OFFENSIVE DE WELLINGTON
revenir sur cette détermination si contraire à la volonté de l'empereur. Il répéta qu'il importait peu d'avoir dans celte journée du succès sur les Anglais, qu'il suffisait de les contenir. Le maréchal réfléchit, hésita, et, à en croire Baudus, il parut disposé à envoyer un contre-ordre au comte d'Erlon. Puis voyant son infanterie en déroute, il se.jeta au milieu des soldats, les rallia vite et les mena contre la brigade Pack qui s'avançait offensivement ^
De six à sept heures, Wellington a reçu de nouveaux renforts : l'artillerie de Brunswick, les brigades de gardes anglaises Maitland et Byng, les Nassaviens de Kruse ^ A son tour d'attaquer, — d'attaquer à coup sûr, comme il l'aime faire. Maitland et Byng s'engagent dans le bois de Bossu ; Halkett et Pack, soutenus par les corps de Brunswick et de Nassau, marchent à la droite et à la gauche de la route dans la direction de Gémioncourt; les Anglais de Kempt et les Hanovriens de Kielmansegge convergent vers Piraumont. Les Français ne cèdent le terrain conquis que pied à pied et sous des attaques réitérées. Il faut plus d'une heure pour refouler Jérôme hors du bois de Bossu. Foy, repoussé de position en position jusqu'à Gémion-
1. Notes de Baudus. Ct. lettre du major du 92" highlanders (Waterloo Letters, 387.) Siborne, I. 148-149.
Ce nouveau contre-ordre fut-il envoyé à d'Erlon? C'est au moins douteux. Dans ses Notes manuscrites, Baudus dit : • Ney donne des ordres en conséquence (pour laisser d'Erlon poursuivre sa marche vers la droite prussienne). Mais, soit que l'envoyé qui fut envoyé au comte d'Erlon se fût trompé de route, soit qu'il n'eût pu arriver assez tôt, le 1='' corps rebroussa chemin. » Mais, dans ses Etudes sur Napoléon (I, 213), le môme Baudus dit : « Je crus avoir décide le maréchal, mais, après l'affaire, quand je vis que le comte d'Erlon était revenu avec ses troupes, je dus croire le contraire ».
2. Lettres d'officiers des brigades Maitland et Byng. {'Waterloo Letters, 241, 232", 258.) Lettre de Hervey, aide de Wellington, 3 juillet 1813. [Nineteenth Century, mars IS'^'S). Reipporl dAlten au duc de Cambridge, Bruxelles, 20 juin. (Papiers de Gourgaud.) Siborne, 1, 152.
court, tient longtemps encore autour de cette ferme. Bachelu n'abandonne Piraumont qu'après un vif combat. Passé huit heures, un bataillon de Maitland ayant débouché de la corne méridionale du bois pour reprendre Pierrepont, la batterie divisionnaire de Foy l'arrête par son feu, puis les infatigables lanciers de Pire le chargent, le mettent en désordre et le poursuivent jusqu'au ruisseau de Gémioncourt ; il échappe en rentrant sous bois. En même temps, les cuirassiers culbutent le 7^ bataillon belge au nord-ouest de Pierrepont ^ Partout les amas de morts et la foule des blessés témoignent la fureur de la lutte: 4 300 Français' et 4 700 Anglo-Néerlandais^.
A neuf heures, la bataille perdue ou plutôt terminée sans résultat, car les deux armées avaient repris les positions qu'elles occupaient le matin \ le 1®'' corps déboucha près de Frasnes ^
Rejoint vers six heures, à une grande portée de canon de Saint-Amand, par le général Delcambre %
1. Lettres d'officiers des brigades Maitland, Bjng, Halkelt et Pack. (Waterloo Lellers, 241-242. 251, 270, 3'l9. 387, 388, etc.) Siborne, I. 154-158. 3Iém. du roi Jérôme, Vil, 79. Relalionde Reille (Arch. Guerre.) Souvenirs d'un vieux soldat belge, 83, Van Loben, 2Ù6.
2. Relation de Reille. (Arch. Guerre.) — Ney dans son rapport à Soult, Frasnes, 10 heures du soir (A,rchives du prince de la Mosko«a)dit : « Environ 2000 tués et 4 00U blessés. » Ce n'était qu'une évaluation, d'ailleurs fort exagérée.
3. Anglo-Hanovriens : 2 911. (Wellington, Dispatches. XII, 486.) — Brunswick Kruse et van Merlen environ 1 100. (Etats cités par Charras, I, 252). — Perponcher ; 667. (Van Lôben, 207.)
4. A la différence, pourtant, que l'ennemi s'établit en forces sur les positions où il n'avait le matin que des détachements, et aussi que les Français conservèrent la ferme du Grand-Pierrepont prise aux Nassaviens au début du combat. Voir le plan de la bataille à «eu/ heures du soir dans les Waterloo Leltcrs.
5. Relation de Reille (Arch. Guerre) et lettre de d'Erlon au duc d'Elchingen. (Docum. inédits, G4.)
fi. Lettre de d'Erlon au duc d'Elchingen. Relation de Durutte. [Sentinelle de l'Armée. 1838.) Souvenirs du général De Salle. [Nouvelle Revue, 15 janvier 1895.) Cf. 1815, 11, 211.
