. De général en chef, (irouchy allait devenir lieutenant de Suchet Il comprit que sous peine de voir le bâton de maréchal lui échapper, le moment était venu démontrer du zèle. Aussi, quand arrivé à Montélimar avec l'avant-garde de Piré dans la nuit du 8 au î) avril, il reçut la nouvelle de l'occupation de Pont-Saint-Esprit, s'empressa-t-il d'écrire à (iilly : « Pour achever ce qui est si bien commencé, faites sur-le-champ passer le Rhône à vos Iroupes afin de couper la route aux insurgés qui se trouveront pris entre vous et la colonne que je conduis. Si déjà l'ennemi avait dépassé Momas, mettez-vous en toule hâte à sa poursuite*. » Puis, apprenant quelques heures après qu'une capitulation venait d'être signée, il accourut à Pont-Saint- Esprit pourempècher le départdu ducd'AiigouU>mcs.
(irouchy assura au baron de Damas que si contre toute apparence la vie du prince pouvait être menacée, il le ferait évader. « — .le risquerai ma tête, dit-il. pour sauver la sienne* ». En attendant, le duc d'An-
i. Napoléon, Corr*$p., iP«H. Davout. Corrttp., US*. Note d«> Grouchy précitée. Cf. la lettre de Da\out à Grourhy \Corrt*p., I >JV ou il sVtonnc du ton alarmant de* dépêches de l.\on; et la lettre de Grourhy h Davout d.yon, % avril. Areh. Guerre) où ce gênerai demande a être rappelé à Paris s il doit *tre subordonne au maréchal Suchet.
i Grouchy à Oilly . Montélimar, •» avril. «Areh. Guerre.) — Celte lettre suffît a réfuter les assertions des ArV». «/<■ (irouchy M. i»T i9«. lOO-Jll, etc.) touchant 1rs effort* de Gourhy p<-ur ne pas inquiéter la retraite du duc d'Anjroul^rne et le laisser librement s'embarquer.
s. Grouchv à Davout. I.von. * avril; a Na|>olc«n, Montélimar. Donr>re et Pont-Saint Ksprit. ». lu et «i avril ; à Suchet. Montélimar et Pont-Saint- Esprit. * et 10 avril. (Arch. Guerre.)
Dans aa Note précitée, Grouchy prétend que ce fut afin de perdre du temps, et de permettre ainsi au duc d'Anirouh*me de profiter de la capitulation, qu'il s'embarqua a Douz<-re et dépendit le Ithone. Mai* s'il était fi désireux de laisser le prince s échapper. pourquoi avait-il rent In lettre a Glllv ? Si Grourhy. qui était alors survrille par Corbtneau. sembarqua. c'est qu'il ne pouvait pas continuer sa route par terre, car il aurait eu » iiasser a La Pallud quW.upail l'armée royale non encore licenciée.
4. Note précitée de Grouchy (V^w., III. son, — Gruu.hy ne n'en ramait paa beaucoup, car d'après sa conversation avec Napoléon, il «avait fort bien que le duc d'AngouliMue ne risquait point en tout cas le sort du duc d'Enghicn.
si sa dépêche était partie: « — Oui, Sire. — Et avant de l'expédier aviez-vous reçu celle-ci? — Oui, Sire. » H y eut un moment d'imposant silence, puis l'empereur dit : « — Vous avez bien fait1. » Pour Napoléon, le refus du czar Alexandre, en 1813, de ratifier la capitulation de Dantzig était un précédent à invoquer et non un exemple à suivre.
Par suite des retards dans la transmission télégraphique, Tordre de ratifier la capitulation n'arriva à Pont-Saint-Ksprit que le 14 avril. Le lendemain, le duc d'Angoulème partit pour Cette sous l'escorte de deux escadrons de gendarmerie, commandés par le général Radet. Quand il monta en voiture, une rixo fut sur le point de se produire entre les habitants, les uns criant : « Vive notre hou prince ! » les autres voulant empêcher ces cris. Le même antagonisme existait dans tout le département du Gard. Radet redoutait des embuscades sur la route de Nîmes, car d'après plusieurs rapports, des royalistes avaient conspiré d'enlever le prince et quelques misérables s'étaient apostés pour le massacrer. La voiture de tête risquant d'être attaquée la première, Radet s'y plaça et donna l'ordre aux gendarmes de se rallier, a la moindre alerte, à la seconde voiture occupée par
I. Note de Montholoii citée par Emotif. R«**>mn. t>4T-*> >l ). Fleurv de Ch.v boulon. Mini., I. 3ii Jî . Napoléon. .Sotr* èur IrtMriH. de FUury. (Dans l'édition de fsii. Napoléon confirme sur ce point le récit de Chaboulon. Dan* IVdition de V Imprimerie impériale, il !♦• dément absolument. Au reste, nous avons déjà dit qu'il ne faut consulterces notes de Napoléon qu'avec la plus grai.de défiance. Voir 1815. I, J**. note t.)
(.'Vst a la suite de cet entretien avec Hassano. dans la soirée du It. qui* Napoléon dicta la lettre a Grouehy publiée dans le Moniteur du ti avnl : • L'ordonnance du roi en date du «mars et la Déclaration ligne*- a Vienne par le» ministres pouvaient m'autorinor à traiter le duc d'An»roulAmr ••omme celte ordonnance et celte Déclaration voulaient qu'on traitât moi et ma famille. Mais, constant dans les dispositions qui m'avaient porte a ordonner que les membres de ta famille des Bourbons pussent sortir librr • ment de France, mon intention est que vous donniez des ordres pour que le duc d'Angoulème soit conduit a Cette où il sera eml»arque et que l'on vaille a sa sûreté et à écarter de lui tout mauvais traitement. .
