‹ 1815 (volume 3)Chapitre 84 sur 226 · t*. <—-»--t M * -x. j- Lu he^yrrr A · texte numérisé non relu

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« — A moi î soldats du 7*. A moi ! mes braves camarades. Je vais vous montrer notre chemin. En avant ! Qui m'aime me suive ! » Les tambours battent la charge, les compagnies s'assemblent tumuftuctiscment aux cris : « Le 7* à la porte de Bonne ! » Tout le régiment vociférant: Vive l'empereur! s'engouffre sous la voûte comme un torrent et traverse le faubourg au pas accéléré. A deux ou trois cents métrés des dernières maisons, La Bédoyére commande : Halte î II fait former le carré et présenter les armes. F*uis, tirant de sa poche l'ancienne aigle du régiment, sacrée par les victoires, il la montre à la troupe. Les soldats acclament l'aigle, le colonel, l'empereur, et reprennent leur marche furieuse, l'aigle portée sur une branche de saule brillant au soleil J.

Averti par un adjudant de place, Marchand a

mesures de défense ne lui paraissaient pas sérieuses1!, fut en effet tenu, c'est que le jeune colonel déguisait sa pensée ou cpiloguait bien mal a propos sur les mots, car. dès Chambcry. il neinblc qu'il était très ébranle.

Berriat-Saint-Prix î rit ) dit qu'après la revue, un repas eut lieu entre les officiers, ou La Bedoyère déclara qu'il fallait se reunir a l'empereur, Peutêtre y a-t-il confusion entre ce repas de (irenoblc et un repas de corps à Chambery. le 5 mars, où La Bedoyère porta dans les termes les plus équivoques un toast au roi. (Déposition de Itandon de SainUMarul. Dossier de La Bedoyère. ',

t. Interrogatoire de La Bedoyère. Dépositions des généraux d'Agoult et de Villier*. d'Audru, dcDerroix, de Bandon de Sainl-Marul (Dossier de La Bedoyère) Interrogatoires de Marchand Dépositions de Boussille et de Gerin (Dossier de Marchand. Arrh. Guerre;.

[levant le conseil de guerre, le capi laine rapporteur Viotti se fonda sur ce que celte aigle avait ete apporter «le Chambery pour établir la préméditation de La Bèdoxère. • Cette aigle, répondit l'accuse, était conservée au régiment comme une relique. Au départ de Ohambery, je la lis mettre dans une caisse et placer dans ma voilure. Ounnd je quittai Grenoble, le 7 mars, je Ils chercher ma voiture et y trouvant l'aigle je la preseutat aux troupes. •

La défense est embarrasse. Il est peu vraisemblable que La Bedoyère. trouble au |K>inl de partir sans ><<n ehcval, ail pcoso dans o» tnom<-ut la a ne faire suivre par sa voiture Bien plutôt, U- ro|..rM pas -a a s.. m log. i i » « ut avant d'aller au rempart et déjà détermine a rejoindre IVmpereur. il ..ta l'aigle de la caisse cl la mit dan» la poche de sa «'a pote. — i.Vst sans doute la symmvmic de ratt$r c<»lTre) el «le «me (tambour qui a rree 1a légende que LaBcdoyre creva un tambour et en tira une aigle. Dan* un autre tambour, il y aurait eu • trois boisseaux de «..cardes tricolores ». i.v fait, qui tient de la prestidigitation, a ete nie par La Bed..\ere.

couru à la porte de Bonne. Il y trouve le colonel Boussille. du 5* de ligne, qui lui confirme la défection de La Bédoyère. « — O coquin-là. ajoute-t-il. avait séduit mes grenadiers : si je n'avais pas été ici. il les aurait emmenés. » Marchand s'informe du général de Villiers. On lui apprend qu'il s'est mis à la |»oursuite de La Bédoyère. \a* général, en effet, galope vers Vizille, monté sur le propre cheval I^i Bédoyère, qu'une ordonnance amenait à celui-ci et qu'il a pris d'autorité. Il rencontre d'abord une arrière-garde d une soixantaine d'hommes et réussi! à leur faire faire demi-tour en disant qu'il va donner contre-ordre à la colonne. Deux kilomètres plus loin, il rejoint I>a Bédoyère. || commence par lui parler en camarade, le gronde amicalement, le supplie, puis h- somme de revenir >ur pas. La Bédoyère reste inébranlable et répond par les mots : Patrie et Empereur, aux mots : Patrie et Roi qu'invoque non général. Villiers tente de haranguer les troupes ; sa voix est couverte par les Vive l'empereur! Le régiment continue sa marche à la rencontre de la vieille garde, tandis que le général retourne désespéré à (Jrenoble

