‹ 1815 (volume 3)Chapitre 32 sur 226 · LES THOIHI.E8 HE RENNES · texte numérisé non relu

LES THOIHI.E8 HE RENNES

Los grades et pensions que l'on accorde aces individus portent une atteinte funeste h l'opinion publique*. »

A Nonnes, Soult avait désigné, comme commissaires du roi, Picquct Du Boisguy. Desol de Grisolles et Joseph Cadoudal, — la Heur de la chouannerie. Entre Ions les chefs de bandes. Du Boisguy avait laissé un exécrable renom. Outre les massacres de bleus désarmés, les pillages de voitures publiques, les incendies de chaumières, les extorsions d'argent en chauffant plus que de raison les pieds des récalcitrants, on lui attribuait certaines gentillesses d'un goût autrement relevé. Il avait, «lisait-on, fait enterrer vifs le même jour une centaine de soldats républicains, et il avait violé deux de ses cousines, suspectes de* tiédeur royaliste, après quoi il les avait livrées à ses hommes pour les violera leur tour et les égorger ensuite. Et c'était ce personnage dont Soult contresignait la nomination au grade de maréchal-decamp et qu'il choisissait comme représentant du roi! Le jour «le leur arrivée à Hennés, les commissaires, impatients de montrer leurs uniformes tout battant neufs, se rendirent au théâtre en grande tenue. A leur vue. les cris : A bas les assassins ! à la porte les assassins! éclatent si violemment qu'ils sont contraints de quitter la salle. Les jours suivants, l'agitation s'accroît dans la ville et gagne les campagnes. « Non seulement ( exaltation est grande dans la population, écrit à Soult le préfet d'lllc-ct-\ ilaino. mais elle existe aussi chez les prêtres et chez les nobles qui sont indignés de la présence de Du Boisguv •>

Le 10 janvier, jour indiqué pour la première séance de la commission, la foule se niasse devant la pré-

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fecture. Les plus exaltes sont les étudiants en droit, les officiers à la demi-solde, enfin les paysans des environs, armés de bâtons, de faucilles, de vieux pistolets, et venus, disent-ils, « pour tuer Du Boisguy ». On crie : « A bas les chouans ! à mort les assassins ! Nous aurons la tête de Du Boisguy ! >» Les anciens volontaires royaux, qui se rendent à la convocation, sont hués, insultés, frappés à coups de poing et à coups de bâton. Le neveu de l'ordonnateur général passe en voiture ; on le prend pour Du Boisguy, on arrête les chevaux. Le malheureux jeune homme est précipité sur le pavé, foulé aux pieds, grièvement blessé ; on va l'achever, lorsqu'il parvient à se faire reconnaître. L'n bataillon du 11° léger, rangé devant la préfecture, assiste impassible à ces violences. Xe crie-t-on pas aux soldats qu'on veut leur enlever la solde d'un mois pour la donner aux chouans? Vainement le préfet, le général Bigarré, commandant la subdivision, le colonel du tte léger tentent de parlementer et disent que les commissaires ne font que remplir les instructions du roi. La foule répond que « c'est outrager le roi de supposer qu'il songe à récompenser des brigands et des assassins », et les clameurs menaçantes reprennent avec plus de force. Du Boisguy veut que l'on tire sur les énieutiers, mais Bigarré s'y oppose. Il sait que la troupe est travaillée par les mécontents, il craint qu'un ordre rigoureux « ne la provoque à faire cause commune avec le peuple ». Les attroupements se dispersent seulement vers huit heures du soir, à la nouvelle que Du Boisguv h quitté Bennes. Le commissaire du roi avait réussi à s'échapper furtivement, et il galopait déjà sur la route de Paris, escorlé par des dragons \

1. Rapport* à Soult «le Hi^mit.-. .In pr. f»-t <-t <lu <-.»mmissnirr <»e police, K< ihh >, I J juii\ ht. < P.ititbnjml an inclut- . IWmi. s. \i janvier.

l/v.NMVKHSAlRE Di: 21 JANVIER

Louis XVIII avait proclamé l'oubli, il s'rtait donné comme lt» père de tous ses sujets, il rivait une France réconciliée et unie sous son sceptre, et lui et ses ministres semblaient prendre constamment à tache d'évoquer un passé sanglant, de réveiller les rancunes, «le rallumer les colères, de faire deux Frances de la France et de les armer l'une contre l'autre. Etait-ce toujours faiblesse pour les anciens défenseurs de la royauté? N'était-ce pas aussi inconscience des choses et aveuglement? (Tétait bien souvent fatalité de la situation. Même les décisions que le roi n'aurait pu ne pas prendre sans manquer au devoir étaient regardées par toute une classe de citoyens comme blessantes et provocatrices. II fut arrêté que le 21 janvier les cendres de Louis XVI, de Marie-Antoinette et de madame Elisabeth seraient solennellement portées h Saint-Denis, et que l'on poserait la première pierre de deux monuments à la mémoire du roi-martyr, l'un place Louis XV, l'autre au ci-devant cimetière de la Madeleine. Des services funèbres devaient être le même jour célébrés à Notre-Dame et dans toutes les églises du royaume ; il y aurait vacance dans les cours et tribunaux, relâche dans les théâtres. Frère et successeur de Louis XVI, Louis XVIII ne pouvait pas laisser les ossements «lu roi pour ainsi dire sans sépulture. Il ne pouvait pas non plus les faire porter clandestinement h Saint-Denis dans un fourgon des pompes

