Souvenirs d'un ex-officier (du
2. Relation de Durutte. (Sentinelle de l'Armée, 8 mars 1838).
C'est peudant cette marche que l'adjudant-comraandant Gordon, chef d'état-major de Durutte, passa à l'ennemi. Il s'en fut tout droit à l'étal-major du prince d'Orange. (Relation de Durutte. Lettre du capitaine Chapuis (Sentinelle de l'armée, 24 février 1838.) Bonnaire à Gouvion Saiut-Cyr, Condé, 4 août. (Dossier de Bonuaire, Arch. Guerre.)
LA CONTRE-MARCHE DE d'eRLON. 221
détermina à agir; mais il mit, volontairement, paraîtil, tant de lenteur à son mouvement, que la nuit tombait quand il aborda Wagnelée qui n'était plus occupée que par une faible arrière-garde prussienne. Un peu auparavant, les lanciers de Jacquinot avaient escarmouche entre Wagnelée et la Voie romaine contre la cavalerie du général von Marwitz, qui couvrait la droite de Bliicher \ Ces pointes sur le flanc de l'ennemi ne furent poussées ni assez à temps ni assez à fond pour contrarier en quoi que
1. Relation de Durutte, précitée. Lettre du capitaine Chapuis (du SS» de ligne, division Durutte) à H. de Mauduit, i" février 1838 {Sentinelle de l'Armée. 24 février 1838). Lettre du général Brue au capitaine Chapuis, Toulouse, 3 novembre 1837. {Sentinelle de l'Armée, 24 février 1838.)
Durutte parle seulement des mouvements de sa division. Mais le capitaine Chapuis précise ainsi les faits relatifs aux ordres de l'empereur : u Placés à quelque distance de Wagnelée nous attendions l'ordre. Il aurait suffi de quelques minutes pour mettre en feu toute la droite prussienne. . . Cet ordre arrive. Mais il ne peut s'eïécuter parce que, d'une part, le général d'Erlon est parti pour rejoindre aux Quatre-Bras le maréchal Ney, et que, d'autre part, le général Durutte n'ose prendre sur lui de diriger un mouvement semblable. Il s'appuie pour en refuser la responsabilisé sur sa position de général de division et non de commandant du \" corps. En conséquence, il envoie vers les Qualre-Bras un oflicier pour demander des inst raclions. Ce tordre (de l'empereur), apporté et donné en présence de toute la tète de la 4° division, cet ordre en quelque sorte refusé, est peu de temps après suivi d'un deuiième ordre tellement impératif que Durutte prend enfin la résolution de l'exécuter. Mais comme il importe de gagner du temps, on prétend qu'un guide est absolument nécessaire pour nous conduire au village que nous apercevons devant nous. (Juaud il arrive, une grande heure est écoulée. Ainsi nous n'entrâmes à Wagnelée qu'a la chute du jour. 11 n'y avait plus là qu'une faible arrière-garde prussienne •.
Lr général Brue confirme le récit du capitaine Chapuis. 11 ajoute : « Que penser, que dire lorsqu'on voit le général Durutte refuser d'exécuter les ordres de l'empereur 1 >>
Ce sont ces deux témoignages, précis et formels, dont j'ai parlé à la page 182, note 2, qui m'engagent à croire que l'empereur ayant appris àsia; /iew/e* rfuio»- que la colonne [irétendue ennemie était le i*'' corps, fit réitérer à d'Erlon l'ordre de marcher aux l'nissiens. S'il y a dans la relation de Chapuis, je dois le dire, quelques détails inexacts sur les incidents du matin, ce qui pourrait faire suspecterson témoignage, son récit des mouvements de la soirée est absolument conforme à la relation de Durutte et aux renseignements donnés par Damilz (1, 141-142) et par Wagner (IV, 35). J'accorde que l'envoi par Napoléon, à six heures du soir, d'un ordre d'attaque a. d'Erlon est une question douteuse, comme d'ailleurs tout ce qui concerne, à partir de trois heures du soir, les ordres adressés à d'Erlon et les mouvements du 1" corps. Mais j'incline cependant à admettre la réalité de cet ordre tardif, car il n'est guère possible de croire que Napoléon, qui avait appelé, à lui le 1^'' corps, n'ait plus voulu s'en servir quand il le sut à sa portée.
ce fût la retraite de l'armée vaincue \ A \YagnGlée, cependant, Durutte avait très bien vu les Prussiens se replier du Hameau et de La Haye sur les hauteurs de Brye. Impassible, il les laissa défilera portée de son canon. Un des brigadiers de Durutte, le général Brue, irrité de cette inaction, s'écria : «, — Il est inouï que l'on assiste l'arme au bras à la retraite d'une armée battue quand tout indique qu'il ne faudrait que l'attaquer pour la détruire. » « — Il est fort heureux, répondit Durutte, que vous ne soyez pas responsable. » « — Plût à Dieu que je le fusse! répliqua Brue. Nous serions déjà aux prises'. »
1. Diirulte prétend qu'il envoya deux bataillons à Brye qui n'y trouvi-renl ciuc • quelques Irainai'ds. C'est iueiacl. On verra plus loin que les Prussiens occupèrent Brjc toute la nuit.