COMBAT DE GENAPPE
même les pièces en batterie, criant aux canonniers avec un accent de colère et de iiaine : « — Tirez ! tirez ! ce sont des Anglais ^ ! »
Dans la rue de Genappe, le colonel Sourd, du 2^ lanciers, entouré par plusieurs Life-Guards, avait eu le bras droit haché de six coups de sabre. Larrey l'amputa sur-le-champ. Pendant l'opération, Sourd dicta cette lettre pour l'empereur qui venait de le nommer général : « ... La plus grande faveur que vous puissiez me faire est de me laisser colonel de mon régiment de lanciers que j'espère reconduire à la victoire. Je refuse le grade de général. Que le grand Napoléon me pardonne ! Le grade de colonel est tout pour moi. » Puis, à peine l'appareil posé sur son moignon sanglant, il remonta à cheval et galopa le long de la colonne pour rejoindre son cher régiment ^ Les armées de la République et de l'Empire avaient eu beaucoup d'hommes de cette trempe ^
Passé Genappe, la marche se ralentit extrêmement. Les Anglais n'avaient pas moins de hâte ni les Français moins d'ardeur, mais sous l'action continue de cette grande pluie le terrain devenait de plus en plus difficile. Sur la route, réservée à l'artillerie et aux fantassins, l'eau roulait comme un torrent ; dans les terres, les chevaux enfonçaient jusqu'au jarret*.
1. Pétiet, Souvenirs, 204, 208. Pontécoulant, 183-1B6. Souvenirs d'un ex-offi- :ier, 281.
Pétiet était dans l'état-major de Soult. Pontécoulant, fils du sénateur, était lieutenant dans l'artillerie à cheval de la garde et attaché à la batterie même qui le 17 juin marcha à l'avanl-garde.
2. Larrey, Relations de Campagnes, 395. Lettre de Sourd, citée par Paillard, Sourd, 17. Pontécoulant, 180.
3. Le 26 novembre 1812, un canonnier amputé d'un bras en plein steppe se relève aussitôt après l'opération et reprend son chemin d'un pas ferme en disant : « J'ai encore loin toutde même d'ici Carcassonne ! » Général Lejeune, Mém., 11,275.
4. Lettre du lieutenant Grady. ( Waterloo Letters, 1G2.) Mercer, I, 275. Cottou, A Voice from Waterloo, ii. .'Napoléon, Mém., 111.
Vers six heures el demie S Napoléon atteignit avec la tête de colonne les hauteurs de la Belle- Alliance \ L"infanterie de Brunswick, dans le pire désordre, et l'arrière-garde de la cavalerie anglaise traversaient le vallon qui sépare ces hauteurs du plateau de Mont-Saint-Jean. Les hussards de Marbot les suivirent. Ils commençaient à tirailler, lorsque des bords du plateau une batterie ennemie canonna le gros de la cavalerie arrêté près de la Belle-Alliance. La pluie avait cessé, mais l'atmosphère était encore saturée d'eau. A travers ce voile de brume, Fempereur crut distinguer des masses de cavalerie et d'infanterie. Etait-ce toute l'armée de Wellington prête à liver bataille ou seulement une forte arrière-garde qui avait pris position pour protéger la retraite? L'empereur voulut s'en assurer. Par ses ordres, quatre batteries légères ouvrirent le feu tandis que les cuirassiers se déployaient comme pour charger. Le canon ennemi tonna de plus belle; les Anglais se démasquèrent. Toute leur armée était là^
1. Gourgaud (79) dit : six hexires et demie ; Pétiet (208) : six heures.
Ces assertions sont confirmées par les témoignages étrangers. Le prince d'Orange, dans son rapport au roi des Pays-Bas, Bruxelles 22 juin (Svppl. Dispatches of Wellington, X, 555), dit que toutes les troupes étaient en position sur les hauteurs de Mont-Saint-Jean à six heures du soir, et Mercer(I, 281-282) rapporte qu'il rejoignit l'arrière-garde de Brunswick près de Mont-Saint-Jean, la dépassa, établit sa batterie, et que, peu après, les Brunswickois traversèrent le vallon, suivis par l'avant-garde française.
11 n'y a que 11 kilomètres des Quatre-Bras à la Belle-Alliance, mais la poursuite, très vive au début, s'était beaucoup ralentie après le combat de Genappe qui avait duré plus d'une heure. Cf. le rapport de von Groben (cité par von OUech. 179), qui, à Mont-Saint-Guibert, entendait la canonnade.
2. La Belle-Alliance est un cabaret situé sur la grande route de Charleroi à Bruxelles, au bord extrême du plateau qui fait face au plateau de Mont-Saint-Jean. Le nom de Belle-Alliance avait été donné ironiquement à cette maison en souvenir d'un mariage du premier propriétaire, qui était vieux et laid, avec une jolie paysanne.
3. Gourgaud, 79. Napoléon, Mém., 111-112. Mercer, I, 281-283. Pétiet, 208-209. Le'i'ire du capitaine Rudyart. {Waterloo Letters, 232.) Cotton, 27.