Le départ tumultueux du 1' de ligne y a exalté la garnison. Marchand a beau faire fermer les porte* de la ville, nombre île soldats profitent d'une dégradation à l'une des courtines du front est pour s'échapper avec armes et bagages: on les voit courir par petits pelotons sur la route de Vizille. En passant

devant Les troupes. Marchand entend murmurer des

Vive l'empereur î II s'arrête et regarde sévèrement

I. Perdition «in c*n»ml de Villierv Dossier de La B«*do\>rr ) Interro?»t.,ire<« d* Marchand l»«-|»«>*iti'<n* de Boussille et dt Dausv» I>ossier «le Marrhand. Aroh. (iurrre .

Le T« de lu'iic *e j.'iimit à la rolonne impériale entre Tavernolles et Bri*\ a d«>ux lieue* de <ireti"Mr.

les soldats qui se mettent à rire. Des royalistes essaient de gagner les canonniers en leur portant sur les remparts du vin et de la viande. Ils en sont pour leurs frais de saucissons. Les canonniers acceptent les vivres de bonne grâce et mangent et boivent en criant : Vive l'empereur f! Au milieu de ce grand désarroi, l'aide de camp Randon arrive, son cheval blanc d'écume, et apprend à Marchand ce qui s'est passé à Lafîray. Le général pense à sacrifier la place pour sauver la garnison et le matériel. Il se résigne à évacuer firenoblc, et espérant que Napoléon n'y arrivera que le lendemaiu, il fixe le départ à deux heures du matin'. C'est attendre bien longtemps, mais de toute façon il est trop tard. Le général se résolût-il à faire partir ses troupes dans l'instant qu'il ne le pourrait plus. La nuit est venue et Napoléon approche.

I n peu avant sept heures, le général Marchand entend « de véritables hurlements ». D'une fenêtre de son hôtel qui domine les remparts, il voit ce spectacle inouï : face à la porte «le Bonne, plus de deux mille paysans armés de fourches et de vieux fusils, et portant des torches qui tlamboient dans la nuit, s'avancent à droite et à gauche des soldats de Napoléon. Arrêtée par 1rs palanques du chemin couvert, cette foule tumultueuse se masse sur les glacis et dans le vaste terrain «le la zone militaire, vociférant a pleine gorge : Vive l'empereur! Vive l'empereur! D«»s bastions et <l«'s courtines, canonniers et fantassins répondent par les mêmes cris <|u<» répèle avec fureur le peuple «le (irenoblc ipii se presse «lans la rue militaire, la rue «les Halles, la rue

I. Relation et inlermiratoirv* de Marchand. h«'|x>««ili"n d<> «i;ncn:>t hum- <tr Man-hsiml. Ar.h <,urrtv Hrrriat-Saint-lViv

i. RHaliuti et inWrr\>c:itoir»-* Marchand. IK|m,mh<.ih de Crnn «-t ,1« Iiausv J>o5s»er de Marchand. Arch. «iuerre .

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Derrière-Saint- And ré. Au delà et en deçà des remparts, toutes les voix se confondent dans une seule clameur, retentissante et continue

L'officier d'ordonnance Raoul, avec deux lanciers, s'approche de la barrière qui ferme la palissade du chemin couvert, laissé sans défenseurs de peur de désertions, et crie: « — Ouvrez! au nom de L'empereur. » Le colonel Roussille, auquel est confié le commandement de la porte de Bonne, fait avertir Marchand. « — Dites au colonel de répondre par des coups de fusil », s'écrie celui-ci ; et il accourt sur !<•> remparts. Il y a là deux mille hommes dont les pibernes reportent de cartouches: il y a vingt bouches à feu et des garantisses à mitraille. Il suffit peut-être d'un seul coup de fusil pour disperser les assaillants, il suffit d'une seule canonnade pour les foudroyer. Mais le général Marchand a beau haranguer les soldats. 1«>> conjurer de défendre la ville et d'apprêter leur* armes, à toutes ses paroles ils répondent : Vive l'empereur! Il comprend qu'ils n'obéiront pas: et soit crainte pour sa personne au milieu de cette solda tesqueet de cette populace. « qui manifestent à l'envi l'esprit de rébellion avre la plus féroce énergie J ». soit, comme il le prétend. « parce que c'est une faut*de donner un ordre quand on est sur qu'il ne sera pa< exécuté », il n'ose pas donner positivement l'ordre »le faire feu. I n seul espoir lui reste. Il s'adresse è un lieutenant d'artillerie qu'il connaît comme un rovali>te éprouvé, M. de SainMienis: « — Si les hommes ne veulent point tirer, I«ks officiers ne tirerontils pas ? * — Mon gvneral, répond le lieutenant.

