LE COMTE D'ARTOIS A LYON
compagnie d'élite des dragons vous fait littéralement la grimace1. »
Le jour suivant, comme le comte d'Artois venait de faire afficher une proclamation à l'armée et une autre « aux braves Lyonnais de la garde nationale »,il fut rejoint par le duc d'Orléans. Monsieur lui exposa la situation sans en rien cacher, et même avec une certaine bonne humeur où entrait moins de courage raisonné que de légèreté d'esprit. Le duc d'Orléans vit tout de suite qu'il n'y avait aucune chance de défendre Lyon. « — (jette affaire-ci. dit-il, ne saurait être longue. Il me semble qu'il ne vous reste d'autre chose à faire que de tâcher «l'emmener les troupes et de vous replier. » Le comte d'Artois se récria, Quelle impression produirait en France l'abandon de la seconde ville du royaume! Kn tout cas, avant de prendre ce parti, il voulait attendre Macdonald'. (> maréchal avait d'abord été désigné comme lieutenant du duc d'Angoulême, mais Gouvion-Saint-Lyr. adjoint au comte d'Artois, tardant à venir et Macdonald, pour se rendre de Bourges à Nîmes, devant passer parNeverset Lyon, Monsieur avait fait éerirean «lue de Tarente de s'arrêter dans cette dernière ville Macdonald arriva à neuf heures du soir. On délibéra jusqu'à minuit. Les chefs de corps ayant déclaré qu'ils ne répondaient pas de faire tirer leurs hommes, l'évacuation «le Lyon s'imposait à tous les esprits». Moins timoré, Macdonald proposa de tenter une dernière épreuve. Il fut résidu que le lendemain matin il passerait les troupes en revue, « leur parlerait leur langue » et essaierait «le l«*s ramener au devoir *.
I. Duc d'Orloan*. il. r.r. Vitrullr», II. WJ. Fabry. :i Guerre, MMnv t. I»ur d'Orléans, #-11.
J. Macdonald au dm* d'An pou l<Nn>e. Mouru s, r» mars ll.-t^lrr <1»- Maed nald). «>>mte d'Esoars à Macdonald. L><»n, v jikith. (Ar.-h. Gucrn'.
4. Due d'Orl.ans, 13 IV Macdonald. .Sou •■«*,,•<, xm n. cf. Ma-d.mal 1 à Soult, Lyon. 10 mars, Il u. malin (Arc h. Guerre .
Pendant cette délibération, on tenait des conciliabules dans les casernes et dans les cabarets des faubourgs. Le lendemain, tOmars, les voltigeurs donnas comme garde d'honneur au duc d'Orléans avaient jeté leurs cocardes blanches dans la boue, et quand le prince sortit, le poste ne daigna pas prendre les armes1. Peu d'instants avant la revue, fixée à six heures du matin, le général Braver vint prévenir Macdonald que les troupes seraient heureuses de le voir, mais qu'elles se refusaient à être passées en revue par le comte d'Artois. « — Les officiers, ajouta-t-il. sont aussi exaltés que les soldats. On a porté si peu d'intérêt à l'armée, commis tant d'injustices, prodigué tant de gratles aux chouans et aux émigrés î Ouant à moi. je ferai mon devoir jusqu'à la fiu. mais je pense comme eux J. »
Le maréchal accourut à l'archevêché, fort embarrassé d'exposer le cas au comte d'Artois. Il s'en tira en insinuant que la présence de Monsieur contraindrait les troupes à dissimuler leurs vrais sentiments tandis qu'il v avait nécessité de les bien connaître. La pnvposition de Macdonald de passer d'abord la revue seul et d v appeler le prince dès que le moment paraitrait opportun avant été approuvée, il se rendit place Bcllecour. Le* soldats le saluèrent par de nombreux : Vive le maréchal ! mais à ces cris succéda
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un silence do glace quand il commença son allocution royaliste. Désireux que le comte d'Artois fût du moins convaincu de ses efforts, il l'envoya chercher par un aide de camp. Ce n'était pas une féte à quoi il le conviait! Après avoir passé devant le front des régiments, qui sombres et menaçants gardaient un implacable mutisme, et s'être acharné vainement pendant plusieurs minutes à obtenir un malheureux :Vive le roi î d'un sapeur de dragons, le prince « rouge rie colère »,dit Macdonald, ordonna de renvoyer les troupes sans les faire défiler. Il rentra par les quais. Tout le peuple de Lyon était massé le long du Rhône, attendant l'empereur, que l'on disait déjà près de la (iuillotière. De cette foule, pas un cri ne s'éleva pour saluer le frère du roi de France. A l'archevêché, Monsieur fut rejoint par Macdonald, qui lui conseilla de partir sur-le-champ et le conduisit à sa chaise de poste1.