LA CAPITULATION DK LA PALLUD
le prince. Ces précautions furent heureusement inutiles. Le duc «l'Angoulème arriva sans encombre à Cette où il s'embarqua pour L'Espagne, le l(i avril, sur un bâtiment suédois. Il emmena avec lui une suite de dix-sept personnes. Radct l'accompagna jusqu'aux chaloupes, et ayant su que le prince souffrait sur mer, il fit porter à bord de la Scandinavie une caisse d'oranges, de citrons et de médicaments1. Le général Radct n'avait pas eu plus d'attentions pour le Pape lui-même !
La capitulation de La l'allud fit tomber les dernières résistances. Masséna craignant que le marquis de Rivière, commissaire «lu roi, n'ouvrit le port de Toulon aux Anglais*, s'était rendu «le Marseille dans cette ville, le 2 avril, et avait refusé, sous divers pré textes, d'envoyer au duc d'Aiigouléme les deux régiments de ligne qui en formaient la garnison. l,e 1 ! avril, il se décida à proclamer l'empire. Il y eut Te Dcum, salv«'s d'artillerie, illuminations. Les troupes de l'armée et de la marine parcoururent la ville, musique «mi tèt<\ escortant un char «jue traînaient des ouvriers ceints d'écliarpes tricolores et t>ïi se tenaient debout, à côté du buste «le Napoléon, l«»s grenadiers de I ile d'ElLie faits prisonniers à Antilles. » Si les lâches déserteurs «!«• la patrie, écrivait le maire «le Toulon avec un grand luxe d'adjectifs, avaient vu ce beau sp«»ctacle, ils renonceraient a leurs criminelles espérances «•t sauraient qu'aucune puissance humaine ne saurait
1. lnterrojml«»>re «le Ha<i< t <1<»m<t «te RndH). SuriVt à Crouchy. Lyon. I l avnl. <An li. (iu^rn- i IU«I< l a Napoléon. Ollc. I'. avril. 'An-h. nat AK. IV, m-*.! lUir ii'Am."Mil«"-iii»> au n.i J»«mal I num-l, ir I"
Sur les K^el-apens «|ui mena< aient le «lue «l'AnifoijU-iin-, voir misai le
rap|K>rl <lo Herlon, Nîmes, h» avril ulo>>ier «ie lU-rU la noie de Ikosano
(niée par Krnouf. //<w««j>.o. g .o et lieatn hamp, III, **»>.
Iteauehamp. e*l il hevan de le dire, in»imie rju« le«* as«as>ins elaienl a pot les par le* ordres seerel* I\iut>«nie militaire.
i. Massena a Napoléon, i>>u Ion. U a\nl. lAnii. nat. AK IV, lvï«.ï Cf. Suthet. a havuut, Lyon, 10 avril. Arcli. Guerre.)
désormais faire fléchir un pays libre sous le jouji humiliant des vieilles monarchies'. » Déjà des séditions bonapartistes avaient éclaté à Anlibes, à Draguignan, à Fréjus, et Avignon, Tarascon, Arles avaient arboré le drapeau tricolore f.
Il ne restait plus à soumettre que Marseille. Le préfet, M. d'Albërtas, le maire. M. de Montgrand, le marquis de Hiviére, le général Bruslart, qui venail de débarquer de Corse, le comte de La Tour-du-l'in qui, arrivé de Vienne, annonçait la prochaine entrée en France de 750,000 Alliés, excitaient la population à résister. Le 11 avril, un parlementaire de lirouchy faillit être assommé par les portefaix, et le marquis de Rivière le renvoya au général avec cette déclaration que trente mille Marseillais étaient sous les armes et qu'il allait appeler les Anglais dans la ville, (irouchy mit ses troupes en mouvement3. D'ailleurs, malgré le retour des 1,500 volontaires qu'Krnouf ramenait de Sisteron et qui criaient : Aux armes î sur la Oannebière, la résolution des autorités avait taibli. Masséna ayant dépéché au préfet l'ordre île reconnaître l'empire, le conseil municipal craignit de voir la ville attaquée et par l'armée de (irouchy et par la garnison de Toulon ; il se résigna à faire sa soumission. Masséna et (irouchy en furent informés par des députations du conseil. Les Marseillais ne virent pas sans révolte tomber le drapeau blanc. Kn entrant dans la ville, le 15 avril, la tète de colonne du 0* de ligne fut reçue par des Vive le roi ! Les soldai >
1. Masséna à Nnpolron, Toulon. 14 avril. fAroh. uni. AK. IV, I03«., Rapport «lu maire i\e Toulon. >7 avril. (Areli. «.uerri'.i
i. Ma.HM'ua a N.ipoloon. Toulon. 14 avril. l'An-h. nat. AK. IV. ms.' Ma» Hcna. Mémoire juitiftcatif. 4i-43. G»i Ahliv à havuut. Toulon, 13 avril. ^Arx-h. (iuerrc-i
3. (irouchy a Napoléon, l'ont-Saint K*prit. I i avril. «*l Avignon. H avril. :Arch. «iiiorre.) Noie imprima-, Marseille, lu avril. tArcli. AIT. «ir.. «4*.j