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nous serions hachés sur les pièces. Nos canonnicrs uous ont prévenus »

Depuis tantôt une heure, la foule qui s'est grossie des habitants du faubourg Saint-Joseph et du faubourg de Tres-Cloltres, attend toute frémissante la soumission de Marchand. On n'y tient plus. Paysans, ouvriers, soldats se ruent contre la palissade de l'avancée, renversent ou arrachent les palanques et atteignent la porte de ville. L'obstacle est plus sérieux. Cette vieille porte massive, garnie de fer. défie les haches et les pics. Les cris: Ouvrez! Ouvrez! se mêlent à ceux de Vive l'empereur! On s'interpelle du bord du fossé à la crête du parapet. « — Sont-elles bonnes, vos prunes, dit un chasseur aux canonniers ? »> — « Oui, mais il n'y a pas de risque que nous vous en envoyons. » l ue cantinierc chante :

Bon ! Bon !

Napoléon Va rentrer dans sa maison !

Les soldats entonnent sur les bastions la chanson des casernes :

Nous allons voir le prand Napolron, l.e vainqueur de toutes les nations !

Des enragés descendent avec des cordes le long du rempart, au risque de se rompre les os, et courent embrasser leurs camarades de la garde *.

L'empereur irrité de cette résistance, toute passive mais trop longue, se fraie passage à travers la foule

i. Relation et interrofratoires de Marchand, Impositions de Roiissllle, <!»• Pousse. de Oaifrnal. de (iorin J>>-ssi«*r «le Marchand. Arvh «iu^rivi

i Relation et interrogatoire» de Manhand. Imposition de Rnussillc. 'Dossier de Marchand.) Peyrusse, «I. Rcrriat-Sairit Prix, if.

cl accompagné du bouillant La Bédoyére, il s'avance jusqu'au guichet. « — Je vous donne l'ordre d'ouvrir, dit-il avec autorité ». « — Je ne reçois d'ordres que du général, riposta Houssille ». « — Je le destitue ». « — Je connais mon devoir, je n'obéirai qu'au général. » Exaspéré, fou décolère, La Bédoyère crie ;iux soldatsde Roussille : « — Arrachez-lui ses épaulettes î » Le tumulte est à son comble. Les soldats entérinés dans la place vocifèrent, tentent de briser la porte a coups de crosses, mais n'osent pas pourtant toucher leurs ofticiers. D'ailleurs cette violence serait inutile: les clefs sont aux mains du général Marchand qui rentré dans son hôtel se prépare à quitter (irenoble. Les charrons du faubourg Saint-Joseph vont accélérer sa fuite. Ils apportent un énorme madrier et, soûles coups de ce bélier manoeuvré en mesure par vingt bras vigoureux, le bois éclate, les poutres se disjoignent. Marchand avertit en hâte les chefs de corps < 1 1 1 i parviennent à rassembler deux ou trois cent* hommes de toute arme, et à la tète de cette petite troupe, il s'échappe par la porte Saint-Laurent, tandis que le commandant de place Bourgade arrive avec les clefs à la porte de Bonne

La résistance a duré deux heures. Le colonel Roussille se décide à ouvrir la porte, qui est d'ailleurs au moment de céder. L'est une nouvelle explosion de cris. Les soldats sont dans le délire. A ses

premiers pas dans Grenoble, l'empereur manque

d'être étouffé entre le double Ilot de soldats et de

peuple qui se précipite à sa rencontre et qui se rue

à sa suite. Napoléon est porté eu triomphe à traver> la ville soudain illuminée. Les habitants veulent le

