NAPOLÉON A DU; NE
temps. Sisteron, situe'' à près de trente-neuf-lieues de poste de Cannes, n'était qu'à trente-six lieues de Marseille, niais les troupes de l'île d'Klbe avaient sur relies de Masséna une avance de deux journées. Le seul espoir du prince d'KssIing était que les mauvais chemins de la montagne ou des combats partiels livrés par les gardes nationales des Basses-Alpes relarderaient la marche de Napoléon \
Kn même temps que Bouthillier avait averti Masséna, il avait aussi envoyé une estafette au préfet des Basses-Alpes, (Iclui-ci, prévenu également dans la soirée du 11 mars par des rapports de la gendarmerie, conféra avec le général Loverdo qui commandait le département. La garnison de Digne ne se composait que de 132 hommes d une fidélité douteuse. Iluil jours auparavant, quelques soldats ayant été punis de prison pour des cris de Vive l'empereur î Loverdo n'avait pas jugé prudent île maintenir la punition. Il craignait une mutinerie, les soldats disant qu'on devait les mettre tous en prison puisqu'ils étaient tous prêts à crier: Vive l'empereur! comme leurs camarades. Néanmoins. Loverdo et le préfet Ihival montrèrent d'abord quelques velléités de résistance. Lu ordre de concentration fut expédié à toutes les brigades de gendarmerie, et l'on décida de convoquer la garde nationale et d'armer la population. Mais les notables accoururent à la préfecture. « — Nous vous conjurons, gémirent-ils, île ne commettre aucune hostilité contre Buonaparte alin d'éviter les derniers désastres a la ville. »> Celte déclaration sans ambages leva les scrupules du préfet et du général, qui d'ailleurs ne tenaient pas beaucoup à soutenir un sièjje. I nival mit les caisses publiques en siïrelé et se relira dans un village des environs, de façon à re-
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prendre» son poste aussitôt après le passage «le la colonne. Afin d'éd iter tout contact, Loverdo porta s«»s troupes au delà de la Durance, sur la route d'Aix !.
<> jour-là, i mars, l'empereur qui avait été salué par les acclamations de la foule au départ de Barrent entra à Digne dans l'après-midi et s'arrêta quelquo heures à l'auberge du Petit-Paris. Accueilli d'abord très froidement, il gagna les habitants par une harangue. Pendant cette halte, Drouot lit imprimer ou plutôt réimprimer les proclamations, qui commençaient à s'épuiser, et Bertrand écrivit au général l^overdo et au commandant du bataillon du 87' pour les engager à se joindre avec leurs troupes « aux braves de la garde impériale ». Os invitations restèrent sans effet. Du golfe .louan à la Durance. Napoléon til seulement quatre recrues : deux soldats de la garnison d'Antibes, un tanneur de Grasse et un gendarme 8.
Tant que l'on avait suivi les sentiers des Alpes, on avait cheminé à peu près sans ordre, tantôt en groupes épai s, tantôt en file indienne. A la sortie de Digne, qu'un embranchement reliait à la grande route de Grenoble, l'empereur divisa sa petite armée en trois échelons. Kn tète marchait le colonel Mallet avec les trois compagnies «le chasseurs à pied «le la vieille garde, les marins et h's lanciers polonais montés ou non montés la plupart trouvèrent «les chevaux entre Digne et La Mure'1.. Les trois compagnies «le grena- «liers. sous les ordres du capitaine Loubers. les « aiionniers <»t une trentaine d'«>flieiers sans troupe ve-
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NAPOLÉON A S1STERON
liaient ensuite. C'était dans ce groupe que se trouvaient l'empereur, létat-major et le trésor. Les trois cents fusiliers du bataillon corse (commandant (iuuseo fermaient la marche. Cambronnc avec un peloton de chasseurs et de grenadiers continuait à faire l'extrême avant-garde ou plutôt « le logement ». 1 Le soir du 4 mars, la colonne prit gîte à Malijaï. à vingt kilomètres de Digne, tout près de la Durance *. L'avant-garde de Cambronnc marcha sans s'arrêter pendant cinq lieues encore, l'empereur voulant s'assurer de Sisteron avant que l'on pu s'y établir militairement ou en faire sauter le pont. Les troupes de Marseille, en effet, doublaient les étapes à cette intention, et Loverdo, en quittant Digne, avait lui aussi eu l'idée de se poster à Sisteron. Mais il manquait de poudre pour faire sauter le pont. Puis il ne croyait pas avec cent trente-deux fantassins, dans une vieille forteresse armée de canons sans affûts, pouvoir disputer le passage à une colonne que Ton évaluait, dit-il, à deux ou trois mille hommes. Enfin, il y avait sur la rive gauche de la Durance de grands amas de bois au moyen desquels les marins de la garde auraient rapidement construit des radeaux 3. C'étaient de bonnes raisons ; peut-être étaienl-ce en même temps de bons prétextes. Comme presque tous les officiers généraux maintenus en activité, Loverdo était exaspéré de la tentative de Na-
l Labor le, M. Cf. «apport de Loverdo àMass.-na. 20 mars. .'Arc h. Guerre.
