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Grouchy, Observations, 10; Relation succincte

PROJETS DE l'empereur POUR LE 17 JUIN. 227

rallier les militaires isolés et faire rentrer les détachements '... »

Les projets de l'empereur se bornent donc, pour la journée du 17, à l'occupation des Quatre-Bras par Ney et au ravitaillement de l'armée. Sans doute, si Wellington est resté en l'air aux Quatrc-Bras, il profitera de ce coup de fortune pour marcher contre les Anglais et les exterminer ; mais il doute fort que son circonspect adversaire ait commis une pareille faute. Ney débusquera sans peine des Quatre-Bras Tarrière-garde qui s'y maintient encore, et l'armée française restera tout le jour immobile dans ses bivouacs.

On pourrait employer mieux un lendemain de victoire. Aussi Napoléon ne persiste pas longtemps dans l'idée de laisser tant de repos à ses troupes et un tel répit à l'ennemi. C'était son intention à huit heures, comme en témoigne la lettre de Soult au maréchal Ney; mais à huit heures et demie, avant de monter en voiture, il médite d'autres projets. Il envoie à Lobau l'ordre de porter au soutien de Pajol, sur la route de Namur, la division d'infanterie Teste avec sa batterie ^ ; il fait diriger vers les Quatre-Bras une reconnaissance de cavalerie, pour s'assurer si les Anglais occupent encore en

1. Soult à Ney, Fleurus, 17 juin. (Registre du major-général.) — On vient de voir que cette lettre, qui ne porte pas d'indication horaire, fut écrite vers huit heures du matin.

2. « Je vais me mettre en marche avec la division Teste, que Sa Majesté vient de m'envoyer. » Pajol à Grouchy, en avant du Mazy, 17 juin, midi. (,Arch. Guerre, Armée du Nord.)

Du point où était bivouaqué Teste le matin du 17, entre Brye et Sombreffe, au Mazy où il était arrivé avant midi, il y a 2 lieues. Teste avait donc reçu l'ordre d^ mouvement au plus tard vers neuf heures, et cet ordre avait nécessairement été espccli ■ <le Fleurus avant neuf heures. Une lettre datée du quartier-impérial de F'ieurus, i'i juin, neuf heures du matin (Arch. Aff. étrangères, 1802K porte d'ailleurs : « Lobau 'on veut dire : une des divisionsde Lobau] suit l'ennemi qui fuit. »

forces cette position ^ Il quitte le château de Fleurus, bien décidé à n'y plus rentrer. Déjà, dans l'entourage impérial, on dit que l'on va suivre les Prussiens vers Namur et les Anglais vers Bruxelles ^. L'empereur, en effet, a conçu cette double manœuvre, mais il n'en a pas encore déterminé le mode d'exécution. 11 veut de nouveaux renseignements. Il va les attendre sur le champ de bataille de la veille, au milieu de ses soldats à qui il sait qu'il ne peut jamais trop se montrer.

Un peu avant neuf heures, l'empereur monta en voiture^ Sa lourde berline cheminait à travers les sillons trop lentement et avec de rudes cahots. Il la quitta, « si fatigué qu'il fût », dit Grouchy, et prit son cheval. Il parcourut Ligny, Saint-Amand, les abords de La Haye. Des blessés prussiens en grand nombre étaient restés pêle-mêle avec les cadavres.

1. Groucliy, Observât., lt-12; Belat. suce, I, 19. Gourgaud, 73, 74.

2. « (juartier-général de Fleurus, 17 juin. Il est neuf heures du matin. Nous montons à cheval pour suivre l'ennemi sur Namur et Bruxelles. Hier toute la maison de Tempereur est venue avec nous au feu... Si le général Delort avait été un peu soutenu, il prenait en un quart d'heure cinquante pièces de canon. Mais tout cela se fera aujourd'hui. » (Arch. Aff. étrangères, 18u2.)

Cette lettre, ou plutôt cette note sans suscription ni signature, mais qui a tous les caractères d'authenticité, fut écrite vraisemblablement au duc de Vicence soit parlegénéral Fouler, écuyer de l'empereur (il y a d'autres lettres de Fouler analogues), soit par un, officier de l'état-major impérial, soit encore par un attaché au cabinet de Bassano. Elle témoigne que, dès avant son départ de Fleurus, Napoléon avait conçu la double manœuvre qui fut opérée dans la journée. Cela est confirmé par la lettre de Soult à Davout, Fleurus, 17 juin (Registre du major-général) : « ... L'empereur remonte à cheval pour suivre les succès de la bataille de Ligny. » Celte lettre fut écrite un peu après le départ de l'empereur, c'est-à-dire entre 7ieuf et dix heures. Nous savons par les notes de Baudus, aide de camp de Soult (communiquées par M. de Montenon), que le major-général n'accompagna pas l'empereur dans sa visite au champ de bataille, et le rejoignit plus tard au moulin de Bussy.