Le duc d'Orléans avait quitté la ville deux heures auparavant; il croisa en route le général Simmerqui, d'après les instructions de Monsieur, se rendait à Lyon avec le 72* de ligne. Dans les circonstances, il fallait éviter que ce régiment continuât sa marche. Le duc d'Orléans donna l'ordre au général de rétrograder sur Hoanne, mais celui-ci répondit que si«s hommes étaient fatigués et qu'il allait les cantonner dans le prochain village. Comprenant au ton et à la
1. Macdonald a Souh. Lyon. lt>mars. U h du matin (Areh. Ouerre'. Ma<-. donaid. Sonr., 3j.i -si». Fa bry. 7*. Inir d'Orléans, !T. Frefet du Khône Vitrolles, 10 mars lArch. AfT. clr.. i»l«>).
La relation du J/oMi>ur (»3 mars rapjKirte ainsi l'anecdote du sapeur de drapons: • Allons, camarade, lui «lit le comte d'Artois, cru» donc: Vive le roi î — Non, Monsieur, un ancien soldat ne combattra pas contre son p»>re. • Le récit de Macdonald. vraisemblablement plus ex;ic|, nous parait tout autrement caractéristique : • Le prime s'approcha d'un vieux sap«-ur décore, lui parla avec bonté, le loua de son courajje dont il |*>rt;iil I;» preuve aur aa poitrine. I.e dragon, que Je vni* en<<>r»\ les \eux llxes. In bouche béante, resta impassible Son colonel, plusieurs officier* qui criaient avec noua: Vive le roi î l'appelèrent par »'-n nom, l'exhortèrent, le pressèrent, Il resta Inébranlable. •
mine de Simmer quelles étaient ses intentions, le prince n'insista |>as. Sa voiture allait repartir, lorsque le général en ouvrit brusquement la portière. « — Monseigneur, dit-il, je ne sais si je vous reverrai jamais, mais je veux vous assurer que mes camarades et moi, nous nous souvenons de votre accueil au Palais-Royal, et que jamais, dans aucun cas, nous
ne vous confondrons avec ces b d'émigrés qui
ont perdu les princes, vos parents1. »
A Lyon, cependant, Slacdonald, s' illusionnant comme à la Trebbia, n'avait pas encore perdu tout espoir de résistance. Il savait que ses soldats ne f«*raient pas feu les premiers, mais il comptait qu'ils riposteraient si l'on tirait sur eux. Il ne lui fallait que vingt hommes déterminés qui, par dévouement au roi ou appât d'argent et de récompense-, conseil lissent à se vêtir en gardes nationaux et à engager le combat. Il les demanda au maire, le comte de Farges. (îrande fut sa stupéfaction quand celui-ci. qui était un royaliste fervent, répondit que dans tout Lyon il ne trouverai! pas un seul homme pour cria*. Maedonald. résolu à faire prendre des fusils aux officiers de son état-major et à tirer luimême le premier coup de feu. vint sur les quai>
du Rhône qu'occupaient les troupes. Arrivé vers deux heures près du pont de la tinillotiere. il entendit un grand tumulte sur la rive gauche. Le* hussards de Napoléon débouchaient «lu faubourg précédés d une foule de paysans et de canuts qui agitaient des mouchoirs au ln»ut de grand* bâton* en criant : Vive l'empereur! Vive la liberté! Le pool
l !»•»-- .1 « irlon» V.m /•«r»*/. |--lf — M » M>MiaM S#«r.. M* dit par *rn*tr<|4# > •iu<- 'l'i'r'jn» tv |orttt .jur qvî tr.ioulrs avaai Mootif ur I j» kttf* j îr»»**^? A* Koanp* jor I* .lu»' «i « »r • an* m cocnte d'Artois proare
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