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funèbres. Los services dans les églises, l'appareil du cortège, la magnificence du catafalque étaient conformes au céivmonial. Fnfin, qu'un roi de la maison de Bourbon eût la pensée d'ériger un monument à la mémoire de Louis XVI, cela n avait rien que d'assez naturel. Malheureusement, comme le service célébré pour Cadoudal, comme la souscription de Quiberon, comme les pensions données aux chouans, comme « la ligne droite » imaginée par Ferrand, comme tant d'autres mesures et paroles « réparatrices », ces cérémonies diles expiatoires prenaient un caractère offensant et même menaçant pour tous les Français qui avaient fait ou servi la Révolution et pour tous ceux qui en avaient profité1. C'étaient ces autels a la vengeance dont a parlé Tacite.

Tn bruit sinistre se répandit dans Paris à l'annonce de la cérémonie du 21 janvier. Les royalistes, disaiton, comptaient célébrer cet anniversaire par le massacre « de tous les hommes de sang ». La nuit, des troupes d'assassins soldés, des bandes de chouans fanatiques, qu'on allait faire venir de Bretagne, se porteraient chez les anciens terroristes et les égorgeraient. Le coup serait attribué à l'indignation «lu » bon peuple de Paris ... provoqué par une fausse émeute que la police organiserait dans la journée au passage du cortège funèbre. Depuis un mois, on dressait des listes de proscription et l'on s'occupait du recrutement des bandes de meurtriers. MM. de Vergennes. le comte d'Kscars étaient dans le secret, et c'était pour concerter cette tuerie que tous les chefs

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L'ANNIVERSAIRE Dl" 21 JANVIER 91

vendions s'étaient réunis à Paris au milieu de déco m bro. On ajoutait mémo que le projet avait été soumis au roi qui, malgré les ardentes sollicitations des prinees et surtout de la duchesse d'Angoulèmo. particulièrement exaltée, l'avait repoussé avec horreur. Mais on agirait sans lui. Le 7 janvier, la nouvelle que le roi allait passer trois semaines à Trianon. le 8 janvier, l'annonce du départ do presque toute la garnison de Paris, accréditèrent ces rumeurs. On disait que les chefs du complot avaient réussi à éloigner le roi et les troupes afin de rester les maîtres. L'alarme devint grande, principalement parmi les citoyens que leur rôle dans la révolution semblait désigner comme premières victimes. Plusieurs quittèrent Paris, d'autres prirent des dispositions pour se défendre chez eux \

Dans le parti royaliste, l'approche du 21 janvier troublait les esprits. Los ultras parlaient de faire venir les régicides à Saint-Denis, nu-pieds et torches en main. Ils s'indignaient que Wellington donnât un bal le 18 janvier et demandaient qu'un deuil public fut imposé quatre jours avant et quatre jours après la cérémonie1. Leurs journaux célébraient à l'envi le grand acle d'expiation qui allait s'accomplir et déclamaient contre les régicides. Le Journal royal posait

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cette question : « Une loi a défendu de rechercher ou d'inquiéter qui que ce soit pour des votes, des opinions ou môme des faits relatifs à la Révolution. Mais la Charte ne parle que de faits et d'opinions et non de crimes. On demande donc si un coupable peut se prévaloir, pour éluder le jugement de ses crimes, d'une amnistie générale pour des faits1 ? »

On était dans l'attente anxieuse du jour anniversaire, lorsque survint un incident qui exaspéra l'opinion déjà très excitée. Le In janvier, Mlle Raucourl mourut presque subitement. Cette tragédienne fameuse avait mené dans sa jeunesse une existence fort peu édiliante, mais en vieillissant elle s'était donnée à Dieu. Elle quêtait àSaint-Roch, y offrait le pain bénit, et sa bourse s'ouvrait souvent pour les pauvres de la paroisse comme pour les frais du culte. Le curé de Saint-Roch, l'abbé Marduel, touché de sa conversion, ne dédaignait point, parait-il, de la visiter et même de dîner chez elle. Ce fut seulement quand elle entra en agonie qu'il se souvint quelle était comédienne. Il refusa, dit-on. de lui envoyer un prêtre, et il opposa à la demande d'un service à l'église la défense du chapitre métropolitain d'accorder les prières ecclésiastiques à une excommuniée. Les camarades et les amis de la Raucourt se résignèrent à conduire le corps directement au cimetière.

Mais la chose s'était ébruitée. Le 17 janvier, à l'heure fixée pour le départ de la maison mortuaire, la rue du Helder se trouve pleine de monde. La foule, où les invités sont en très petit nombre, profère des menaces contre les prêtres et déclare qu'il faut forcer le curé à célébrer le service funèbre. Au débouché de la rue. comme le char tourne à • gauche afin de suivre les boulevards, une ving-

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