Le l"r corps devait se trouver à environ 2 000 mètres (à vol d'oiseau) à l'ouest de
LA CONTRE-MARCHE DE d'eRLON. 2i9
l'Erlon avait hésité entre les premières instructions le l'empereur et l'ordre impératif de Ney \ Malgré 'avis des généraux de Salle et Garbé, et au grand nécontentemenl des soldats qui voyaient les Prusiens et brûlaient de les aborder -, il s'était enfin iéterminé à une contre-marche. « Je jugeai, dit-il, [ue pour me rappeler malgré la volonté de Napoéon, le maréchal devait être dans un extrême >éril ^. » Mais d'Erlon ne fit point réflexion que, se rouvant à une demi-lieue de Saint-Amand et à dix Lilomètres de Gémioncourt, il était à même d'aider
aint-Amand et à 1 800 mètres au sud-ouest de Wagnelée. Ce point est bien dans la irection prise par d'Erlon, qui marchait, selon l'avis de Vaudamme a l'empereur, es bois de Villers-Perwin sur Fleurus; et la distance qui le séparait de Fleurus l kilomètres environ) peut expliquer comment l'oflicier envoyé par l'empereur mit ne heure pour faire le trajet, reconnaître la colonne, parler à d Erlou ou au comlandant de l'avant-garde et revenir près de Napoléon. Le point indiqué est distant de Gémioncourt de 10 kilomètres. — Parti deGémvonourt entre cùiq heures et quart et cinq heures et demie^ Delcambre dut rejoindre i'Erlon vers six heures.
1. De Salle, Souvenirs. Relation de Durutte. — Durutte parle » d'instances de la Iroite qui embarrassèrent d'Erlon ». Ces instances étaient-elles les conseils et les irières de l'officier qui, dépêché par l'empereur en reconnaissance et fort surpris railleurs de rencontrer le l<" corps au lieu d'une colonne anglaise, pressait d'Erlon l'agir contre l'armée prussienne? Cela est très vraisemblable. En tout cas, ce n'éaient pas de nouvelles instructions de l'empereur, car lui ne faisait pas d'instances : 1 donnait des ordres ; et si d'Erlon avait reçu alors un ordre de Napoléon, il y eût issurément obéi. Mais l'empereur ne lui en envoya pas, par la raison que la iolonne s'approchant de son flanc lui était signalée comme ennemie et qu'il n'avait )as pensé que ce pût être le l^r corps.
2. De Salle, Souvenirs. {Nouvelle Revue, 15 janvier 1895.) Souvenii's d'un '.x-officier (du 45^), 277.
D'après une tradition tenue pour véridique par plusieurs historiens, les bataillons es plus avancés du corps de Drouet d'Erlon pouvaient même distinguer (à la lorïnaette, sans doute), les numéros des sacs des Prussiens. La division Tippelskirch iébouchait alors de Wagnelée pour se porter contre le Hameau et La Haje. Cela îxplique comment du point où se trouvait la tête de colonne de Durutte, à 300 ou îOO mètres au sud du moulin Chassart, on voyait les Prussiens de dos. On a toutefois fait une erreur en parlant des numéros des sacs. Dans l'armée prussienne, les sacs n'étaient pas numérotés, mais la couleur en était différente pour les bataillons de chaque régiment, de façon que, même à une certaine dislance, les chefs de corps, pussent reconnaître leurs bataillons. C'est donc de la couleur des sacs et non des numéros qu'on a voulu parler.
3. Lettre de d'Erlon au duc d'Blchingen. [Documents inédits, 64.)
très efficacement l'empereur tandis qu'il ne pourrait arriver à temps pour secourir Ney. En effet, quand il atteignit Frasnes, à la nuit tombante, avec ses troupes « irritées et honteuses de n'avoir rien fait dans cette journée^ », le maréchal n'avait plus besoin d'elles.
Le comte d'Erlon ne ramenait que trois divisions. L'idée lui étant venue au début de sa contre-marche qu il fallait combler le vide entre l'aile droite et l'aile gauche, il avait laissé Durutte en vue de Wagnelée avec la 4^ division d'infanterie et la cavalerie de Jacquinot. Durutte n'ayant pu obtenir d'ordres précis de d'Erlon, sauf la recommandation « d'être prudent », se porta lentement entre Villers-Perwin et Wagnelée-. Pendant une halte à l'ouest de Wagnelée, il fut rejoint, à ce qu'il semble, par un officier d'ordonnance porteur d'un ordre écrit ou verbal de l'empereur. Cet ordre, vraisemblablement adressé au comte d'Erlon dont Napoléon ignorait encore la contre-marche, prescrivait d'attaquer les Prussiens. Paralysé par les instructions de d'Erlon qui lui avait recommandé la prudence, Durutte n'osa prendre la responsabilité d'exécuter avec sa seule division un ordre concernant le corps d'armée. Il dit qu'il allait en référer au général d'Erlon qui marchait sur les Quatre-Bras, et, en effet, il lui dépêcha un officier. Cependant, un second ordre de l'empereur ou plutôt un duplicata du premier parvint à Durutte. 11 se