I. Ili-I.ition cl inlerroKatiMres Man-hand. I>< |>« "étions «le Koussill rt «!<> ftfriii iboasier dt Marchand). Proees-vcrbal d'évacuation du romnih >.i i r>- iirdnnnateur, Grenoble, T mars, 9b. I - soir Arch. «inerre . Peyraaa**. i'i Laborde, loi. Déposition de Maximi (Dossier de La Bédoyère).

mener à la préfecture ; ce n'est que sur ses ordres réitérés qu'ils le conduisent à l'hôtel des T rois-Dauphins, tenu par un de ses anciens guides de l'armée d'Italie. A peine y est-il entré qu'une grande clameur accompagnée d'applaudissements furieux retentil dans la rue Montorge. Un groupe d'ouvriers vient déposer sous le balcon des débris de la porte de Bonne. « — A défaut des clefs de ta bonne ville de (irenoble, «lisent-ils à l'empereur, nous t'en apportons la p< i rte *. »

L'empereur resta trente-six heures à Grenoble. Après avoir fait quatre-vingts lieues en six jours, lui et sa garde avaient besoin d'un peu de repos. D'ailleurs, il n'était plus nécessaire de tant se presser, l ue grande ville et cinq régiments s'étant déclarés, la partie était pour ainsi dire gagnée, c Jusqu'à Grenoble, disait Napoléon à Sainte-Hélène, j'étais aventurier; à (irenoble, j'étais prince*. » Le 8 mars. Napoléon reçut le conseil municipal, la Cour, les tribunaux, le clergé, l'académie. Il retint longtemps les professeurs de la faculté de droit, mettant de la coquetterie à discuter avec eux de questions juridiques e! les laissant étonnés de sa justesse d'esprit \ A ces diverses députations, il lit la même profession de foi : « Mes droits ne sont que ceux du peuple. — Nous devons oublier que nous avons été les maîtres de TKurope. Tout ce que des individus ont fait, écrit ou dit depuis la prise de Paris, je l'ignorerai toujours *. »>Ccs audiences terminées, il passa en revue la garnison de (Irenoble dont les régiments venaient de

I. l'n* <-v\rrl>ol du i ..mnns'.;iir<" onloiiri.ilt<ur. <»r»Mi.tMi\ 7 innrs htf..»itn-u «if Hoiis-sillr <|»<>**i.-r il»- Mip-hiui'l . Ii«tiI M"* 1 l-t ' 1 1 1 1 . «ir»-n«it.|.-. » marv Anh. AfT. »-tr .«.*«.. . J,>„r,i„l ./ • Ihtr*. y m .m», l'fvru.sv. l 'i . La l."»ril*.' Kjbry. It'Ialum <lu \i,»i\tr„r, a in.ir>.

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l Ji,„r>;.it tir / /imv. v mars.

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lui envoyer des adresses, les uns de leur propre initia tivcles autres sur l'invitation de Bertrand*. Les plus anciens chefs de bataillon commandaient le 2* du génie, le i" d'artillerie et le 1 l" de ligne, en remplacement des colonels et des majors qui avaient suivi le général Marchand. LaBédoyerect Roussille étaient restés à la tète du 7e et du 5* de ligne. Roussille, qui avait si obstinément refusé d'ouvrir les portes de drenoble, s'était trouvé prisonnier lors de rentrée tumultueuse des troupes et avait dit alors à l'empereur : « — Mon régiment m'a abandonné, mais moi je ne l'abandonnerai pas », et Napoléon l'avait maintenu dans son commandement. Pendant la revue, le peuple massé sur la place (irenette accompagnait les batteries de tambours par la Marseillaise et les cris: Vive l'empereur! A bas les Bourbons! Vive la liberté! Tous les seMats portaient la cocarde tricolore — de vieilles cocardes fanées et usées qu'ils avaient prises au fond de leurs havresacs et dans la coiffe de leurs shakos — et, en défilant devant l'empereur, ils criaient : « C'est celle d'Austerlitz !... C'est celle de Friedland !... Je l'avais à Marengo'! »

Aussitôt après la revue, les régiments de la garnison de lirenohle le i' de hussards et le 7' de li^ne tonnant tète de colonne, sous le commandement de Cumbronne se mirent en roule pour Lyon*, t'n

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