‹ 1815Chapitre 138 sur 260 · Gourgaud, 70-77. Napoléon, Mém · texte numérisé non relu

Gourgaud, 70-77. Napoléon, Mém

2. Pontécoulant, Souvenirs milit., 180. Cf. Mercer, Journal of the Waterloo' Campaign, I, 26'J.

3. Lettres du général Vivian et du colonel Taylor, du 10" hussards. {Waterloo

l'empereur aux QUATRE-BRAS. 265

dragons anglais filaient à sa suite par la route de Bruxelles, les hussards de Vivian et de Grant se déployèrent perpendiculairement à la route de Namur, les batteries à cheval en position sur leur fronts

Il était un peu plus de deux heures^. De gros nuages noirs, poussés par un vent furieux, s'amoncelaient dans le ciel. L'orage venant du nord-ouest, les Quatre-Bras étaient déjà dans la pénombre tandis que du côté de Marbais le temps demeurait clair, ^ord Uxbridge se trouvait à cheval près de la batterie légère du capitaine Mercer dont les pièces enfilaient la route de Namur. Soudain , on aperçut, sortant d'un pli de terrain, un cavalier suivi d'une petite escorte. Son visage, son corps, son cheval, éclairés à revers, paraissaient tout noirs : une statue de bronze sur un fond lumineux oii poudroyait le soleil. A la silhouette, lord Uxbridge reconnut Napoléon. « — Feu! Feu! cria-t-il, et pointez bien ^. » Les canons grondèrent. L'empereur fit avancer une batterie à cheval de la garde. Les Anglais, se jugeant

Letters, 148, 154-133, 167.) Lettre de Hervey, aide de camp de Wellington, 3 juillet 1815. {Nineteenth Century, mars 1893.) Cf. Siborne, H, 256-258.

Taylor rapporte avoir entendu Wellington dire qu'il fallait engcio:er le combat :ontre les cuirassiers, mais qu'il renouça à ce projet sur les justes observations de lord Uibridge. Wellington ne devait penser, en tout cas, qu'à faire une seule :liarge contre les assaillants et à se replier aussitôt après. Il ne pouvait vouloir livrer bataille aux Quatre-Bras avec sa seule cavalerie à toute l'armée de Napoléon ît à toute celle de Ney.

1. Lettres de lord Uxbridge, Vivian, Taylor, Kennedy, Banner, etc. (Waterloo Letters, 3,2, 66, 94. 119, 148, 167, etc.) Mercer, I, 2'67-278. Tomkinson, Biary of a cavalry Officier, 383.

2. L'approche de l'armée impériale avait été signalée vers une heure ou une heure et qiMrt, et la retraite de la cavalerie anglaise commença vers deux heures. Tous les témoignages des combattants qui ont pensé à préciser l'heure s'accordent sur :es points. Voir les lettres de lord Uibridge, du colonel Gomm, du capitaine Banner, ' iu géuéral Vivian, etc. {^yaterloo Letters, 5, 27, 94, 148, etc.)

3. Mercer, Journal of the Campaign, 1, 269-270. Cf. lettres du colonel Taylor et du géuéral Vivian [Waterloo Letters, 154, 167.)

trop menacés pour continuer ce duel d'artillerie, amenèrent les avant-trains. Les cavaliers de Jacquinot et de Subervie s'élancèrent. Hussards et canonniers ennemis s'enfuirent en désordre au milieu d'éclairs aveuglants, sous la pluie d'orage qui commençait à tomber. « Il semblait, dit Mercer, que les premiers coups de canon eussent crevé les nuages •. »

Le maréchal Ney n'avait point encore donné signe de vie. L'empereur envoya directement des ordres aux chefs de corps en position devant Frasnes. D'Erlon parut enfin avec la tête de colonne de son infanterie ^. Aux reproches que lui adressa l'empereur pour avoir arrêté, la veille, son mouvement contre la droite prussienne, il répondit qu'étant placé sous le commandement direct du maréchal Ney il avait dû obéir aux ordres de son chef immédiat. L'empereur jugeait le temps trop précieux pour le perdre à discourir ; il ordonna au comte d'Erlon de suivre rapidement la cavalerie sur la route de Bruxelles avec le 1" corps \

1. Mercer, I, 2ii9-27û. Lettres de Vivian. {Waterloo Letters, 154, 167, etc.) VV. Gomni, Letters, 556. Colton, A Voice from Waterloo, 24. Gourgaud, 77. Napoléon, il/e'm., 110. Pontécoulant, Souvenirs milit., 180.

Par son silence "sur ce mouvement de sa cavalerie. Napoléon semblerait dire implicitement qu'il attendit le corps de d'Erlon au moins une demi-heure pour lancer ses cavaliers en avant ; mais, d'après les documents anglais précités, il est manifeste que la poursuite par la cavalerie suivit immédiatement la retraite de lord Uxbridge. — Quant aux régiments employés en première ligne pour cette poursuite, nous savons, par les détails du combat de Genappe (voir plus loin), qu ils appartenaient non à la division Domon, comme le dit Pontécoulant, mais aux divisions Subervie etJacquinot.

