LK COMTE D'A K TOI S A I.YOX 2.V
autre que Napoléon eut hésité à faire marcher à l'avant-garde, de préférence aux fidèles grognards, des soldats qui avaient changé de drapeau la veille. Mais Napoléon connaissait trop l'esprit de l'armée pour en avoir la défiance. La grâce même qu'il faisait à ses nouvelles recrues en les plaçant en première ligne était le meilleur moyen d'affermir leur dévouement et d'exalter leur enthousiasme. En outre, au point de vue de l'effet moral, l'empereur avait grand avantage à montrer d'abord aux populations et aux troupes envoyées pour le combattre, non point les grenadiers de l'Ile d'Klbe mais les soldats qui venaient de se rallier à lui. Ceux-ci étaient les preuves vivantes île son récent triomphe.
Sur la route de Lyon, l'empereur et la vieille garde furent sans cesse escortés par une foule de paysans. Les habitants «le chaque village accompagnaient la colonne jusqu'au village suivant où les remplaçait un nouveau flot «le peuple. En entrant à Bourgoin. dans la nuit du 9 mars, on apprit que le comte d'Artois avait concentré une armée à Lyon et qu'on avait fait sauter les ponts Morand et de la (iuillotière. L'empereur, qui doutait peu des sentiments «les Lyonnais, doutait moins encore des dispositions de l'armée. Il accueillit ces nouvelles avec incrédulité. Cependant il donna l'ordre à Bertrand de réunir des bateaux à Miribel afin de passer le Bhonc en amont de Lyon, si contre toute prévision on voulait lui en disputer le passage dans cette ville'.
Le comte d'Artois était en effet arrivé à Lyon, espérant bien que les cations de (irenoble auraient raison «le Bonaparte et déterminé, en tout cas, à l'arrêter sur la rive gauche du Bhône. Le malheur, c'est que 4 irenoble avait ouvert ses portes et que le prince ne
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pouvait pas défendre Lyon à lui tout seul. Or, les 30,000 hommes qui , d'après les ordres «le Soult, devaient s'y concentrer n'y étaient pas arrivés1, et la garnison, formée des 20e et 2i° de ligne et du 13* de dragons, paraissait peu disposée à combattre. Pour la garde nationale, d'un effectif de 0,000 hommes sur le papier, elle ne comptait que 1,500 fusils dans le rang, et sauf les gardes à cheval, les miliciens étaient d'opinion partagée. Knlin. le matériel d'artillerie consistait endeux pièces horsdeservice. Lecomted'Artois persista néanmoins dans ses projets de résistance, l in* barricade fut ébauchée à la tète du pont de la (iuillotière. On avait pensé à faire sauter ce pont, mais outre que la poudre manquait pour établir une fougasse, on craignait que le peuple, dont plusieurs rapports signalaient la sourde hostilité, ne s'opposât par la force à cette destruction'. Le S mars, la garde nationale et les troupes prirent les armes pour une revue. « — Mes amis, dit le comte d'Artois aux miliciens, il me faut seulement mille hommes de bonne volonté, et je réponds de la ville. » Un certain nombre de volontaires s'inscrivirent sur un registre. Le comte d'Artois passa alors devant le front de l'infanterie. Il avait pris soin de faire distribuer le matin un écu à chaque soldat J. Quelques vivats partirent des rangs, détonnant pour ainsi dire dan-» le morne silence qui régnait parmi les troupes* et la foule. L^' gouverneur de Lyon . le comte Roger de Damas, dont le royalisme n'était pas suspect, se hata «le dire au prince : « — Ces cris isoles ne me persuadent pas. Voyez «loue. Monsieur, la
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