LA DÉMISSION DE SOULT
Cette pitoyable échauflourée, la conduite relati * vement bonne des troupes, dont les plus compromises n'avaient fait en somme qu'obéir à leurs chefs et étaient rentrées sans opposition dans les garnisons, rendirent quelque confiance. Les optimistes s'imaginèrent qu'après cette épreuve on pouvait compter sur l'armée. (Juant aux régiments de (irenoble et de Lyon, on expliquait leur défection par la trahison de Soult qui avait choisi les corps les plus mal notés pour les envoyer d'avance sur le chemin que devait suivre Napoléon. On allait même jusqu'à prétendre que toutes ses mesures comme ministre, l'obligation de séjour imposée aux officiers à la demisolde, le procès d'Kxclmans. les grades prodigués aux émigrés et aux chouans, Soult les avait prises afin d'exaspérer l'armée1. Ces absurdités trouvèrent créance jusque dans le Conseil. Soult rappela à ses collègues qu'il avait rassemblé des troupes sur la frontière «les Alpes d'après les ordres du roi, et que cette concentration, suggérée par M. de Talleyrand, avait pour but d'imposer à Murât et aux Italiens. Mais
détails sur le débarquement ! — • que rien ne prouve que Bonaparte ait réellement quitte l'Ile d'Elbe », Fouche montait bel et bien à M"* de Cus-
tillr.
En outre, deux autres lettres de Fouclie à M"' de Custine, des tfl et 1* mars légalement citées par M. Hardoux. ii6, a* . un il dit. ù propos du mandat d'arr^l lam e contre lui : • ... On me reproche d'avoir trouve mon nom sur les listes de quelques misérables... Croiriez vous que j'ai ele présente l'diiinif un homme qui voulait ouvrir les route* du troue a ttonal»arte • • Hont des preuves que |e gouvernement remaniait Fouche comme ayant trempe dans la conspiration de Droue t.— Nous avons déjà dit {1815 I, iKl. note i) |e» raisons pourquoi les origines et les trames de celle conspiration noteront toujours un |k*u obscure*.
I. l(ap|>orts de police, 7, * et t » mars Ardi. nal. F. 7, :u«*. et F 7 ii<"» *'.. Ministre «le lianomark a sou ifouxeniement, Paris, U mars (An*h. AIT < tr.. 1.73]. Soult, MtH.juMtifirmhf, 4-19. Jienj. Coustanl, M- »i ., I, ni*- Ou.
lu Chambre, à qui le maréchal no pouvait ni ne devait communiquer ce secret diplomatique, gantait
ses suspicions. Ou parlait dans les bureaux de dénoncer publiquement la conduite <lu ministre de la jÇU erre. Soult fut indiffné. Le I I mars, il entra bru— quemenl chez le roi et lui dit : « Sire, je remets entre les mains de Votre Majesté ma démission et m«»n épée, et je la prie de me donner des juges. » « — J'accepte votre démission, répondit Louis XVIII. maigardez votre épée qui. j'en suis convaincu, ne sera jamais tirée que pour le service du roi. »> Soult sortit fièrement et en arrivant sur le palier du grami escalier, encombré de courtisans, il leva son chapeau et cria par trois fois : Vive le roi ! Vive le roi î Vive le roi « !
Le général Clarkc. duc de Fellre. qui s'était signalé à la Chambre des pairs par son fanatisme royaliste, fut nommé à la place de Soult. On crut faire un coup df maître en prenant, pour organiser la résistance contre Napoléon, son ancien ministre de i8 guerre. Depuis un an. les pamphlétaires et les journalistes déniaient si formellement à Buonaparte toute intelligence militaire qu'il n'était douteux pour personne que ce ne fût son ministre qui eût conçu jadis ses plans de cam pagne.
Clarke ne lit que poursuivre l'exécution des mesures prescrites par Soult. Toutes les garnisons furent mises en mouvement. Celles du midi reçurent l'ordre de se concentrer entre Nimes et Marseille sous le commandement du duc d'Angouléme. ('elles du centre se réunirent à Tours sous le commandement de Dupont.
Celles de l'est devaient seconder les opérations du maréchal Ney en Franche-Comté et en Bourgogne.
I BxpoM dr la conduit»* de Soult (dossier de Soult. Arcii. ual. F. ", «»*t Soult, W'" -'ire juitifirntif. Vilrolles, Jfrm.,11. 114-Jli.
CLARKE MINISTRE DE LA (il'EHRE 291
Knfin. celles du nord et de l'ouest furent dirigées sur Moluu où se formait une armée «le réserve commandée par le duc de Berry. On commença d'établir dans cette ville des approvisionnements pour 1)0,000 hommes pendant deux mois, et Ton forma un équipage de campagne de 150 bouches à feu et de 400 voitures \
Comme si toute l'armée française à l'effectif de paix n'était pas assez nombreuse pour résister aux mille grognards de Napoléon, on appela les réserves. Par ordonnance royale du *J mars, il fut enjoint à tous les officiers, sous-officiers et soldats en congé limité de rejoindre leurs corps sous trois jours, et à tous les hommes en congé illimité de se rendre dans le plus bref délai au chef-lieu de leur département pour y être organisés en bataillons, escadrons et batteries de réserve. Les officiers à la demi-solde qui ne pourraient trouver place dans les nouveaux cadres seraient réunis en bataillons ou compagnies sous la dénomination de gardes du roi. Ce n'est pas tout. Une seconde ordonnance du même jour prescrivit l'organisation immédiate des trois millions {sic) de gardes nationales pour la garde des places et la sûreté intérieure ainsi que la levée, parmi ces gardes nationales, de bataillons et d'escadrons de volontaires destinés à combattre en ligne avec l'armée t.
Les députés <|ui s'étaient réunis dés le 7 mars au Palais-Bourbon, au nombre de soixante-neuf, avaient ouvert officiellement la session le 10 mars par le vote d'une adresse au roi. Les paroles n'en étaient pas moins sineères que celles de l'adresse de la chambre des pairs votée dans la soirée de la veille3. Le parle-
I. Lotir*»* et ordre» d- Soult. T. *. 9. lo et H mar* ; tW t:brk<\ 1f et 13 mat-ft Arrh. Guerre). Rapport do Da vont * NapoW^n. il m;im An h nat. A F IV. 3W).
i. Ordonnancé du roi du » mars ( J/o*>f- «r, a mars).