2. Gourgaud, 77-78. Napoléon, Mém., 110. — Les documents étrangers (Le Jownal de Mercer, les Waterloo Letters, le livre de Damitz) confirment absolument l'assertion de Napoléon sur l'immobilité de Ney.

3. Notes journalières du général Foy, 17 juin (Comm. par le comte Foy.) Souvenirs du général De Salle, commandant l'artillerie du l^"" corps en 1815. {Nouvelle Bévue, 15 janvier 1895.) —Ces témoignages désintéressés doivent primer celui de d'Erlon {Notice sur ma vie, 96), qui ne mentionne point ces reproches de Pempe-

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V(\ arriva peu après. Dans sa lettre de huit leures, Napoléon lui avait déjà exprimé son méconl.entement qu'il eût, la veille, si malhabilement bpéré*. Il ne revint pas sur ce sujet; mais il lui témoigna très sèchement sa surprise de la non-exéîution des ordres qu'il lui avait fait tenir, le matin îiême, touchant l'occupation des Quatre-Bras. Ney 'excusa en disant qu'il croyait encore avoir en face le lui l'armée entière de Wellington '. Au moins e marécha' aurait-il dû s'en assurer par une (^rigoureuse reconnaissance offensive. Or il n'avait point poussé même un seul escadron hors de ses lignes. Il s'était montré aussi négligent, aussi inactif, aussi apathique que le matin du 16 et le soir du 15.

Le maréchal Ney, à la vérité, était resté toute la Quit, par l'incurie du major-général, dans l'ignorance de la victoire de Ligny. Il n'aurait pu prendre l'offensive qu'après avoir reçu l'ordre de huit heures du matin. Encore cet ordre était conditionnel. Ney aurait-il même attaqué dès alors, que vraisemblablement les Anglais n'en eussent pas moins opéré leur retraite sans désarroi, grâce à leurs masses de cavalerie. Ils se seraient seulement mis en mouvement une heure plut tôt, et Ney aurait occupé les Quatre-

reur. D'après lui, Napoléon aurait dit cependant avec un accent de profonde tristesse : « On a perdu la France ! >> Mais cette parole semblait à l'adresse du maréchal Ney.

! 1. ic L'empereur a vu avec peine qu'hier vous n'ayez pas réussi ■ les divisions (ont agi isolément. Ainsi vous avez éprouvé des pertes. Si les corps des comtes jd'Erlon et Reille avaient été ensemble, il ne réchappait pas un Anglais du corps qui lest veuu vous attaquer; si le comte d'Erlon avait exécuté le mouvement que l'em- Jpereur a ordonné, l'armée prussienne était totalement détruite, et nous aurions [fait peut-être 30 OOU prisonniers. » Soult à Ney, Fleurus, 17 juin. (Registre du" ■ major-général.)

', 2. Gourgaud, 78, Napoléon, Mém., Uù. Fragments des Mémoires du général Molilor. (Arch. Guerre, Mém. historiques.)

Bras à midi, stérile résultat. Tout de même, il y aurait eu une chance pour que Wellington, vigoureusement assailli, se fût déterminé à combattre sur ses positions. Mais ce combat, le maréchal Ney n'avait rien fait pour le provoquer. L'empereur l'en blâma. Plus encore, sans doute, il s'accusait en secret lui-même de n'avoir point porté, dès sept heures du matin, de Ligny sur les Quatre-Bras la garde et le corps de Lobau. Il avait ainsi laissé échapper l'occasion d'écraser l'armée anglaise. Wellington, presque toutes ses troupes encore en position, sa ligne de retraite sur Genappe compromise, sa gauche débordée par Napoléon, son front assailli par Ney, eût été forcé d'accepter une bataille virtuellement perdue ou d'opérer une retraite désespérée.

En parlant à Ney aux Quatre-Bras, l'empereur avait la vision de cette victoire envolée. Il voulut la ressaisir. Il s'imagina qu'en précipitant sa marche il pourrait rejoindre Wellington et le contraindre à faire tête. Il donna ses ordres afin que Reille, puis Lobau, puis la garde suivissent rapidement le l*' corps et la cavalerie légère sur la route de Bruxelles ; ils seraient flanqués à droite par les chasseurs de Domon et les cuirassiers. Lui-môme, avec les escadrons de service et une batterie à cheval de la garde, gagna au galop la tête de la colonne pour enilammer la poursuite ^

1. Gourgaud, 78-79. Napolôon, Mém., 111. Pontécoulant, 183. C'est bien Domou, cl non Subervie, qui flan((uait la droite. (Voir 1815, II, 263 et note i de la page 2fi0.)

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