‹ 1815 (volume 3)Chapitre 60 sur 226 · MENACES DE DÉPORTATION · texte numérisé non relu

MENACES DE DÉPORTATION

A Vienne, Tallcyrand et Castlereagh s'entendaient pour la déportation de Napoléon dans une île de l'Océan1. Ce projet n'était un secret pour personne. On en parlait dans les salons, dans les journaux, dans les lettres particulières. Louis XVIII devait abandonner sans trop de déplaisir son Horace ou son Virgile pour lire ces extraits de correspondance de Londres que le Cabinet noir lui communiquait : <« Le sort de Buonapartc est décidé. On va l'envoyer à Sainte-Lucie. Il est dommage qu'on ne l'envoie pas à Botany Bay. » « Ce n'est pas à la Trinité, comme le disent les journaux, que Ton transportera l'Ogre corse, parce que l'Ile est salubre et assez jolie, tandis que le climat de Sainte-Lucie purgera bientôt le monde de notre ami Buonapartc*. » Sans doute, l'exécution de cette mesure de salut public était ajournée à la clôture du congrès, et, de plus, le czar n'y avait pas donné encore son assentiment. Mais au cas où il le refuserait, et où l'Angleterre, la France et l'Autriche ne passeraient pas outre à ses représentalions, plus d'un moyen resterait pour mettre l'empereur en lieu sûr. Il était question de l'envoi à l'île d'Elbe d'une escadre espagnole, l'Espagne prétextant qu'elle était encore en état de guerre avec Napoléon puisqu'elle n'avait pas ratifié le traité de Fontainebleau 3. Au défaut de l'Espagne, les corsaires algériens pouvaient se charger, pour un bon prix à forfait, d'opérer une descente dans File. Déjà même le dey d'Alger avait signifié au consul d'Angleterre « qu'ordre était donné à tous ses croiseurs de saisir

i. Voir 1815, I, 1*3 et les noies.

î. Extraits de lettres d'Angleterre, H\ et 27 oct., * nov.. « nmrs. (Arch. nat. F. 7, 37W.; Cf. Y a comte Dumuustiors, Londres, 8 doc. Arch. AIT. »lr„ *75 .

3. Mariotti. consul de Livoume. au département, Livourn«\ S3 août. 2* janvier. «Arch. AIT. tir., tWO.) Lettre du préfet de Corse, 3 février. (Arch. nat. F. 7, 31*7.)

les bâtiments naviguant sous le pavillon «le l'île d'Elbe, ainsi que la personne du souverain de cette île, si l'occasion se présentait de s'emparer de lui '. »>

D'autres projets étaient à l'étude. Mariotti, nommé par Talleyrand COnsul de France à Livourne, s'efforçait de bien mériter de son puissant protecteur. 11 cherchait à gagner le lieutenant Taillade, commandant le brick f Inconstant. « Napoléon, écrivait, le 2S septembre, Mariotti à Talleyrand, va souvent à la Pianosa. ( )n m a assuré que n'ayant pas de logement dans cette île, il couche à bord. Il sera facile à Taillade do l'enlever et de le mener à l'île Sainte-Marguerite*. »»

La prison aurait été bien, la tombe eût été mieux. Plus d'un pensait, en France et ailleurs, que « c'était une très grande faute d'avoir laissé vivre Bonaparte ». et on ne pourrait être tranquille « tant que cet

1. Déclaration du dey d'Aller fa Mac-Donnel. transmis.- fa l'a mirai Hallowel et par celui-ci à Campbell, h; .11 août. i Campbell. Xapol. al Elba. 2!>i). Cf. Campbell à Castlereagh. 1" sept. Supplom. nl aux Itupateht of Wellinçton, IX. j lue phrase assez ambiguë, do Campbell pourrait faire croire que le gouvernement français uetait pas étranger fa la déclaration du dey. — Dès Fontainebleau et pendant tout son séjour fa l'Ile d'Elbe. l'empereur redouta les insultes des Barbaresques. C'était surtout pour se protéger contre ces corsaire* qu'il avait tout de suite porte son armée à sei/e cent* hommes et augmente les fortifications de l'Ile. Au mois d'août, le brmt se répandit en France que les Algériens avaient tenté une descente dans l'Ile d'Lllw\ Cf. Napoléon, Cnrrttp., 21 .63t. Campbell. 179, 2»2, 299. Mariotti au département, Livourne.23 août. Lettres à M- d'Arbouville. Aix. 1 7 a-mi Atvh. AfT. élr., 1*00. 67:..)

2. Manotti fa S. (Tallcvrand), Livuurnc. 28 sept. 1814. {Arch. Aff. étr.. 1800.)

Cette lettre ne porte pas de suscription. mais les expressions qu'em ploie Mariotti : • Monseigneur. Votre Altesse, • ne permettent pas de douter qu'elle ne fut adressée fa Talleyrand. On ne peut douter non plus, d'après le texte de cette lettre, que Mariotti en cherchant à atU'nter fa la liberté de l'empereur ne fût d'accord avec Talleyrand : «... Tous les renseignements «pie j'ai reçus de IN.rto-Ferrajo et que j'ai eu l'honneur de porter a la connaissance de Votre Altesse ne pn-sentent pn* beaucoup de facilité! rt faire enlever Xapol>'-on. Les précautions qu'il a prises sont des obstacle* • pu me mettent dans rhupo.ssihilite de nen tenter centre h,,, à pr^amt, ave. quelques probabilités de suecés. Je ne perd» fuis conmr/e, et en attendant je pro|H.serai fa V. A un plan qui rruitmt peut-être ptm facilement que /i».

« . Je ferai tout ce qui dépendra de moi jM.ur prouver à S. M. mon Zel>- et ma lidelitc et pour nu-nter 0t confiance dont t out m'honorez. .

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