3. Note précitée. (.\rch. Aff. 1802.) Grouchy, Observ., 10; Belat. suce, ii. Lettre du général Baudrand citée par Grouchy. App. VIll, 63. — D'après les traditions locales. Napoléon aurait quitté le château a huit heures. — Le général von Grôben, en observation à Tilly, écrivit à midi à Gneisenau : « ... L'armée française faisait la soupe, f'eu après neuf heures, une grande suite devint visible. Les soldats se levèrent et on entendit des cris de : Vive l'empereur ! » (Rapport cité par von OUech, Geschichte des Feldzuges von ISI5, 168-169.)

PROJETS DE l'empereur POUR LE 17 JUIN. 229

L'empereur leur parla, leur fit distribuer de l'eaude-vie, quelque argent, et donna devant eux les ordres les plus précis pour qu'ils fussent relevés sans retard et pansés avec les mêmes soins que les Français. Un officier supérieur prussien gisait, horriblement mutilé, à la place même oii il était tombé la veille. L'empereur appela un paysan qui se trouvait à quelques pas et lui dit d'un ton grave : « — Crois-tu à Tenter? » Le Belge, terriblement intimidé, balbutia un oui. « — Eh bien! si tu ne veux pas aller en enfer, prends soin de ce blessé que je te confie ; autrement, Dieu te fera brûler : il veut qu'on soit charitable, » La recommandation, conclut un des témoins de cette scène, n'était pas inutile, car autant les Belges mettaient d'empressement à soigner nos blessés, autant ils montraient de répulsion à secourir les Prussiens qui s'étaient fait haïr ^

Arrivé à la hauteur du moulin de Bussy, l'empereur mit pied à terre et passa en revue les troupes alignées sans armes à la tète des bivouacs. 11 s'arrêtait sur le front de chaque régiment pour parler aux soldats, complimenter ou réprimander les chefs de corps et s'enquérir du nombre exact des hommes présents dans les rangs et des pertes subies la veille. Au passage de l'empereur, les troupes poussaient des acclamations si retentissantes qu'elles furent entendues à plus de trois kilomètres par le major von Grôben en observation à Tilly ".

L'empereur questionna le colonel du 22® de ligne,

1. Grouchy, Observ., 11; Relation succincte, 18. Lefol, Souvenirs, 69 Notes précitées de Baudus.

2. Grouchy, Observ., 11 ; Relat. succincte, 18. Rapport de voq Grôben, Tilly 17 juin (cité par von Ollecb, 1691.

Fantin des Odoards, sur les fusils abandonnés en très grand nombre par les fuyards prussiens. En apprenant « qu'on en avait fait des jambons », c'està-dire qu'on les avait brisés en deux morceaux, il fronça le sourcil : « — Vous avez eu grand tort, j'ai donné l'ordre de recueillir soigneusement ces fusils pour en armer nos gardes nationales à l'intérieur. L'artillerie est chargée de compter aux soldats qui en font la remise trois francs pour chaque arme. » Le colonel s'excusa en disant que cet ordre ne lui avait pas été communiqué. L'empereur se tourna alors vers le groupe doré qui l'accompagnait : « — Vous l'entendez! Un ordre aussi important n'est pas encore connu! Qu'on y remédie, et au plus vite! ^ »

La revue achevée, l'empereur s'entretint assez longuement, avec Grouchy et plusieurs généraux, de l'état de l'opinion à Paris, du Corps législatif, de Fouclié, des Jacobins. Parmi ses auditeurs, quelques-uns admiraient la liberté d'esprit qu'il conservait en des circonstances si graves ; d'autres étaient un peu inquiets de le voir porter sa pensée sur des objets étrangers à ceux qui semblaient devoir l'occuper exclusivement". Grouchy n'osait cependant pas pressentir l'empereur sur les opérations projetées pour la journée. Déjà, au départ de Fleurus, il lui avait demandé des ordres, et Napoléon avait répondu avec humeur : « — Je vous les donnerai quand je le jugerai convenable ^ »

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