i. KapiM.rt de Loverdo précité. Journal des séjours de I empereur. .Arch. nat-, A F* IV, 317 .j
J. Loverdo à Masséna, Ditrne. 4 mars. Préfet des Basses- Alpes a Soult. hî^'ne. 7 mars. l'Arch. Guerre, i
Massena dit aussi (Mem., ii-r> : « En supposant le pont barre ou coup*. Bonaparte n'avait qu'à côtoyer la Burauce en amont, l'espace de trois on quatre lieues, pour la traverser à (rue... Le point essentiel a défendre otaii la route on avant du pont de Sisteron ; mais dans ce cas. Bonaparte eùi pris le chemin qui conduit à (iap par les montairnes. H n'est pas plu» lune .jue l'autre ni plus difficile que celui déjà parcouru depuis Grasse. •
poléon et souhaitait de tout son eu'iir que Ton mit fin à « cette équipée fabuleuse ». Mais la perspective de se trouver en face de l'empereur pour lui faire tirer des coups de fusils n'avait rien qui séduisit ses anciens généraux. Tous auraient préféré qu'un de leurs camarades se chargeât de cette corvée peu agréable en soi et que l'esprit au moins incertain des troupes rendait difficile.
Sisteron ne fut donc pas occupé. Cambronne v entra le T> mars, à une heure du matin, avec ses quarante grognards. Le maire refusa le paiement des ration?» à fournir aux troupes, et lui et le sous-préfet se crurent obligés d'aller à la rencontre de Napoléon qui arriva avant midi. Kn voyant la décoration du Lys sur la poitrine du maire, l'empereur lui dit: « — Otez cela pendant que je serai ici, car mes soldats pourraient vous insulter. » Il s'arrêta à l'auberge du Bras d'Or, où il s'entretint de nouveau avec ces deux fonctionnaires. Interrogé sur l'impression que produisait son retour en France, le sous-préfet répondit : « — La surprise est le sentiment qui prime tous les autres. » « — Mais aurait-on plaisir à me revoir sur le trône ? « — Je crois que oui, si l'on ne craignait pas de voir revenir avec vous la conscription et tous les fléaux.» « — Je sais, reprit l'empereur, qu'il a été fait bien des sottises. Mais je viens tout réparer. Mon peuple sera heureux. » Il quitta Sisteron aux cris de : Vive l'empereur ! poussés par la foule qui formait la haie sur son passage. Lue ouvrière s'approcha de Napoléon et lui remit un drapeau tricolore qu'elle avait confectionné eu moins d'une heure. Plusieurs officiers à la demi-solde, un ancien tambour, un ingénieur militaire et son fils se joignirent à la colonne '.
I. «apport <1<î Ltivenio à M assena, rite par Massina. M* m.. 00. lnW*rn>iMt<..irvde Caiul.rvmri»- f*>occt </»• Cambrons. Ji.y |V\russ«\ iii. Latontr,