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LES CUIRASSIERS DE KELLERMANN

autres brigades étant restées en arrière, d'après les ordres mêmes du maréchal.

« — Qu'importe ! s'écria Ney. Chargez avec ce que vous avez. Passez-leur sur le ventre. Je vous fais suivre par toute la cavalerie ici présente... Partez !... Mais partez donc ^ ! »

Kellermann n'avait plus qu'à obéir. Il rejoignit la brigade Guiton (S*" et 11^ cuirassiers), la forma en colonne par escadron, chaque escadron à distance double de son front, et l'amena au grand trot jusqu'au sommet du rideau qui s'élève entie Gémioncourt et les Quatre-Bras. Là, il cria le commandement, aussitôt répété de la tête à la queue de la colonne : Pottr charger... au galop.' — En avant... Marche ! « Je me hâtais, dit-il dans son rapport à Ney, afin de ne pas donner à mes hommes le temps de se reconnaître ni d'envisager toute l'étendue du danger. »

Les trompettes sonnent la charge. Dans une irradiation d'acier et un jaillissement de mottes de terre que font sauter les sabots des chevaux, les cuirassiers dévalent en avalanche. A chaque foulée, l'allure s'accélère. Le sol tremble et poudroie. Les hommes du premier rang, penchés sur l'encolure, tiennent la pointe tendue, les autres brandissent leurs sabres étincelants. Kellermann, l'épée au clair, charge à vingt pas en avant de l'escadron de tête.

Dans le vallon, les quatre bataillons de la brigade fraîche de Colin Halkett sont rangés en bataille ou formés en carrés. Immobiles, résolus, effrayants de

1. Relation de Kellermann, (Arch. Guerre). - Kellermann précise bien que Ney' lui donna l'ordre de charger peu après avoir reçu les instructions de l'empereur relatives au corps d'Erlon.

Sur les trois brigades postées à Liberchies. voir l'ordre de Ney, Frasnes, 16 juin, Il heures et quart ou 11 heures et demie] (Arch. Guerre.)

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calme, les Anglais attendent, réservant leur feu. 69" régiment, posté en première ligne, entre le bois de Bossu et la route, tire seulement à trente pas. Les cuirassiers passent à travers les balles et la fumée comme l'éclair dans la nuée. Ils abordent le 69% l'enfoncent et l'écrasent et prennent son drapeau. Ils chargent ensuite le carré du 30% culbutent le 33^ Puis, sans laisser souffler leurs chevaux, ils gravissent la contre-pente, sabrent en passant les canonniers d'une batterie, rompent un carré de Brunswick et pénètrent jusqu'aux Quatre-Bras%

La première et la seconde lignes de l'ennemi sont percées, une brèche sanglante y est ouverte. Mais les cuirassiers ne sont pas soutenus. Brusqué par Ney qui a semblé douter de sa résolution, Kellermann a fourni sa charge trop tôt. L'esprit toujours troublé par sa colère contre d'Erlon, le maréchal a mal coordonné cette suprême attaque, il a tardé à envoyer des ordres, il a oublié la cavalerie de la garde en réserve près de Frasnes^ Les colonnes

1. Rapport d" Kcllermann à Xey, près Frasnes, Ifi juin, 10 heures du soir. Relation de Kellci'mann. Kellermann a Grouchy. 16 juin (au soir). Relation de Reille. (Arcli. Guerre.) Woodberry, Journal, 310. Lettres d'officiers de la brigade Halkett. (Waterloo Le tiers, 318-319. 322-323, 324, 335, 337). Cf. les Souveyiirs d'un ex-officier (da 45'-'), p. -277, où il est dit que le lendemain de la bataille un des carrés restait visiblement tracé sur le sol par les cadavres .

La plupart des auteurs anglais nient que la charge ait été poussée jusqu'aux Quatre-Bras, mais le témoignage de Kellermann est confirmé par le capitaine d'artillerie Merror. Il rapporte (Journal of the Waterloo Campaign, 1, 263) qu'arrivé dans la nuit du 16 au 17 il vil des cadavres de cuirassiers « juste en face la grande ferme des Quatre-Bras, sur la roule qui borde cette ferme ».

2. Le duc d'Elchingen dit (i5oc .inéd., 35) que Ney avait l'ordre de l'empereur de ne pas se servir de cette division. En admettant que l'ordre verbal du 15 fût Ici (l'ordre écrit du 16 prescrit seulement de ménager la garde et d'employer de jiroférence la cavalerie de la ligne), Ney y avait absolument contrevenu. Le 15, c'est la cavalerie de Lcfebvre-Desnoëlles de préférence a celle de Pire, qui était pourtant disponible, qu'il avait dirigée sur Frasnes et jetée sans nul scrupule de la ménager, contre les baladions de Nassau. (1815, II, ISO-ISO.") — Il n'est môme pas bien ' certain qtio cpHp division n'ait pas été engagée partiellement le 16 aux Quatre- Bras, au début du combat. Damitz (1, 197) lui attribue la charge de Irais heures contre

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