LES GÉNÉRAUX DE L EMPIRE 1(H
gion d'honneur, les ducs et les comtes « jadis va-nupieds », les généraux dont les pères avaient tanné du cuir ou cerclé des tonneaux. Les journaux rappelaient en raillant que Murât [ite avaient pour mot d'ordre de ne pas l'appeler le roi de Naples) était iils d'un aubergiste. A la cour, le dédain perçait sous la politesse affectée des grands seigueurs. On daignait les considérer comme des héros, ces soldats illustres, mais cela n'empêchait pas de les regarder comme des parvenus. Ils avaient gagné des batailles, mais « ils n'étaient pas nés », et s'ils avaient versé leur sang, ce n'était pas du sang bleu. Plusieurs étaient pairs de France, mais les nobles ne tenaient pas « ces anoblis » pour leurs égaux. « — Quel dommage, disait amicalement un vieux duc à un maréchal de France, quel dommage que vous n'ayez pas, comme un de nous, ce qui ne se donne pas' î »
Les femmes des dignitaires de l'empire qui, bien qu'elles ne fussent pas toutes d'ex-vivandières comme la maréchale duchesse de Dantzig, avaient pour la plupart une modeste origine souffraient plus encore que leurs maris de ces blessures d'amour-propre. La duchesse d'Aiigoulème ne les appelait que par leur nom patronymique: « — Vous êtes madame Junot ? » dit-elle à la duchesse d'Abrantès. Le cercle féminin do la cour les mettait dans une quarantaine à peine dissimulée. Elles entendaient ces propos : « — Quelle est donc cette dame? — Je ne connais pas ces femmes-là, c'est une maréchale. » La maréchale Ney était fille de madame Auguié, cette femme de chambre de Marie-Antoinette qui devint folle en apprenant le supplice de la Heine et se suicida. La du-
I. Rapp. d* polkf. 19 de,-., î. 6. lî janv.. I" frv. (An-h. nnl. F. 7. a:J9.> La Fayrlte. Jf*».. V, m. Lavalktt», 11. ! »o-i3l. Mollu-n. MAm.,